Marche des Fiertés à Strasbourg
Des personnes participent à la marche des Fiertés à Strasbourg, le 17 juin 2023.
© PATRICK HERTZOG / AFP

Injures, harcèlement, violences… En France, la haine contre les personnes LGBTI+ augmente. Et les discours hostiles à leur encontre sont de plus en plus banalisés. Parce qu’il est crucial de les combattre, voici 8 idées reçues à déconstruire sur les personnes LGBTI+. Et les arguments pour savoir comment y répondre.  

En France, les violences contre les personnes LGBTI+ augmentent de manière alarmante. Les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur sont criants : en 2025, 4 900 infractions (violation de la loi) ont été recensées. Parmi elles, 64 % sont des crimes ou des délits. En 10 ans, ces chiffres ont triplé.   

Derrière le terme de LGBTIphobie, on parle de rejets, d’injures, de harcèlement, d’agressions, de discriminations. Ces violences prennent mille visages et s’immiscent partout : dans la famille, dans le voisinage, dans les lieux publics, au travail, sur nos chaines d’information. 

Cette violence est aussi organisée : elle est alimentée par des groupes anti-genre et masculinistes. Ce qu’ils clament : lutter contre la “décadence”, le risque de perte de leurs valeurs et de leur identité. En réalité : la haine de la différence et des personnes LGBTI+. Une vision massivement financée et relayée sur les réseaux sociaux, mais aussi dans certains médias, sur les bancs du parlement, et jusque dans nos écoles. 

Résultat : des centres LGBTI+ sont vandalisés, des personnes LGBTI+ sont attaquées, des lois transphobes sont proposées au parlement. 

Des jeunes comme Noahm, sont tués. Simplement parce qu’iels ne correspondent pas aux normes de genre, aux attentes de la société en termes d’orientation sexuelle, qu’iels sont considéré.es déviant.es.  

Parce qu’il est crucial de combattre cette haine, nous publions un nouveau livret “Agir face aux discours LGBTIphobies”.  Un outil pour comprendre les droits des personnes LGBTI+, déconstruire les discours toxiques, et mieux agir en allié-es. Pour lutter contre la banalisation de ces discours dangereux, voici 7 arguments pour déconstruire les idées reçues. 

1. Non, il n’existe pas de “lobby” ou de “propagande” LGBTI+ 

Les personnes LGBTI+ ne cherchent pas à imposer une manière de vivre. Ce qu’elles veulent, c’est que leurs droits les plus basiques soient respectés. Le droit de vivre, de ne pas être discriminé, de fonder une famille…  

Premièrement, rappelons-le : l’idée qu’il existe un “lobby” ou une ”propagande” LGBT a d’abord été portée par des gouvernements ouvertement opposés aux droits des personnes LGBTI+ comme Vladimir Poutine en Russie, Viktor Orban en Hongrie, ou encore Donald Trump aux Etats-Unis.  

Malheureusement, la France n’est pas épargnée. Ces expressions sont aujourd’hui relayées par tout un ensemble d’acteurs politiques, médiatiques, ou associatifs à l’instar des collectifs Parents vigilants ou SOS éducation.  

Derrière ce terme, se cache tout un imaginaire : des groupes puissants qui agiraient pour leurs intérêts privés dans les couloirs des instances décisionnaires. Il suppose aussi que la communauté LGBTI+ aurait pour but d’imposer une façon de vivre au reste de la société.  

Or c’est nier des décennies de discriminations, d’invisibilisation, de violences à l’encontre des personnes LGBTI+ en France. Le combat mené par les personnes LGBTI+ n’est pas une bataille pour imposer une manière de vivre.  

C’est un combat pour que leurs droits les plus fondamentaux soient enfin respectés, que les personnes LGBTI+ puissent enfin vivre librement, pleinement et en sécurité. Un combat mené de manière tout à fait transparente et visible. Avec très peu de moyens.  

2. Non, l’expression des identités LGBTI+ ne devrait pas rester une “affaire privée” 

Partout dans le monde, les personnes LGBTI+ sont menacées, emprisonnées ou persécutées en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. C’est précisément pour cette raison, que ce sujet ne doit pas rester “privé”.  

Pour que les droits fondamentaux des personnes LGBTI+ soient réellement respectés, il est crucial que la société dans son ensemble y soit sensibilisée. C’est pourquoi en France, l’enseignement à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) est obligatoire de la maternelle au lycée, depuis 2001.  

3. Non, les marches des fiertés ne sont pas des « carnavals » 

Aujourd’hui, plus de 60 pays criminalisent encore les relations homosexuelles. Dans au moins 12 pays, elles sont passibles de peine de mort. En France, une marche a failli être interdite en 2026. Alors oui, c’est important de continuer à marcher pour défendre nos droits ! 

Les marches des fiertés sont des mobilisations qui visent à défendre les droits et libertés des personnes LGBTI+ partout dans le monde. Elles sont nées en 1970, pour commémorer les émeutes de Stonewall à New York, où la communauté LGBTI+ avait été violemment réprimée par la police. 

Plus de 50 ans plus tard, ces mobilisations continuent d’être un combat plus que jamais d’actualité. Car malgré des avancées notoires, les personnes LGBTI+ subissent toujours une répression accrue partout dans le monde.  

