Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Chine en 2025.
Les autorités chinoises ont intensifié leur contrôle sur l’information et le débat public et ont continué de réprimer la dissidence et les réunions pacifiques. Des personnes ont été persécutées pour leurs activités religieuses. Elles ont fait l’objet d’une surveillance, ont été la cible d’opérations policières et ont été visées par des lois relatives à la sécurité. Des défenseur·e·s des droits humains, des écrivain·e·s, des artistes ainsi que d’autres membres de la société civile ont cette année encore été incarcérés et poursuivis au titre de dispositions législatives relatives à la sécurité nationale formulées dans des termes vagues. Ces groupes ont également continué de faire l’objet de censure et d’une surveillance en ligne. Les autorités ont réprimé des actions militantes en faveur de l’égalité des genres et restreint la liberté d’expression des femmes et des personnes LGBTI, en particulier dans les espaces numériques. La peine de mort était toujours appliquée dans le pays. La capacité de production d’énergies renouvelables de la Chine a considérablement augmenté, mais la consommation de combustibles fossiles a aussi poursuivi sa hausse. Les groupes ethniques, notamment les Ouïghour·e·s et les Tibétain·e·s, restaient soumis à un contrôle politique et culturel strict. Dans les régions administratives spéciales de Hong Kong et de Macao, la législation nationale a encore fragilisé les droits humains.
Contexte
Neuf responsables militaires ont été démis de leurs fonctions, officiellement dans le cadre du programme de « lutte contre la corruption » du président et secrétaire du Parti communiste chinois, Xi Jinping. Celui-ci a lancé en septembre l’Initiative de gouvernance mondiale, le plus récent d’une série de plans de coopération et de développement sur lesquels se fondait sa prétention à être un leader du « véritable multilatéralisme ». Des entreprises chinoises, souvent en lien étroit avec le gouvernement, ont contribué à alimenter des conflits, notamment au Myanmar et au Soudan, et facilité des violations commises par d’autres États, comme le Pakistan.
Il est apparu en plusieurs occasions que les autorités chinoises exerçaient une répression transnationale croissante, notamment en se livrant à des actes de surveillance, de censure et de harcèlement, en engageant des actions en justice et en faisant pression sur d’autres États pour qu’ils renvoient de force des personnes en Chine. Ces actes ont visé des défenseur·e·s des droits humains, des militant·e·s, des artistes et des membres des diasporas ouïghoure et tibétaine. Selon certaines informations, des chercheurs et chercheuses et des défenseur·e·s installés à l’étranger ont aussi vu leurs financements baisser en raison des travaux qu’ils menaient ou ont été accusés, sans aucun fondement, de diffamation par des entreprises chinoises pour avoir publié des contenus critiquant leurs pratiques commerciales.
Liberté d’expression et d’association
Les autorités ont intensifié leur contrôle sur l’information, le débat public et la liberté d’association par le biais de nouvelles réglementations ainsi que d’actes de censure et d’intimidation.
Le 5 février, l’Administration d’État de la radio et de la télévision a mis en place un nouveau système d’autorisation pour toutes les microséries (très courtes vidéos scénarisées), qui devaient désormais être approuvées avant leur publication en ligne. Cette mesure s’appliquait aussi aux contenus publiés sur les grandes plateformes de réseaux sociaux, comme WeChat, Douyin et RedNote. Le 8 février, l’Administration chinoise du cyberespace, en collaboration avec 11 autres organismes, dont le ministère de la Sécurité publique et le ministère de la Sûreté de l’État, a rendu publiques des mesures de gestion de la diffusion des informations militaires sur Internet, qui interdisaient la production ou le partage en ligne de toute information confidentielle concernant la défense nationale ou les forces armées.
Les journalistes et les médias étaient toujours en butte à la censure. En juin, le média d’information Caixin et l’hebdomadaire Nanfang Zhoumo ont publié des reportages d’investigation sur un présumé décès en garde à vue, mais les contenus en question ont rapidement été supprimés des sites Internet officiels et des plateformes de réseaux sociaux.
