Plus de 2 700 exécutions ont été recensées en 2025, un bond de 78 % en un an. Une escalade vertigineuse portée par une poignée d’États qui intensifient aveuglément leur recours à la peine de mort. Un tableau sombre qui ne doit pas masquer la marche du monde vers l’abolition, qui continue de gagner du terrain. Les grands enseignements de notre rapport annuel sur la peine de mort résumés en une infographie.
Depuis 1979, Amnesty International dresse le bilan annuel de la peine de mort dans le monde. Télécharger le rapport sur la peine de mort en 2025.
2 707 exécutions ont été recensées dans notre rapport annuel sur la peine de mort en 2025. C’est un record depuis 1981, année particulièrement symbolique en France, puisqu’elle marque l’abolition de la peine de mort dans notre pays au terme d’un combat porté par Robert Badinter. A cette époque, il n’y avait que 27 Etats à avoir aboli la peine de mort.
Depuis, la liste s’est allongée avec une marche progressive vers l’abolition du châtiment le plus cruel et inhumain. En 2025, ils sont 113 pays à l’avoir totalement aboli, dans la loi et pour tous les crimes.
Comment alors expliquer ce record d’exécutions en 2025 ? Une petite poignée de pays a redoublé son recours à la peine de mort. D’un côté, des pays aux pratiques autoritaires comme l’Iran et l’Arabie Saoudite tentent par tous les moyens de réduire au silence la dissidence, y compris en ayant recours à la peine capitale. De l’autre, de nombreux pays comme la Chine, l’Iran, l’Arabie saoudite, le Koweït et Singapour exécutent encore au nom de la “répression de la criminalité” : près de la moitié des exécutions en 2025 étaient faites au nom de la guerre contre la drogue.
Les exécutions ont redoublé en Iran
Si les exécutions ont explosé dans le monde en 2025, l’Iran y a largement contribué. Face à la contestation, les exécutions ont redoublé. En République Islamique iranienne, la peine de mort est utilisée comme une arme contre les opposants au pouvoir. Une tendance réaffirmée lors des massacres qui ont visé les manifestations au début de l’année 2026 et depuis le début du conflit au Moyen-Orient.
Les Etats-Unis à nouveau dans le top 5 des bourreaux
Dès son retour à la Maison Blanche le 20 janvier 2025, Donald Trump s’est empressé de signer un décret ordonnant de requérir systématiquement à la peine de mort pour les crimes les plus graves. Le président américain a franchi une nouvelle étape en avril 2026. Il a annoncé l’élargissement, au niveau fédéral, des modes d’exécutions autorisés au-delà de l’injection léthale : peloton d’exécution, électrocution et inhalation de gaz mortel. Des pratiques abjectes autorisées dans certains des 27 États où la peine de mort est en vigueur.
La peine de mort abolie dans plus de 2/3 des pays du monde
Cette augmentation du recours à la peine de mort mené par un petit groupe d’États s’inscrit dans un contexte global où les progrès vers l’abolition se sont poursuivis. Près des trois quarts des pays du monde ont désormais aboli la peine de mort, que ce soit en droit ou en pratique.
Cette hausse alarmante du recours à la peine de mort est due à un petit groupe isolé d’États déterminés à exécuter des personnes coûte que coûte, en dépit de la tendance mondiale qui se poursuit en faveur de l’abolition.
Questions / Réponses
Pourquoi faut-il abolir la peine de mort ?
La déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 reconnaît à chaque individu le droit à la vie et dispose catégoriquement dans son article 5 que « nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ». Amnesty International considère que la peine capitale est contraire à ces droits. Or la peine de mort est un châtiment dont la cruauté est manifeste. À l’instar de la torture, l’exécution est une agression physique et morale extrême commise contre une personne que les autorités ont placée dans l’incapacité de se défendre.
Que fait Amnesty International pour combattre la peine de mort ?
Amnesty International s’oppose sans réserve à la peine de mort et mène une campagne mondiale en faveur de son abolition depuis 1977, année où seuls 16 pays avaient aboli la peine de mort pour tous les crimes. À la fin de l’année 2025, ce chiffre est passé à 113.
En 1977, Amnesty International a organisé une conférence mondiale en Suède sur la peine de mort. À l’issue de la conférence, la Déclaration de Stockholm, premier manifeste international appelant tous les gouvernements à abolir la peine de mort, est adoptée. C’est en partie pour ce travail que le prix Nobel de la Paix nous est attribué en 1977.
Depuis combien de temps Amnesty International publie son rapport annuel sur la peine de mort ?
En 1979, nous publions notre premier rapport statistique mondial sur la peine de mort. À partir de ce moment, nous devenons une référence mondiale en matière d’observation et d’analyse sur les condamnations à mort prononcées et les exécutions menées par les gouvernements dans le monde.
Combien de pays ont-ils aboli la peine de mort dans le monde ?
En 2025, 113 pays ont aboli totalement la peine de mort pour tous les crimes, sans exception.
145 pays ont aboli la peine de mort dans la loi ou dans la pratique. Ce chiffre prend également en compte les 9 pays qui ont une abolition partielle (où la peine de mort est supprimée pour les crimes de droits communs mais reste possible pour les crimes exceptionnels) et les 23 pays qui ont aboli dans la pratique mais pas dans le droit (les pays qui n’ont procédé à aucune exécution depuis au moins 10 ans et semblent avoir pour politique ou pour pratique établie de s’abstenir de toute exécution).
