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Laura et Jean-Louis, victimes de violences policières, près de chez eux, à Rennes © Vincent Feuray

Laura et Jean-Louis, victimes de violences policières, près de chez eux, à Rennes © Vincent Feuray

Laura et Jean-Louis, victimes de violences policières, près de chez eux, à Rennes © Vincent Feuray

Liberté d'expression
témoignage

« Pourquoi la police nous a-t-elle frappés ? »

« Dégage salope », « casse-toi », « connasse » ! Laura raconte cette scène avec des tremblements dans la voix : « les CRS me criaient dessus, ils me frappaient à coups de pied ». Témoignage

De l’autre côté de la place, son compagnon Jean-Louis protège son visage des coups portés par un autre CRS. « J’entendais Laura crier et je ne pouvais pas l’aider, ni la protéger. C’était le pire, je crois », raconte Jean-Louis, gêné de ne pas avoir pu secourir sa bien-aimée.

« Ils étaient trois sur moi »

Il est 13 heures lorsque le couple arrive place de la République, au cœur de Rennes. Un nuage de gaz lacrymogènes surplombe les lieux, Laura et Jean-Louis mettent leur masque de protection. Deux à trois rassemblements sont organisés chaque semaine dans la capitale bretonne pour s’opposer au projet de loi travail. Le couple s’apprête à participer à sa deuxième manifestation et se dirige vers le cortège, lorsqu’il aperçoit une poignée de CRS.

« Je me suis dit : houla, on va faire demi-tour », se souvient Jean-Louis. « Mais ils nous ont rattrapés et séparés, raconte Laura. Ils étaient trois sur moi. Je me suis laissée tomber par terre, en boule, et j’ai attendu. Ils m’ont frappée à coups de pied. Ils me criaient dessus, m’insultaient ». De l’autre côté de la place, Jean-Louis protège son visage avec son bras gauche, un CRS le frappe une fois, deux fois, trois fois. Jean-Louis ne sait plus. La scène se déroule très vite. Lorsque Laura raconte ce qui s’est passé, six mois plus tard, la colère n’est pas retombée : « Ils n’ont pas contrôlé notre identité, ne nous ont pas interpellés. Ils l’auraient fait s’ils avaient quelque chose à nous reprocher. Pourquoi nous ont-ils frappés ? ».

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« Il fallait se faire entendre »

Laura a 19 ans, Jean-Louis, 29 ans. Ils vivent dans un petit appartement d’Acigné, à l’Est de Rennes, près d’un lac paisible, loin du tumulte de la capitale bretonne.

Il travaille en CDI sur une plateforme logistique, elle termine ses études en alternance d’esthéticienne. Ongles et maquillage impeccables, Laura est accueillante, souriante ; Jean-Louis semble plus timide, plus nerveux aussi. La cigarette coincée entre les doigts, un sourire espiègle aux coins des lèvres. « J’ai déjà distribué des tracts, collé des affiches ». Jean-Louis conserve un souvenir positif de ses premières manifestations contre le contrat première embauche en 2006 : « cette fois-là, on a gagné ; c’est bien la preuve qu’il faut toujours se battre et ne rien lâcher ».

Le mouvement social de ce printemps 2016 l’a d’ailleurs poussé à se syndiquer, « je suis en CDI, je peux me syndiquer sans risque ». L’opposition à la loi travail est la première bataille politique de Laura. « Franchement, le monde du travail c’est déjà pas simple, alors commencer dans la vie active avec une loi pareille, c’est nous enfoncer ». Lors de la manifestation du 31 mars ils comprennent que dans le climat localement tendu on ne peut défiler les mains dans les poches, il faut s’équiper : lunettes de piscine et masques de protection pour limiter les irritations liées aux gaz lacrymogènes.

« La police ne nous protège pas, c’est l’inverse »

Après le choc des affrontements, Laura arrête une voiture pour se faire conduire aux urgences. « Dans le hall du CHU, il y avait plein de manifestants, des CRS aussi, le personnel hallucinait de voir tous ces blessés. Le syndicat est venu prendre de mes nouvelles, ça m’a fait du bien ».

Le bras de Jean-Louis est cassé, il faut l’opérer, implanter deux broches métalliques. Il passera la nuit à l’hôpital, Laura repart seule. « Jamais je n’aurais imaginé aller manifester, me faire frapper par ceux qui représentent l’État, me rendre à l’hôpital à deux et repartir seule ». Jean-Louis se voit attribuer 91 jours d’interruption temporaire de travail, Laura 20 jours.

En arrêt, Jean-Louis consacre son temps à la rééducation de son bras. Laura, elle, se rend en boitant à un entretien d’embauche. « J’ai dû dire à mon employeur ce qu’il s’était passé. Il avait besoin de moi, sinon, je suis sûre que je n’aurais pas eu ce boulot ».

« Heureusement que le syndicat était là ; sans eux, on n’aurait jamais porté plainte », explique Jean-Louis. Sud Solidaires a dirigé le couple vers un avocat, les a aidés dans leur dépôt de plainte. Laura a reçu en novembre un courrier signé du procureur l’informant que sa plainte était classée sans suite.

Jean-Louis n’a pas encore eu de réponse, « mais je n’y crois pas, il ne se passera rien ; la justice protège la police, c’est pour ça qu’on vous parle à vous, pour essayer de faire bouger les choses. » Laura est plus nuancée « les flics ne sont pas tous pourris », mais quelque chose s’est brisé ce jour-là. « La police nous protège, c’est son rôle. Mais là, j’ai découvert que c'était faux. La police ne nous protège pas, c’est l’inverse, elle nous attaque. Sur qui peut-on compter ? ».

— Par Julie Lallouët-Geffroy, correspondance à Rennes pour La Chronique d'Amnesty International

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