Le 22 septembre, l’Administration chinoise du cyberespace a lancé une campagne nationale de deux mois ciblant les contenus sur les réseaux sociaux et les plateformes de partage de vidéos courtes qui « incitaient à l’hostilité » ou « créaient une ambiance pessimiste ». Les plateformes ont été prévenues qu’elles devaient supprimer ce type de contenus ainsi que tout autre portant atteinte à la réputation des institutions publiques. Après le décès de l’acteur Yu Menglong, les publications de ses fans exprimant leur chagrin et critiquant la censure en ligne ont rapidement été supprimées des réseaux sociaux, offrant un exemple supplémentaire du durcissement du contrôle exercé par les autorités sur les espaces numériques.
Les travailleuses et travailleurs et les personnes qui défendaient leurs droits ne pouvaient toujours pas exercer leur liberté d’association. Dans son rapport annuel de 2025, paru le 10 février, l’OIT s’est inquiétée de l’interdiction persistante des syndicats indépendants et d’autres restrictions pesant sur la liberté d’association en Chine.
Liberté de réunion pacifique
Les autorités ont continué de restreindre les rassemblements pacifiques au moyen de la force policière et de la censure en ligne.
En avril et en mai, des travailleuses et travailleurs de plusieurs provinces, telles que le Sichuan, le Shaanxi, le Hunan et le Hebei, ont organisé des manifestations pour réclamer le paiement de leurs salaires non versés. Des observateurs et observatrices des droits du travail ont fait état du retrait de publications en ligne à ce sujet et d’actes de harcèlement contre les organisateurs et organisatrices, ce qui démontrait l’intolérance des autorités à l’égard des actions collectives.
En août, plus d’un millier de personnes se seraient rassemblées devant des bureaux des autorités gouvernementales à Jiangyou, dans la province du Sichuan, après que la vidéo d’un acte de harcèlement scolaire fut devenue virale. La police a utilisé des matraques et des aiguillons électriques pour disperser les manifestant·e·s. Des vidéos dont l’authenticité a été vérifiée ont montré des agents en train de traîner des participant·e·s par terre et de les frapper. Les discussions en ligne sur ces faits ont rapidement été censurées et des habitant·e·s ont indiqué avoir reçu l’ordre de ne pas parler à des médias étrangers.
Le même mois, dans la ville de Chongqing, des slogans antigouvernementaux ont été projetés sur un mur en guise de manifestation pendant près d’une heure avant que la police intervienne. Les vidéos de cette projection ont rapidement été supprimées des plateformes de réseaux sociaux.
Liberté de religion et de conviction
Les autorités ont renforcé leur contrôle sur les activités religieuses par le biais de mesures de surveillance, d’opérations policières et de poursuites judiciaires engagées au titre de dispositions anti-« culte » et relatives à la sécurité. Le 5 mars, le Bureau des affaires religieuses et ethniques a saisi par la force une église à Huainan, dans la province de l’Anhui. Le pasteur, Zhao Hongliang, a été condamné à un an et un mois de prison. Le 10 mars, toujours dans la province de l’Anhui, la police a arrêté deux personnes chrétiennes soupçonnées d’avoir « organisé et utilisé un culte pour entraver l’application de la loi ».
Tout au long de l’année, des adeptes du Falun Gong, une pratique spirituelle interdite en Chine, ont continué d’être emprisonnés. Parmi eux figurait une femme de 80 ans vivant à Pékin, condamnée à cinq ans de prison en mars.
Les autorités ont lancé en octobre une opération d’ampleur nationale contre le réseau non officiel de l’Église de Sion, arrêtant près de 30 de ses membres et pasteurs dans sept villes au moins, dont Pékin et Shanghai. Dix-huit personnes au moins se trouvaient toujours en « détention criminelle » à la fin de l’année. Cette campagne s’inscrivait dans une démarche persistante de l’État visant à éliminer toute activité religieuse non déclarée et à exercer son contrôle sur les croyances et les cultes.
Défenseur·e·s des droits humains
Les autorités ont continué de prendre pour cible des défenseur·e·s des droits humains, des avocat·e·s et des militant·e·s en vertu de dispositions relatives à la sécurité nationale et à l’ordre public formulées en termes vagues. Ces dispositions ont régulièrement été invoquées pour réprimer le travail de plaidoyer et le militantisme des personnes cherchant à faire valoir leurs droits, qui subissaient des détentions provisoires prolongées, des audiences à huis clos et des restrictions de leur droit de bénéficier des services d’un·e avocat·e. Les autorités ont persisté à recourir à la « résidence surveillée dans un lieu désigné » (une forme de détention secrète s’apparentant à une disparition forcée), en particulier contre des défenseur·e·s des droits humains, des avocat·e·s spécialisés dans la défense des droits fondamentaux et des personnes faisant l’objet d’enquêtes pour des infractions liées à la sécurité nationale.
