Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Arabie saoudite en 2025.
Le nombre d’exécutions sur l’année n’avait jamais été aussi élevé. Les personnes exécutées l’ont été pour un vaste éventail d’infractions, notamment des infractions liées aux stupéfiants impliquant souvent des personnes de nationalité étrangère. Deux hommes au moins ont été exécutés pour des crimes qu’ils auraient commis alors qu’ils étaient mineurs. Bien qu’un certain nombre de personnes arrêtées pour avoir exercé leur droit à liberté d’expression aient été libérées, les autorités ont continué de restreindre sévèrement les droits à la liberté d’expression et d’association. Des détracteurs et détractrices du régime et des défenseur·e·s des droits humains ont fait l’objet de condamnations à de longues peines de prison, de procès manifestement iniques ou d’interdictions arbitraires de quitter le pays. Des personnes récemment remises en liberté ont elles aussi été visées par des interdictions de voyager. Les travailleuses et travailleurs migrants, notamment les employé·e·s de maison, restaient liés par le système de parrainage (kafala) et demeuraient confrontés à des atteintes aux droits humains, à l’exploitation et à des expulsions massives. Les femmes ont cette année encore été victimes de discrimination en droit et en pratique. L’Arabie saoudite n’a pas pris de mesures appropriées pour concrétiser le droit à un environnement sain.
Contexte
Les autorités saoudiennes ont continué de promouvoir leur programme phare Vision 2030, qui visait à diversifier l’économie de l’Arabie saoudite, à encourager l’avènement d’une société « florissante » et à hisser le pays au rang de leader mondial. Le pays a investi dans des événements culturels et de divertissement et se préparait à accueillir l’Expo 2030 et la Coupe du monde de la FIFA 2034.
Dans le cadre d’une campagne de lutte contre les stupéfiants, le ministère de l’Intérieur et sa Direction générale du contrôle des stupéfiants ont régulièrement fait état de saisies de drogue.
En janvier, Interpol a annoncé son intention d’ouvrir un bureau régional en Arabie saoudite.
Le pays a continué de jouer un rôle régional et international majeur et a accueilli au cours de l’année des rencontres diplomatiques de haut niveau, notamment des pourparlers entre les États-Unis et la Russie pour mettre fin à la guerre en Ukraine. En mai, le prince héritier, Mohammed ben Salmane, a annoncé que l’Arabie saoudite avait signé pour plus de 300 milliards de dollars de contrats avec les États-Unis, dont un contrat de vente d’armes d’un montant de 142 milliards de dollars.
Peine de mort
Le nombre d’exécutions n’avait jamais été aussi élevé. Des personnes ont été exécutées pour un vaste éventail d’infractions, en particulier des infractions à la législation sur les stupéfiants, ainsi que des infractions liées au « terrorisme ».
Comme les années précédentes, la plupart des personnes exécutées pour des infractions à la législation sur les stupéfiants étaient de nationalité étrangère ; elles provenaient plus particulièrement de Somalie, d’Éthiopie, du Pakistan, d’Égypte et d’Afghanistan. Le droit à un procès équitable de certains ressortissant·e·s étrangers condamnés à mort a été gravement bafoué. Ces personnes n’ont notamment pas pu bénéficier de l’aide d’un·e avocat·e, d’un soutien satisfaisant de leur consulat, ni de services d’interprétation en bonne et due forme. Dans certains cas, elles ont été torturées et maltraitées durant leur détention provisoire dans le but de leur extorquer des « aveux ».
Des juges saoudiens ont cette année encore prononcé des condamnations à mort pour des infractions au titre du tazir (peine discrétionnaire prononcée en vertu de la charia), alors que la loi n’imposait pas la peine capitale pour ces infractions. Ces condamnations allaient à l’encontre des déclarations des autorités selon lesquelles le recours à la peine de mort pour ce type d’infractions avait été limité. Les exécutions au titre du tazir représentaient au moins 47,5 % de l’ensemble des exécutions comptabilisées entre janvier 2014 et juin 2025. Le 16 décembre, à l’issue d’un procès manifestement inique, les autorités saoudiennes ont exécuté Essam Ahmed, un pêcheur égyptien, pour des infractions non violentes liées aux stupéfiants. Le juge a prononcé la peine capitale dans le cadre du tazir, en dépit du pouvoir discrétionnaire qu’il avait de choisir une autre peine. De nombreuses autres personnes risquaient toujours une exécution imminente pour des infractions non violentes à la législation sur les stupéfiants.