Où est encore pratiquée la peine de mort ?
54 pays maintiennent la peine de mort pour les crimes de droits communs : Afghanistan, Antigua-et-Barbuda, Bahamas, Bahreïn, Bangladesh, Barbade, Bélarus, Belize, Botswana, Chine, Comores, Cuba, République démocratique du Congo, Dominique, Égypte, Éthiopie, Gambie, Guyane, Inde, Indonésie, Iran, Irak, Jamaïque, Japon, Jordanie, Koweït, Liban, Lesotho, Libye, Malaisie, Myanmar, Nigeria, Corée du Nord, Oman, Pakistan, Palestine, Qatar, Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Arabie saoudite, Singapour, Somalie, Soudan du Sud, Soudan, Syrie, Taïwan, Thaïlande, Trinité-et-Tobago, Ouganda, Émirats arabes unis, États-Unis d’Amérique, Vietnam, Yémen.
En 2025, 17 pays ont appliqué la peine de mort, et 48 pays ont prononcé des condamnations à mort.
Quels pays d’Europe appliquent encore la peine de mort ?
Le Bélarus et la Russie sont les seuls pays du continent européen à ne pas avoir aboli la peine de mort. 2025 est la première année depuis la prise de fonction du président Alexandre Loukachenko en 1994 où il n’y a eu aucune exécution au Bélarus. Si la Russie maintient depuis plus de vingt ans un moratoire sur les exécutions, elle n’a pas aboli dans la loi la peine de mort.
De quand date l’abolition de la peine de mort en France ?
Pendant l’élection présidentielle de 1981 en France, Amnesty International France se lance dans une intense campagne de mobilisation appelant les candidats à la présidentielle et d’autres personnalités politiques à abolir la peine de mort en France. François Mitterrand remporte l’élection et abolit la peine de mort plus tard la même année. Ce combat a été notamment porté par le ministre de la Justice Robert Badinter.
La peine de mort a-t-elle un effet dissuasif sur la criminalité ?
D’après les recherches, non. Il n’existe aucune preuve crédible que la peine de mort soit plus dissuasive qu’une peine d’emprisonnement. En fait, dans les pays qui ont interdit la peine de mort, les chiffres relatifs à la criminalité n’ont pas augmenté. Dans certains cas, ils ont même baissé. Au Canada, le nombre d’homicides en 2008 était inférieur de moitié à celui de 1976, lorsque la peine de mort y a été abolie.
Existe-t-il une méthode d’exécution « humaine » et indolore ?
Toute méthode d’exécution est inhumaine. L’injection léthale est souvent présentée comme plus “humaine” parce qu’elle apparait moins barbare que d’autres méthodes comme la décapitation, l’électrocution, le gazage ou la pendaison. Toutefois, rechercher un moyen « humain » d’ôter la vie revient à tenter de rendre les exécutions plus acceptables pour la population et de permettre aux gouvernements qui exécutent de ne pas passer eux-mêmes pour des bourreaux.
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N’est-il pas préférable d’exécuter quelqu’un plutôt que de l’enfermer à vie ?
Chaque jour, des hommes, des femmes et même des mineurs attendent leur exécution dans les quartiers des condamnés à mort. Quel que soit le crime commis, qu’ils et qu’elles soient coupables ou innocent·es, un système judiciaire ayant fait le choix de la vengeance plutôt que de la réinsertion peut leur ôter la vie. Tant qu’un prisonnier reste en vie, il peut espérer une réinsertion, ou espérer être disculpé s’il est plus tard reconnu innocent·e.
Pourquoi n’a-t-on pas les chiffres de la peine de mort en Chine ?
Comme les années précédentes, le total d’exécutions en 2025 n’inclut pas les milliers d’exécutions qui, selon Amnesty International, auraient été menées en Chine. Les données relatives à la peine de mort sont classées secret d’État en Chine, ce qui rend impossible toute évaluation indépendante des tendances et des affirmations des responsables gouvernementaux selon lesquelles cette peine serait limitée à un petit nombre de cas.
Mais les révélations et les commentaires des autorités chinoises ont une nouvelle fois mis en évidence un recours délibéré à la peine capitale pour faire passer le message que l’État ne tolérerait aucune menace à la sécurité ou à la stabilité publiques.
Par ailleurs, Amnesty International n’a pas été en mesure d’établir de chiffres minimaux fiables concernant les exécutions menées en République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord) et au Viêt Nam, pays où l’on estime que la peine de mort continue d’être largement appliquée.
Pourquoi la peine de mort est-elle contraire au droit international ?
La communauté internationale a adopté quatre traités internationaux prévoyant l’abolition de la peine de mort. L’un a une portée mondiale, les trois autres sont des traités régionaux :
- Deuxième Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques adopté par l’Assemblée générale des Nations unies en 1989.
- Protocole à la Convention américaine relative aux droits de l’homme adopté par l’Assemblée générale de l’Organisation des États américains en 1990.
- Protocole n° 6 à la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (Convention européenne des droits de l’homme) adopté par le Conseil de l’Europe en 1982.
Protocole n° 13 à la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (Convention européenne des droits de l’homme) adopté par le Conseil de l’Europe en 2002.
rapport peine de mort 2025
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