Des avocat·e·s spécialistes des droits humains et leurs familles ont cette année encore subi des attaques. La militante Xu Yan a été libérée de prison début janvier après avoir purgé une peine d’un an et neuf mois de réclusion pour « incitation à la subversion ». Son époux, l’avocat spécialisé dans la défense des droits humains Yu Wensheng, condamné pour la même infraction, a été débouté de son appel le 6 janvier. L’avocat Lu Siwei a été condamné à 11 mois d’emprisonnement en avril pour « franchissement illégal de la frontière ». Il est resté soumis à des restrictions de voyage à l’étranger à la suite de sa libération en août. Après avoir passé plus de trois ans en détention provisoire, l’avocat Xie Yang a été jugé à huis clos, le 30 juillet, pour « incitation à la subversion de l’État ».
La surveillance étroite exercée sur les défenseur·e·s des droits sociaux et du travail ne s’est pas relâchée. Le 18 mars, le défenseur des droits du travail Wang Jianbing a été libéré après avoir purgé une peine de trois ans et demi d’emprisonnement. Il faisait cependant l’objet d’une « privation de ses droits politiques », une peine supplémentaire ambiguë contraire aux normes internationales, et demeurait sous surveillance. L’appel interjeté par He Fangmei, condamnée pour avoir milité en faveur de la sûreté des vaccins, a été rejeté en avril.
Des écrivain·e·s, des journalistes et des artistes ont cette année encore fait l’objet de poursuites judiciaires pour leur travail en faveur des droits humains et pour avoir exercé leur droit à liberté d’expression. Le 6 janvier, le réalisateur de cinéma Chen Pinlin a été déclaré coupable d’« avoir cherché à provoquer des conflits et troublé l’ordre public », une infraction mal définie, et condamné à trois ans et demi d’emprisonnement. La journaliste Zhang Zhan a été jugée, déclarée coupable et condamnée à une deuxième peine de quatre ans de prison le 19 septembre pour son travail en faveur des droits humains. Détenu depuis août 2024 pour « atteinte à la réputation et à l’honneur des héros et des martyrs chinois », l’éminent artiste Gao Zhen se trouvait toujours en détention dans l’attente de son procès à la fin de l’année.
Des étudiant·e·s et des jeunes ont également été pris pour cible. Le 31 juillet, dans la province du Yunnan, des membres des forces de sécurité nationale ont placé en détention une étudiante de 22 ans, Zhang Yadi (Tara), à son retour en Chine après des études universitaires en France. Elle était, semble-t-il, soupçonnée d’« incitation au séparatisme » en raison du travail bénévole pacifique qu’elle avait effectué à l’étranger. L’étudiante ouïghoure Kamile Wayit a été libérée le 28 décembre, après avoir purgé une peine de trois ans d’emprisonnement pour avoir soi-disant « fait la promotion de l’extrémisme » en partageant des publications sur les réseaux sociaux.
Droits des femmes
Les autorités ont persisté dans leur répression du militantisme féministe et des discussions en ligne à propos de l’égalité des genres. En août et en septembre, les comptes d’un certain nombre de militant·e·s féministes et de défenseur·e·s des droits des femmes ont été supprimés définitivement du réseau social Weibo pour « incitation à l’antagonisme entre les genres ». Selon des médias liés à l’État, ces fermetures visaient des contenus parlant de harcèlement sexuel et de discrimination liée au genre.
En octobre, Pékin a accueilli une réunion des dirigeant·e·s mondiaux marquant le 30e anniversaire de la Quatrième conférence mondiale sur les femmes de 1995. À cette occasion, les autorités chinoises ont salué ce qu’elles ont qualifié de « réalisations historiques » en matière d’égalité des genres et de participation des femmes. Les voix féministes indépendantes ont été exclues de cet événement.
Droits des personnes LGBTI
En janvier, l’annulation de plusieurs dates du spectacle de la célèbre artiste transgenre Jin Xing a fait naître des inquiétudes concernant un durcissement du contrôle exercé par le gouvernement sur les performances publiques d’artistes LGBTI. Dans plusieurs provinces, la police a arrêté ou interrogé des autrices de danmei, un genre littéraire chinois présentant des relations amoureuses entre des personnages masculins, pour avoir publié des histoires à caractère homoérotique en ligne. D’après des médias et des observateurs·trices, 30 autrices au moins ont reçu des amendes ou été placées en détention administrative dans le cadre d’une campagne en juin.