La population chiite du pays faisait depuis longtemps l’objet de discriminations et sa dissidence pacifique amenait souvent ses membres à être poursuivis pour « terrorisme ». Les autorités ont continué d’exécuter un nombre alarmant de membres de la minorité chiite, notamment des personnes ayant exprimé des opinions dissidentes dans la province de l’Est. Alors que la population du pays était constituée de 10 à 12 % de chiites, ceux-ci ont représenté environ 42 % des exécutions liées au « terrorisme » entre janvier 2014 et juin 2025.
Les autorités ont exécuté deux hommes (Jalal Labbad, le 21 août, et Abdullah al Derazi, le 20 octobre) pour des infractions qu’ils auraient commises avant l’âge de 18 ans. Le Tribunal pénal spécial (TPS) a aussi rejugé Yusuf al Manasif, Jawad Qureiris et Hassan al Faraj et les a de nouveau condamnés à mort pour des infractions qu’ils auraient commises lorsqu’ils étaient mineurs. D’autres personnes âgées de moins de 18 ans au moment des faits qui leur étaient reprochés se trouvaient toujours sous le coup d’une sentence capitale et risquaient, pour certaines, une exécution imminente.
Liberté d’expression
Des détracteurs et détractrices du gouvernement et des défenseur·e·s des droits humains ont cette année encore subi de lourdes peines de prison, des procès inéquitables et des interdictions de voyager.
En février, l’ONU a reconnu avoir modifié l’enregistrement d’une table ronde à laquelle avaient participé des organisations de défense des droits humains lors du Forum sur la gouvernance de l’Internet organisé dans la capitale saoudienne, Riyad, à la suite d’une plainte du gouvernement saoudien, afin d’en supprimer les critiques exprimées par une défenseure des droits humains.
Le parquet a annoncé en avril avoir commencé à engager des procédures judiciaires contre toutes les personnes « portant préjudice à la réputation touristique » du royaume, en vertu de la Loi de lutte contre la cybercriminalité et de la Loi de lutte contre la contrefaçon.
Le 21 août, la Cour d’appel du TPS a confirmé la déclaration de culpabilité de Manahel al Otaibi, influenceuse de fitness et militante des droits des femmes, et a réduit sa peine de 11 à cinq ans d’emprisonnement, suivis d’une interdiction de quitter le pays pendant cinq ans. Cette militante avait été condamnée en 2024 pour ses tweets en faveur des droits des femmes et pour avoir publié des photos d’elle sans abaya (vêtement traditionnel).
Au cours de l’année, les autorités ont libéré des dizaines de personnes qui avaient été arrêtées pour avoir exercé leur liberté d’expression. En février, Salma al Shehab, doctorante saoudienne résidant au Royaume-Uni, a été libérée après avoir purgé quatre années d’une peine de 27 ans d’emprisonnement prononcée à l’issue d’un procès inéquitable pour la publication de tweets de soutien aux droits des femmes. Le même mois, Asaad bin Nasser al Ghamdi, initialement condamné à 20 ans de réclusion pour ses publications sur les réseaux sociaux critiquant le programme Vision 2030 du gouvernement, a été libéré après deux ans de prison. Fahd Ezzi Mohammed Ramadhan, détenteur de la double nationalité néerlandaise et yéménite, a été libéré en juin après 18 mois de détention sans inculpation.
