Nice, devant le lycée Calmette, des lycéens se sont rassemblés devant un important dispositif policier le 1er octobre 2026.
Devant le lycée Calmette à Nice, 1er octobre 2026 © Frédéric Pasquini, AFP

Depuis le 21 septembre, le mouvement des blocus de lycées ne cesse de prendre de l’ampleur en France. Les lycéens mobilisés revendiquent simplement leur droit à l’éducation : ils demandent des professeurs, des classes moins chargées, des bâtiments décents. Face à eux : gaz lacrymogènes, tirs de grenades et gardes à vue. Nous dénonçons l’usage disproportionné de la force contre les manifestations lycéennes et appelons à la désescalade. Point sur la situation.

Depuis le début des blocus, il y a aussi eu des violences de la part de certains manifestants. Elles ne sont pas acceptables. Mais même dans ces situations, l’utilisation de la force doit rester strictement nécessaire et proportionnée, surtout lorsqu’il s’agit d’adolescents.

Tout a commencé le 21 septembre 2026 au lycée Saint-Exupéry, à Créteil. Élèves, parents et professeurs rassemblés devant les grilles de l’établissement avec une demande concrète : plus de moyens dans l’éducation. D’autres lycéens suivent le mouvement et, à leur tour, bloquent de nouveaux lycées en Île-de-France. Quelques jours plus tard, le mouvement gagne tout le territoire : Lille, Lyon, Marseille, Nice, Nantes, Rennes, Bordeaux, Tours… partout en France, des jeunes s’organisent, bloquent leurs lycées, manifestent pour revendiquer leurs droits, pancartes à la main : « Il n’y a pas que les adultes qui peuvent défendre leurs droits » ; « Des heures de trou à gogo mais pas de temps pour nous écouter ? » ; « Notre avenir n’est pas une option ! ».  

Le mardi 29 septembre, une semaine seulement après le premier blocus, 410 actions en France sont recensées dans les lycées. Aux premières pancartes indiquant leurs revendications, s’ajoutent de nouveaux messages : « On veut juste le BAC, ils nous envoient la BAC ! » ; « On veut être éduqués, pas se faire gazer ! » ; « On est la relève pas le problème ! » 

  • Des lycéens manifestent devant le lycée Paul Eluard à Saint-Denis, le 29 septembre 2026 © Luc Auffret via AFP
  • Des lycéens manifestent devant le lycée Ampère à Lyon, le 1er octobre 2026 / © Olivier Chassignole / AFP
  • Mardi 29 septembre 2026, lycéens manifestent à Nantes / Photo by Estelle Ruiz / Hans Lucas via AFP

Photo 1 : lycée Paul Eluard à Saint-Denis, 29 septembre ©Luc Auffret-AFP ; Photo 2 : lycée Ampère à Lyon 1er octobre ©Olivier Chassignole–AFP ; Photo 3 : manifestation des lycéens à Nantes, 29 septembre ©Estelle Ruiz-AFP

À ce mouvement des lycéens d’abord pacifique, les autorités ont répondu par la force entre tirs de gaz lacrymogènes, coups de matraques et arrestations en grand nombre : plus de 5000 personnes ont été interpellées depuis le début du mouvement, du 21 septembre au 2 octobre 2026 (chiffres du ministère de l’Intérieur). Et chaque jour, à mesure que le mouvement prend de l’ampleur, les interpellations et gardes à vue s’intensifient : 164 interpellations le 28 septembre, 440 interpellations le 29 septembre, 625 interpellations le 30 septembre et 1948 interpellations le 1er octobre.

5 000 arrestations

entre le 21 septembre et le 2 octobre

85% de mineurs

sur les 5 000 personnes interpellées

Rappelons-le : beaucoup sont des mineurs, des enfants. Ils doivent être protégés, pas matraqués. Même mineurs, les lycéen·nes ont bien le droit de manifester pacifiquement y compris via des blocus, protégés par la liberté de réunion pacifique. Les autorités doivent ouvrir le dialogue avec cette jeunesse dont les revendications sont légitimes. Et elles doivent privilégier la désescalade, pas le recours aux armes.

À Lens, un lycéen de 15 ans perd sa main, arrachée par une grenade

jeune lycéen 15 ans blessé, Lens, 5 octobre 2026

Selon plusieurs médias, un jeune de 15 ans a eu la main gauche arrachée après l’explosion d’une grenade assourdissante lancée par la police en marge de nouvelles manifestations lycéennes, lundi 5 octobre. 

Le drame a eu lieu à quelques mètres du lycée Auguste-Behal à Lens, dans le Pas-de-Calais. Dans une conférence de presse, le procureur de la République a déclaré que l’adolescent avait bien eu “la main arrachée”. L’adolescent est à l’hôpital. Une enquête de l’IGPN a été ouverte. 

Rappel sur la dangerosité des grenades explosives

Les grenades assourdissantes sont des grenades explosives conçues pour désorienter et semer la panique au sein de manifestations.

Elles peuvent entraîner des séquelles à vie : perte d’audition, blessures graves et mutilations dues au souffle et aux éclats.

Au vu de leur dangerosité, l’usage des grenades assourdissantes ne doit pas être simplement suspendu mais interdit lors des opérations de maintien de l’ordre.

Dans le Val-d’Oise, un lycéen de 14 ans blessé au visage par un tir de grenade lacrymogène

Dans une vidéo authentifiée par Le Monde, on voit une altercation entre un lycéen de 14 ans et trois policiers. La scène s’est déroulée le 28 septembre 2026 dans la ville de Saint-Ouen-l’Aumône dans le Val-d’Oise.