En septembre, la sortie du film Together en Chine continentale a été suspendue par ses distributeurs après que des utilisateurs·trices de réseaux sociaux ont découvert qu’une scène de mariage entre deux personnes du même sexe avait été retouchée numériquement pour la transformer en scène hétérosexuelle. Cette décision a suscité de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux, avant que les publications à ce sujet ne soient censurées.
Le même mois, l’Administration chinoise du cyberespace a ordonné à l’application de réseau social RedNote de « remédier » à ses soi-disant défaillances dans la gestion des publications sur des sujets LGBTI ou sur des femmes faisant le choix de rester célibataires. L’autorité de régulation a déclaré que de tels contenus « dénaturaient les valeurs » et portaient atteinte à la « civilité en ligne ».
Des plateformes en ligne, telles que Douyin, BiliBili et RedNote, ont continué de supprimer des groupes et des discussions liés aux personnes LGBTI au titre d’interdictions très générales des contenus « vulgaires » ou « malsains », témoignant de la répression persistante de l’expression queer dans les espaces numériques. En novembre, les autorités ont ordonné que deux applications populaires de rencontres gays soient supprimées des plateformes en ligne.
Peine de mort
La Chine a continué de prononcer des condamnations à mort et de procéder à des exécutions pour un large éventail d’infractions, dont plusieurs n’entraient pas dans la catégorie des « crimes les plus graves » tels que définis par le droit international relatif aux droits humains et les normes en la matière. Les données officielles sur les condamnations à mort et les exécutions étaient toujours classées secrets d’État. Il était donc très difficile de déterminer la véracité des déclarations du gouvernement selon lesquelles la peine de mort était appliquée « avec prudence ».
En dépit des restrictions imposées par l’État sur les informations relatives à la peine capitale, les autorités ont continué de rendre certains cas publics dans les médias, à des fins dissuasives. En janvier, le tribunal populaire supérieur de la province du Guizhou a confirmé l’exécution de Yu Huaying, déclarée coupable de traite d’enfants, dans une affaire que les médias d’État ont largement relayée pour donner la preuve de la « tolérance zéro » pratiquée à l’égard de la traite des femmes et des enfants. Le 29 septembre, le tribunal populaire intermédiaire de la ville de Wenzhou, dans la province du Zhejiang, a condamné à mort 11 membres d’une même famille pour des infractions incluant la « fraude aux télécommunications », l’« exploitation illégale de jeux de hasard », le « trafic de stupéfiants » et l’« homicide volontaire », en lien avec des opérations d’escroquerie transfrontalières au Myanmar. Les autorités ont continué d’avoir recours à la peine de mort dans des affaires de corruption. En décembre, elles ont exécuté un ancien cadre financier pour des faits de ce type commis à grande échelle.
Droit à un environnement sain
La Chine a conservé sa place de premier émetteur de gaz à effet de serre au monde en dépit d’une croissance sans précédent des énergies renouvelables. Ses capacités de production d’énergies solaire et éolienne ont augmenté de 198 gigawatts et 46 gigawatts respectivement entre les mois de janvier et de mai. Parallèlement, la consommation de charbon a continué d’augmenter.
En mai, les émissions nationales de carbone ont pour la première fois diminué en glissement annuel, hors période de pandémie. Des analystes ont attribué ce changement à une mutation structurelle, à l’expansion rapide des énergies renouvelables et à la supplantation du charbon par l’énergie nucléaire. Des risques de travail forcé dans la chaîne d’approvisionnement du secteur des panneaux solaires ont encore été mis en lumière, ce qui soulevait des questions quant à la viabilité de la transition vers les énergies renouvelables.
La protection de l’environnement s’inscrivait dans la politique du gouvernement visant à construire une « civilisation écologique » et était intégrée au 14e plan quinquennal, qui renouvelait les promesses d’atteindre le pic d’émissions de dioxyde de carbone avant 2030 et de parvenir à la neutralité carbone d’ici 2060. L’outil Climate Action Tracker a cependant classé l’objectif de « neutralité carbone » pour 2060 de la Chine comme « insuffisant », notant l’absence de stratégie exhaustive à long terme et le fait qu’il n’était pas précisé si cet objectif incluait uniquement le CO₂ ou tous les gaz à effet de serre. La participation aux processus décisionnels en matière d’environnement et la transparence sur les grands projets d’infrastructure demeuraient extrêmement limitées.