Interdiction de voyager
Beaucoup des personnes libérées de prison demeuraient sous le coup de longues interdictions de voyager et de mesures restreignant leur liberté d’expression. Ainsi, Abdulaziz al Shubaily, cofondateur de l’Association saoudienne des droits civils et politiques (ACPRA), aujourd’hui dissoute, a été libéré en juillet après huit années d’emprisonnement mais faisait l’objet d’une interdiction de quitter le pays et d’utiliser les réseaux sociaux pendant huit ans. De même, Mohammed al Qahtani, défenseur des droits humains et cofondateur de l’ACPRA, a été remis en liberté en janvier après 12 ans de prison, mais s’est vu imposer une interdiction de voyager de 10 ans, qui le séparait de sa famille vivant à l’étranger. Les défenseures des droits des femmes Loujain al Hathloul et Maryam al Otaibi étaient toujours sous le coup d’une interdiction de quitter le pays après avoir été emprisonnées pour leur militantisme en faveur des droits fondamentaux.
Procès inéquitables
Presque tous les défenseur·e·s des droits humains ayant comparu devant le TPS (tristement célèbre pour ses atteintes au droit à un procès équitable) ou devant d’autres tribunaux ont reçu de lourdes peines à l’issue de procès manifestement iniques.
Le 12 mai, le TPS a condamné le ressortissant britannique Ahmed al Doush à 10 ans de réclusion, une peine ensuite réduite à huit ans en appel. Ses interrogatoires avaient tourné autour de ses publications sur les réseaux sociaux et de son association présumée avec un opposant saoudien en exil. Les autorités saoudiennes ont refusé de communiquer à sa famille et aux autorités consulaires britanniques certains documents judiciaires, notamment les charges retenues contre lui et les détails de sa déclaration de culpabilité.
Droits des personnes âgées
Des détenu·e·s âgés ont continué de subir des conditions de détention extrêmement dures. Sabri Shalaby, médecin égyptien de 69 ans, purgeait toujours une peine de 10 années d’emprisonnement prononcée à l’issue d’un procès inéquitable pour des accusations infondées de « terrorisme ». Durant son incarcération, il a été détenu à l’isolement, s’est vu refuser des soins médicaux et a subi des représailles après avoir poursuivi en justice le ministère de la Santé pour des retenues de salaires. Salman al Odah, lui aussi âgé de 69 ans, a passé plus de huit ans en détention à l’isolement, ce qui constituait de la torture au titre du droit international. Sa santé, son ouïe et sa vue se sont gravement détériorées. Il avait été arrêté en 2017 après avoir publié un tweet appelant à l’unité dans le cadre d’un différend diplomatique. Une experte des Nations unies a demandé à lui rendre visite en avril, mais elle a essuyé un refus de la part des autorités.
Droits des personnes migrantes
L’Arabie saoudite accueillait toujours plus de 13 millions de travailleuses et travailleurs migrants, dont quatre millions d’employé·e·s de maison originaires d’Afrique et d’Asie. Ces personnes restaient soumises au système de parrainage (kafala), qui restreignait leurs possibilités de changer d’emploi ou de quitter le pays, leur faisant courir un risque accru d’exploitation. Malgré quelques réformes limitées, les violations du droit du travail étaient monnaie courante (vols de salaires, conditions de travail dangereuses, discrimination raciale, conditions de logement déplorables).
Des recherches d’Amnesty International ont révélé que des personnes migrantes ayant travaillé sur le chantier du nouveau métro de Riyad, qui a ouvert en janvier, avaient été exploitées pendant 10 ans sans bénéficier d’une protection suffisante de la part du gouvernement. Beaucoup d’entre elles avaient payé des frais de recrutement exorbitants pour obtenir leur emploi sur ce chantier, et s’étaient retrouvées à travailler pendant de longues heures pour des salaires faibles et discriminatoires, souvent sous des températures extrêmes en été.
Des centaines de travailleuses et travailleurs migrants employés sur de grands projets n’ont pas reçu de salaire pendant des mois, voire près d’une année entière pour certains, et ont été abandonnés à leur sort, sans protection sociale adéquate et dans l’incapacité d’acheter des produits essentiels, tels que de la nourriture. Plusieurs ont manifesté ou ont eu recours aux réseaux sociaux pour faire connaître leur sort tragique. Les autorités ne sont pas intervenues pour régler efficacement ces problèmes en temps voulu et, dans un des cas, elles ont détenu 11 travailleurs pendant 48 heures environ à la suite d’une manifestation en septembre, selon un syndicat.