Après avoir reçu des coups de matraque, le lycéen donne un coup de pied. Un policier lui tire alors dessus au lance-grenades, à bout portant, au visage. Sa mâchoire est atteinte. Gravement blessé, il a perdu plusieurs dents et a été transféré dans un centre hospitalier.  

Au vu de ces images, aucune des règles d’encadrement d’usage de la force n’a été respectée par le policier.

Lancer une grenade lacrymogène ne peut se faire que dans des règles d’emploi très précis : dans des situations de violence généralisée, quand il n’y a aucun autre moyen de contenir la violence et uniquement après sommations.

Mais jamais à bout portant, jamais sur des personnes.

Aller plus loin : Gaz lacrymogènes : quels dangers et que dit la loi ?

À Alençon, une lycéenne de 14 ans attrapée violemment au cou  

Dans cette vidéo filmée par une journaliste de l’Orne Hebdo, une jeune lycéenne de 14 ans est violemment attrapée par le cou par un policier. La scène s’est déroulée devant son lycée à Alençon, le 29 septembre 2026.

On entend la jeune fille crier à deux reprises : « Vous me faites mal ! Vous me faites mal ! » 

Rappel du droit sur les « techniques d’étranglement » 

En droit international, les techniques d’étranglement en maintien de l’ordre sont interdites. Elles exercent une pression sur le cou ou les voies respiratoires et comportent donc des risques de blessure ou de mort, même pratiquées sur une très courte durée. 

À Tours, un jeune de 16 ans perd l’usage de son œil  

Dans une vidéo notamment diffusée par France info, et qui a fait le tour des médias et des réseaux sociaux, on voit un lycéen, à terre, les pieds devant une flaque de sang. Le jeune de 16 ans a été gravement blessé à l’œil en marge du blocus du lycée Balzac à Tours le 30 septembre.

Envoyé aux urgences ophtalmologiques, l’adolescent a été très probablement visé par un tir de LBD, selon la procureure de Tours qui a assuré que les lésions étaient «compatibles» avec un tir de LBD.

À l’hôpital tout le week-end, le jeune homme de 16 ans a finalement perdu l’usage de son œil droit à la suite du tir d’un policier. Sa famille a porté plainte pour violences d’une personne dépositaire de l’autorité publique. 

Rappel sur la dangerosité de l’usage du LBD en manifestation

Cela fait des années qu’on alerte sur la dangerosité de l’utilisation du LBD en manifestation par les forces de l’ordre. Rappelons qu’il s’agit d’une arme classée comme matériel de guerre par la législation française. Parce que son usage est bien trop dangereux, nous demandons, et cela depuis des années, sa suspension. 

Nous sommes alarmés par la répression policière du mouvement lycéen d’ampleur qui parcourt notre pays. Notre jeunesse se mobilise pour revendiquer son droit à l’éducation et à la santé, et reçoit en réponse interdictions de manifester et violence policière disproportionnée.

Anne Savinel-Barras, présidente d’Amnesty International France, présidente d'Amnesty International France

Quelles sont les revendications des lycéens ? 

Bâtiments insalubres, 39 degrés dans une salle avec un ventilateur pour 37 élèves, professeurs non remplacés… ce sont de ces constats alarmants que le mouvement des lycéens est né.

Parmi les raisons pour lesquelles les lycéens manifestent on peut citer :  

  • Le manque d’enseignants (postes non pourvus et non-remplacement) 
  • Des classes surchargées et des emplois du temps trop lourds 
  • L’insalubrité des bâtiments : murs effondrés, rats dans les locaux, murs moisis… 
  • Le manque d’infirmières scolaires, d’assistants sociaux, d’assistants d’éducation (AED) 
  • Le fonctionnement de Parcoursup 

Leurs revendications sont simples et légitimes : les lycéens mobilisés se battent juste pour le respect de leur droit à l’éducation qui, rappelons-le, est un droit humain fondamental. Ces revendications participent également du droit des jeunes à participer aux décisions qui les concernent. Les rassemblements relèvent de l’exercice de leurs libertés d’expression et de réunion pacifique. 

Une jeunesse réprimée : le signe de pratiques autoritaires  

Non, les lycéen·nes mobilisé·es pacifiquement ne sont pas des «fauteurs de troubles» comme le prétendent certains responsables politiques. Les lycéens se battent juste pour leur droit à l’éducation : ils demandent juste des profs, des bâtiments sains, des infirmières… S’ils manifestent c’est pour une seule chose : être écoutés. 

Quand la jeunesse qui proteste est réprimée, c’est un signe de pratiques autoritaires visant à faire taire la dissidence. De Madagascar au Népal, du Cambodge au Maroc, du Kenya à la Géorgie… la génération dite Gen Z (15/30 ans) se mobilise partout dans le monde face à la montée des pratiques autoritaires. Mais le prix à payer c’est souvent la répression. Dans une cartographie inédite, nous avons recensé des mobilisations de cette jeunesse qui se bat pour ses droits partout dans le monde. 

La jeunesse qui manifeste doit être écoutée, pas réprimée. Nous soutiendrons toujours les personnes qui manifestent pacifiquement pour leurs droits. Et nous nous battrons toujours pour protéger ce droit fondamental qu’est celui de manifester : pilier de tous nos autres droits.

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