Régions autonomes
Le gouvernement maintenait un contrôle culturel et politique strict sur des groupes ethniques, continuant de mener des campagnes idéologiques en faveur de « l’unité ethnique » et de l’« identité nationale ». Des politiques continuaient de réduire l’espace dédié à l’expression des spécificités religieuses et culturelles, en particulier dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang et dans la région autonome du Tibet, ainsi que dans d’autres zones autonomes.
Le 8 septembre, les autorités ont rendu public un projet de loi sur l’unité ethnique imposant une éducation idéologique exhaustive afin de « forger un solide sentiment d’appartenance à la communauté nationale chinoise ». Ce texte prévoyait la mise en place de vastes mécanismes permettant de surveiller et de rendre compte de la « promotion de l’unité » à tous les niveaux de l’administration. Au mois de septembre également, des propositions de modification de la Loi sur la langue chinoise standard parlée et écrite ont semblé insister davantage sur l’utilisation du mandarin à l’échelle nationale, en particulier dans les « régions marginalisées, rurales et à minorité ethnique ». Ces propositions venaient renforcer le processus d’homogénéisation linguistique mené par l’État et réduisaient l’espace accordé à la diversité culturelle.
Région autonome ouïghoure du Xinjiang
Les droits de la population ouïghoure, en particulier le droit de circuler librement, étaient toujours sévèrement restreints. Selon les informations disponibles, les politiques officielles dissuadaient ses membres de se rendre à l’étranger et obligeaient les Ouïghour·e·s vivant dans d’autres pays à choisir entre le fait de voir leur famille en Chine et celui d’exercer leur droit à la liberté d’expression.
En mars, en juin et en septembre, le HCDH a redit son inquiétude au sujet des violations en cours au Xinjiang. Il a exhorté la Chine à mettre en œuvre les recommandations qu’il lui avait adressées en 2022, notamment celles qui l’enjoignaient à mettre fin aux détentions arbitraires, à faire la lumière sur le sort des personnes détenues et le lieu où elles se trouvaient, et à garantir l’obligation de rendre des comptes. Le gouvernement a rejeté ces demandes et n’a pris aucune mesure pour rendre compte de ses actes ou mettre en place un mécanisme de suivi indépendant.
En septembre, des expert·e·s des Nations unies ont adressé une communication officielle aux autorités pour leur faire part de leur préoccupation concernant la disparition forcée dont aurait été victime l’universitaire ouïghoure Rahile Dawut et la détention arbitraire de l’artiste Yaxia’er Xiaohelaiti. Selon ces expert·e·s, ces cas étaient emblématiques de la répression systématique généralisée de la culture ouïghoure et du travail des universitaires ouïghours.
Tibet
En mars, le Bureau de l’information du Conseil des Affaires d’État a publié un livre blanc sur « les droits humains au Tibet à l’ère nouvelle », qui préconisait explicitement une « éducation bilingue », avec le mandarin comme principale langue d’instruction. Ce livre blanc promouvait l’école comme moyen de « renforcer l’unité nationale », notamment par le biais de l’éducation politique. Au mois d’août, lors d’une de ses rares visites au Tibet, le président, Xi Jiping, a mis l’accent sur « l’unité et le développement » et a présidé au lancement de la construction d’un barrage controversé en raison de ses conséquences délétères pour les populations locales (déplacements forcés, impact sur l’environnement).
Les autorités ont continué de s’ingérer dans les affaires religieuses des bouddhistes tibétains. En juillet, après l’annonce par le dalaï-lama des modalités de sa succession, des représentant·e·s de l’État et des médias chinois ont affirmé que tout processus de réincarnation devrait se dérouler « conformément au droit chinois » et sous l’autorité du Parti communiste.
Région administrative spéciale de Hong Kong
Le 26 novembre, un incendie dans le complexe résidentiel Wang Fuk Court (district de Tai Po) a fait 168 morts, ce qui en faisait le troisième incendie le plus meurtrier jamais enregistré à Hong Kong. Les autorités ont rapidement réprimé les appels à rendre des comptes. Elles ont procédé à l’arrestation d’au moins quatre personnes et ont entravé la publication d’informations sur l’événement et sur la réponse du gouvernement, notamment par des actes d’intimidation.