Le caractère festif des marches des fiertés est une réponse directe à la répression. Mais elles sont avant tout un signe visible de la liberté d’expression et d’association.  

4. Non, la transidentité n’est pas une maladie mentale  

Non, la transidentité ne se soigne pas avec des séances de psychiatrie. Elle fait partie intégrante de l’identité d’une personne. En revanche, le rejet, les agressions et la répression généralisée à leur encontre ont un impact extrêmement négatif sur leur santé mentale.  

Jusque très récemment encore, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) considérait la transidentité comme une maladie mentale. Ce n’est qu’en 2019 qu’elle été retirée de la liste des maladies de l’OMS. En France, c’est le cas depuis 2010.  

Pendant longtemps, cette classification a alimenté la stigmatisation contre les personnes trans. Mais aussi ouvert la voie à des pratiques dangereuses, comme les thérapies de conversion. Une pratique qui consiste à faire renoncer des personnes à leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. 

Elles sont aujourd’hui largement dénoncées par les organisations médicales et de droits humains, pour leurs effets délétères sur la santé physique et mentale des personnes qui les subissent. En France, elles sont interdites depuis 2022. Elles sont considérées comme des actes de torture par Amnesty International, et pourtant la Commission Européenne n’a renoncé à les interdire qu’en mai 2026. 

5. Non, l’intersexuation n’est pas une anomalie physique 

Affirmer que l’intersexuation est une anomalie revient à dire qu’il n’existe qu’une seule manière “normale” d’avoir un corps sexué. Or la réalité montre que ce n’est pas du tout le cas : environ 1,7% de la population mondiale naît avec des caractéristiques intersexes. 

L’intersexuation est le résultat d’une variation naturelle des organes génitaux, des hormones, des chromosomes ou encore des organes reproducteurs. Dans la grande majorité des cas, elles ne mettent ni la santé ni la vie des personnes concernées en danger.  

Pourtant, des opérations sont tout de même pratiquées très tôt dans le but de « normaliser » les corps. Ces pratiques peuvent entraîner des problèmes majeurs : on parle d’infertilité, de douleurs, d’incontinence ou de souffrances psychologiques. 

Par ailleurs, ces opérations sont très souvent pratiquées sur des enfants trop jeunes pour pouvoir participer véritablement à la prise de décision concernant leur propre corps. C’est pourquoi Amnesty International considère ces pratiques comme contraire aux droits humains.  

6. Non, la famille ce n’est pas toujours « un papa et une maman » 

Rien ne prouve qu’un enfant serait plus heureux dans un certain type de modèle familial. Ce qui compte, c’est qu’ils puissent grandir en étant aimés et protégés. Pas le genre des parents. Pas l’orientation sexuelle de leurs parents. 

Familles monoparentales, recomposées, adoptives, élargies, hétéroparentales et homoparentales… Aujourd’hui, il n’existe pas UN modèle familial. Affirmer le contraire, c’est nier la réalité vécue par des milliers d’enfants. Les modèles familiaux sont pluriels. 

Par ailleurs, le droit international impose aux États de garantir à tous, sans discrimination, les droits reconnus par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Au premier rang desquels : le droit de se marier et de fonder une famille.

7. Oui, la PMA devrait être ouverte à tout le monde  

Restreindre l’accès à la Procréation médicalement assistée (PMA), c’est considérer que certaines situations, comme l’infertilité, sont plus légitimes que d’autres, comme vivre dans un couple lesbien. Concrètement, cela revient à discriminer sur la seule base de l’orientation sexuelle.  

La procréation médicalement assistée (PMA) est un dispositif médical qui vise à permettre à des personnes d’avoir un enfant lorsqu’elles ne peuvent pas concevoir sans aide. En France, la PMA est désormais accessible aux femmes célibataires ou aux couples de femmes, une avancée. 

Cependant, les hommes transgenres sont exclus de ce texte et ne peuvent toujours pas recourir à la PMA. Nous dénonçons ces exclusions, qui constituent des discriminations fondées sur l’identité de genre et le statut conjugal. Fonder une famille est un droit fondamental : tout le monde devrait en bénéficier quel que soit son genre ou son orientation sexuelle. 

8. Non, l’homosexualité et la transidentité ne sont pas des « modes » 

Être une personne LGBTI+ n’est ni une mode, ni une étape passagère. L’orientation sexuelle et l’identité de genre correspondent aux dimensions profondes d’une personne. Elles reflètent aussi la diversité des façons de vivre son genre, sa sexualité, sa vie affective.  

Considérer que l’orientation sexuelle et l’identité de genre sont une phase est dangereux. C’est ce type de positions qui a légitimé la mise en place de pratiques extrêmement dangereuses telles que les thérapies de conversion, aujourd’hui interdites en France. 

Par ailleurs, être LGBTI+ n’a rien d’une mode non plus. Ce qui a changé ces dernières années, c’est la possibilité pour la communauté LGBTI+ à pouvoir s’exprimer et être davantage visible, notamment grâce aux réseaux sociaux.  

Agir

En France, les associations LGBTI+ sont menacées, discriminées, effacées. Pourtant, elles mènent une mission essentielle d’accès aux soins et à l’information. Il est urgent de les protéger !