Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains à Singapour en 2025.
Le gouvernement a continué de réprimer sans relâche la liberté d’expression et de réunion pacifique. Les militant·e·s, les journalistes et l’opposition politique étaient la cible de lois répressives et des travailleuses et travailleurs migrants étaient en butte à l’exploitation. Les exécutions pour des infractions liées aux stupéfiants se sont multipliées.
Contexte
Le Parti d’action populaire s’est maintenu au pouvoir en remportant les élections générales au mois de mai. Les partis d’opposition, qui ne concouraient pas sur un pied d’égalité, ont obtenu des résultats relativement faibles.
Liberté d’expression
Cette année encore, l’État a eu recours à la législation, notamment à la Loi relative à la protection contre les mensonges et la manipulation en ligne (POFMA), pour étouffer la liberté d’expression et réduire au silence l’opposition. En janvier, le gouvernement a bloqué l’accès au site Internet de l’ONG East Asia Forum (EAF) parce qu’elle n’avait, selon lui, pas respecté une injonction reçue au titre de la POFMA. Cette injonction, dans laquelle l’EAF était accusée de « fausses déclarations de faits », lui avait été adressée en réaction à un article qui critiquait le gouvernement. Les plateformes de Meta et X ont en outre été tenues de publier des avis rectificatifs pour des publications faisant référence à cet article.
En février, le ministre de la Justice et de l’Intérieur, Kasiviswanathan Shanmugam, et le ministre du Travail, Tan See Leng, ont intenté une action en justice contre l’agence de presse Bloomberg et son journaliste Low De Wei pour diffamation à la suite d’un article sur des transactions immobilières mentionnant les deux ministres. Ceux-ci ont également engagé des poursuites contre Terry Xu, rédacteur en chef du site d’actualités indépendant The Online Citizen, pour un reportage sur le même sujet. Le gouvernement avait déjà adressé des injonctions au titre de la POFMA à Bloomberg et Terry Xu en 2024.
En mars, le dirigeant du Parti de la réforme, Kenneth Jeyaretnam, a reçu une injonction au titre de la POFMA pour un article publié sur son blog et sur ses réseaux sociaux critiquant les agents de police auxiliaires. C’était la neuvième injonction qu’il recevait.
En juin, The Online Citizen a été désigné « emplacement en ligne déclaré » pour la seconde fois, ce qui l’a obligé à afficher un message informant le lectorat qu’il était accusé d’avoir publié de « multiples mensonges ». Il lui a été interdit de recevoir des fonds via son site Internet ou ses réseaux sociaux pendant encore deux ans. De nombreuses autres injonctions au titre de la POFMA ont été adressées à des militant·e·s et des dissident·e·s ayant critiqué la peine de mort et abordé d’autres sujets considérés comme sensibles par le gouvernement. En décembre, Pritam Singh, dirigeant d’un parti d’opposition, a perdu son procès en appel contre une décision le déclarant coupable d’avoir menti devant une commission parlementaire, décision à la suite de laquelle il avait été condamné à une amende s’élevant à 14 000 dollars de Singapour (10 800 dollars des États-Unis). La police a enquêté sur un cinéaste pour des propos qui auraient heurté les sentiments religieux et raciaux après la projection de son documentaire sur la flottille de Gaza de 2018.
Liberté de réunion pacifique
En janvier, la police a ouvert une enquête pour rassemblement illégal au titre de la Loi relative à l’ordre public contre des étudiant·e·s qui avaient participé à un événement commémoratif à l’Université nationale de Singapour. Les étudiant·e·s avaient disposé des chaussures de manière à représenter les victimes du génocide à Gaza.
En février, la police a inculpé le militant Jolovan Wham au titre de la Loi relative à l’ordre public parce qu’il avait participé à cinq veillées à la bougie pour des personnes condamnées à mort. La police a également recouru à ce texte pour enquêter sur un groupe ayant pris une photo devant le tribunal pour marquer son soutien au militant.
En octobre, les militantes Mossammad Sobikun Nahar, Siti Amirah Mohamed Asrori et Annamalai Kokila Parvathi ont été relaxées du chef d’organisation d’un rassemblement illégal qui avait été retenu contre elles parce qu’elles avaient remis au palais présidentiel des lettres de protestation contre les violations des droits humains commises à Gaza. Elles encouraient chacune une amende de 10 000 dollars de Singapour (7 700 dollars des États-Unis) et/ou une peine de six mois d’emprisonnement au titre de la Loi relative à l’ordre public. Le gouvernement a déclaré qu’il allait faire appel.
En octobre, le militant hongkongais Nathan Law a été interdit d’entrée à Singapour alors qu’il avait obtenu un visa, le gouvernement ayant estimé que sa visite serait contraire à « l’intérêt national ». Nathan Law voulait participer à une conférence privée.
Peine de mort
Les exécutions se sont poursuivies à un rythme alarmant. En août, pour la première fois depuis 1998, un condamné à mort a bénéficié d’une mesure de grâce. Des rapporteuses et rapporteurs spéciaux des Nations unies ont exprimé leur profonde préoccupation quant au recours à la peine capitale et à la Loi relative à l’usage illicite de stupéfiants. En octobre, Pannir Selvam, un condamné à mort malaisien, a été exécuté malgré une levée de boucliers. Il s’agissait de la 13e exécution recensée depuis le début de l’année.
Droits des personnes migrantes
Des informations ont cette année encore fait état de mauvais traitements infligés à des travailleuses et travailleurs migrants ; ces personnes étaient notamment soumises à de longues journées de travail et à l’exploitation, et maigrement rémunérées. En juillet, le ministère du Travail a révélé avoir déjà reçu depuis janvier 120 signalements de travailleuses et travailleurs victimes d’escroqueries au visa de stagiaire, à qui l’on avait fait payer des frais de recrutement et qui se trouvaient bloqués dans un emploi faiblement rémunéré et aux horaires excessifs.
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