Droits des personnes LGBTI
Les partenariats et les mariages entre personnes de même sexe n’étaient toujours pas reconnus juridiquement. À la suite d’une décision rendue par la plus haute instance judiciaire de Hong Kong en 2023, qui exigeait du gouvernement qu’il mette en place un cadre de reconnaissance juridique des unions entre personnes du même sexe avant octobre 2025, celui-ci a présenté un projet de loi relatif à l’enregistrement des partenariats entre personnes du même sexe, qui accordait des droits restreints aux partenaires ayant enregistré leur union à l’étranger. L’Assemblée législative a rejeté ce texte en septembre.
Liberté d’expression
Les autorités ont encore élargi le champ d’application de la Loi sur la sécurité nationale et des lois connexes, et ont continué à les utiliser pour ériger en infraction l’exercice du droit à la liberté d’expression. Sur l’ensemble des affaires traitées au titre de la législation relative à la sécurité nationale entre juillet 2020 et juin 2025, 85 % concernaient le droit légitime à la liberté d’expression qui n’auraient pas dû être considérés comme des infractions. La remise en liberté sous caution a été refusée dans 89 % des cas, et la durée moyenne de la détention provisoire s’élevait à 11 mois.
En avril, le père et le frère de la militante en exil Anna Kwok ont été arrêtés par la police de la sécurité nationale. Son père a par la suite été inculpé au titre de l’Ordonnance sur la sauvegarde de la sécurité nationale de 2024 pour avoir géré « directement ou indirectement » les finances d’une personne fuyant la justice. Beaucoup ont perçu cette affaire comme une mesure de représailles aux propos critiques et au militantisme d’Anna Kwok à l’étranger.
En mai, le gouvernement de Hong Kong a adopté des dispositions législatives complémentaires à l’Ordonnance sur la sauvegarde de la sécurité nationale, qui créaient six nouvelles infractions et déclaraient « lieux interdits » six emplacements où se trouvaient des bureaux de la sécurité nationale chinoise, interdisant ainsi à quiconque de s’en approcher ou de les traverser. Toujours en mai, le Bureau de l’éducation a mis à jour sa politique pour intégrer le sujet de la sécurité nationale dans les programmes du primaire et du secondaire, imposant un contrôle strict des outils et des activités pédagogiques, ce qui a entraîné d’importantes restrictions de la liberté d’expression en milieu scolaire.
En juin, le militant incarcéré Joshua Wong a fait l’objet d’une nouvelle inculpation pour « complot en vue d’une collusion avec des forces étrangères » au titre de la Loi sur la sécurité nationale. Il lui était reproché d’avoir appelé les gouvernements étrangers à imposer des sanctions à Hong Kong ou à la Chine. En juillet et en août, deux jeunes de 18 et 19 ans ont été inculpés de sédition pour avoir, respectivement, écrit des slogans « séditieux » sur le mur des toilettes d’un centre commercial et filmé des vidéos promotionnelles pour une organisation basée à l’étranger appelée le Parlement de Hong Kong, qualifiée de « subversive » par les autorités.
Jimmy Lai, âgé de 78 ans et fondateur du journal prodémocratie Apple Daily, a été condamné le 15 décembre à l’issue d’un procès historique dans une affaire liée à la sécurité nationale. Bien qu’il ait plaidé non coupable, la Haute Cour l’a déclaré coupable de complot en vue d’une collusion avec des forces étrangères et de la commission d’actes séditieux. Jimmy Lai avait déjà passé plus de cinq ans derrière les barreaux avant cette condamnation, la plupart du temps à l’isolement. Au cours de son procès, qui a duré 156 jours, il a soutenu que les prises de position de l’Apple Daily, réputé pour son franc-parler, étaient une forme d’expression protégée. Les juges ont rejeté sa ligne de défense et l’ont décrit comme un « cerveau » à l’origine de complots visant à déstabiliser le gouvernement chinois. La peine maximale qu’il encourait était la réclusion à la perpétuité ; le verdict était attendu début 2026.
Des décisions de justice en lien avec d’autres lois ont également eu des répercussions sur la liberté d’expression. En mars, la Haute Cour a confirmé la légalité de l’article 27A de l’Ordonnance sur les comportements corrompus et illégaux dans le cadre des élections, concluant que la criminalisation de l’incitation publique à s’abstenir de voter ou à voter blanc lors des élections était constitutionnelle, au motif qu’elle préservait « l’intégrité du vote ».