Les employé·e·s domestiques étaient toujours exclus du droit du travail. Cette faille était exploitée par certains employeurs, qui portaient atteinte à leurs droits humains, généralement en toute impunité puisque les autorités appliquaient peu les protections existantes. Des Kenyanes embauchées comme employées de maison ont décrit des conditions de travail épuisantes et abusives s’apparentant dans de nombreux cas à du travail forcé et à de la traite des êtres humains (salaires non versés, horaires excessifs, violences physiques et sexuelles…), souvent sur fond de racisme systémique.
En mai, le ministère des Ressources humaines et du Développement social (MHRSD) a annoncé la mise en œuvre d’un délai de grâce de six mois pour régulariser le statut des employé·e·s domestiques signalés comme étant « en fuite ». Ce délai a été prolongé de six mois en novembre. Le Système de protection des salaires, qui ne s’appliquait auparavant qu’aux employé·e·s du secteur privé, a été étendu aux employé·e·s de maison, qui devaient en conséquence être payés par voie électronique. Cette obligation a été introduite progressivement et s’appliquait à tous les employeurs et employeuses de personnel domestique à compter du 1er janvier 2026. À la suite d’une consultation publique, le MHRSD a confirmé avoir significativement réduit la liste des sanctions qu’il avait établie en 2021 pour les violations de la réglementation du travail. Les amendes encourues en cas de violations telles que la confiscation du passeport d’un·e employé·e, le refus d’accorder des journées de repos hebdomadaires et le non-respect de l’interdiction de travailler en milieu de journée l’été ont notamment fortement baissé. Ce nouveau cadre introduisait néanmoins de nouvelles sanctions pour les violations contre des catégories spécifiques de travailleuses et travailleurs, notamment celles et ceux qui n’étaient pas couverts par le droit du travail, comme les personnes employées dans les secteurs maritime, agricole et domestique.
En juin, la Confédération syndicale internationale (CSI), menée par la CSI Afrique, a déposé auprès de l’OIT une plainte dénonçant le recours généralisé au travail forcé, au vol des salaires et aux violences physiques et sexuelles, ainsi que le racisme systémique visant particulièrement, mais pas exclusivement, les travailleuses et travailleurs migrants africains.
Le même jour, l’OIT a annoncé le lancement de la troisième phase de son accord de coopération avec l’Arabie saoudite, qui mettait l’accent, entre autres, sur le recrutement équitable et la mobilité professionnelle des travailleuses et travailleurs migrants, la protection des employé·e·s de maison et l’accès à la justice.
Droits des personnes migrantes
Les lois sur la tutelle étaient toujours en vigueur, affectant de nombreux aspects de la vie des femmes. Celles-ci étaient toujours en butte à des discriminations dans la législation comme dans la pratique. Le 21 février, près de trois ans après l’adoption, le 8 mars 2022, de la Loi relative au statut personnel, le Journal officiel a enfin publié son décret d’application. Cette loi introduisait quelques réformes positives, comme l’instauration d’un âge minimum légal pour le mariage, mais elle codifiait également la discrimination liée au genre dans la plupart des aspects de la vie de famille, notamment en ce qui concerne le mariage, le divorce, la garde des enfants et la succession.
Droit à un environnement sain
L’Arabie saoudite faisait toujours partie des 10 pays de la planète les plus émetteurs de CO2 par habitant·e. L’entreprise Saudi Aramco, majoritairement détenue par l’État, restait la société la plus émettrice de gaz à effet de serre au monde. En octobre, son PDG a déclaré que l’électricité destinée à répondre à la hausse mondiale de la demande due aux véhicules électriques et aux centres de données de l’intelligence artificielle serait produite par les énergies fossiles, et non par les énergies renouvelables, et que les hydrocarbures « resteraient la source centrale d’énergie dans le monde ». Le gouvernement n’a pas défini de plan en vue de cesser progressivement la production de combustibles fossiles.
Le 10 septembre, l’Arabie saoudite a ratifié l’Amendement de Kigali au Protocole de Montréal, s’engageant à geler d’ici 2028 la production d’hydrofluorocarbone, puissant gaz à effet de serre, et à en réduire la consommation de 85 % à l’horizon 2047.
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