Liberté de réunion pacifique
Les autorités ont continué de faire obstacle aux rassemblements publics pacifiques. Le 4 juin, la police a déployé un nombre important de patrouilles et mené des opérations de fouille autour du parc Victoria, lieu traditionnel de commémoration de la répression de Tiananmen en 1989. Elle a arrêté deux personnes et en a emmené 10 autres à des postes de police. Il s’agissait de personnes qui tentaient de commémorer l’événement, certaines avec des fleurs ou des bougies.
En juillet, les organisateurs et organisatrices du festival annuel des fiertés Pink Dot Hong Kong ont annulé l’événement faute d’avoir obtenu l’autorisation du gouvernement de l’organiser sur le lieu habituel.
Liberté d’association
Les deux derniers grands partis prodémocratie encore présents à Hong Kong, le Parti démocratique et la Ligue des sociaux-démocrates, se sont officiellement dissous, en avril et juin respectivement, sous la pression politique. Le Conseil législatif a adopté au mois de juin l’Ordonnance portant modification de la Loi sur les syndicats. Ce texte interdisait à toute personne condamnée pour des infractions relatives à la sécurité nationale de faire partie d’un syndicat, donnait aux autorités le pouvoir de refuser l’enregistrement de syndicats pour des raisons de sécurité nationale et imposait aux syndicats de demander une autorisation pour recevoir des financements étrangers.
En juillet, la police a décerné des mandats d’arrêt contre 15 militant·e·s se trouvant à l’étranger en raison de leur implication dans l’organisation le Parlement de Hong Kong, et a promis des récompenses pour toute information permettant leur arrestation. Le même mois, quatre personnes, dont un garçon de 15 ans, ont été arrêtées en vertu de la Loi sur la sécurité nationale pour « complot à des fins de subversion de l’État » en raison de leurs liens supposés avec l’Union pour l’indépendance démocratique de Hong Kong, basée à Taiwan. Le 2 décembre, les autorités ont officiellement interdit toute activité à ces deux organisations sur le territoire hongkongais, les qualifiant de menaces à la sécurité nationale en vertu de l’Ordonnance sur la sauvegarde de la sécurité nationale.
Conditions de détention inhumaines
Le gouvernement a modifié le règlement pénitentiaire en juillet, accordant au Corps des gardiens de prison de larges pouvoirs de restriction des visites aux détenu·e·s et des rendez-vous avec leurs avocat·e·s, pour de vagues motifs relatifs à la « sécurité nationale ».
Des entretiens avec neuf personnes ayant vécu une incarcération ont révélé l’éventail des violations des droits humains qu’elles avaient subies pendant leur détention dans 11 établissements pénitentiaires, notamment des violences physiques, des placements prolongés à l’isolement, des conditions sanitaires déplorables et l’exposition à des températures dangereusement élevées en été.
En octobre, Chow Hang-tung a été placée en détention à l’isolement pendant 18 jours après avoir fait un discours en ligne sur sa nomination au prix Nobel de la paix 2025.
Droits des travailleuses et travailleurs
Le Tribunal suprême a rejeté en juin une demande d’examen par une autorité judiciaire déposée par une employée de maison immigrée qui estimait que l’absence de loi spécifique sur le travail forcé à Hong Kong avait conduit la police à ne pas enquêter correctement sur sa plainte pour travail forcé. Le Tribunal a jugé que la promulgation d’une loi érigeant spécifiquement en infraction le travail forcé n’était pas nécessaire pour assurer une protection concrète et efficace des droits des employé·e·s domestiques étrangers.
Région administrative spéciale de Macao
À Macao, les autorités ont pour la première fois appliqué la Loi sur la sécurité nationale pour arrêter, en juillet, l’ancien législateur Au Kam-san pour « collusion avec des forces étrangères », soulevant de graves inquiétudes quant à la criminalisation des activités politiques pacifiques. En amont des élections de septembre à l’Assemblée législative, 12 candidat·e·s ont été disqualifiés pour « ne pas avoir soutenu la Loi fondamentale » et « avoir manqué de loyauté envers Macao » après examen par les autorités. Cette mesure a encore réduit la participation politique et faisait écho à la répression de la dissidence exercée à Hong Kong.
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