Alors que les interventions d’associations et d’ONG dans les établissements scolaires sont de plus en plus accusées de propager une idéologie, nous rappelons l’essentiel : nos ateliers d’Éducation aux droits humains et les actions de nos Antennes Jeunes permettent aux jeunes de comprendre leurs droits et d’agir contre les injustices. Pourquoi intervenons‑nous et dans quel cadre ? On répond en neuf questions.
Présente dans les établissements scolaires depuis plusieurs décennies, Amnesty International intervient auprès des élèves pour parler des droits humains, expliquer leur importance et pourquoi ils concernent chacun et chacune d’entre nous. Ces séances d’animation prennent la forme d’ateliers et d’échanges menées en lien avec les enseignants, du primaire à l’université.
Par ailleurs, nos centaines d’“Antennes Jeunes”, créés à l’initiative des élèves, sont également présentes dans les établissements scolaires en France pour accompagner les actions d’autres jeunes en faveur de la promotion et de la défense des droits humains.
Pourtant, le rôle des ONG et associations dans les établissements scolaires est aujourd’hui contesté. Le milieu scolaire est devenu le lieu de débats croissants autour des valeurs, des identités et du rôle de l’éducation citoyenne. Dans plusieurs pays, marqués par la montée de pratiques autoritaires, les associations et ONG sont accusées “d’endoctrinement idéologique” ou de “propagande” et font l’objet de restrictions grandissantes. En France, nous observons aussi l’émergence de discours similaires qui mettent en cause les interventions et actions des associations en milieu scolaire, en particulier lorsqu’elles abordent les discriminations de genre ou les discriminations raciales.
Pourtant, ces actions ont un objectif simple : permettre à des jeunes de comprendre leurs droits et de développer leur esprit critique.
Que fait réellement Amnesty International dans les établissements scolaires ? Dans quel cadre ? Quels sujets sont abordés ? On répond en neuf questions.
1. Que fait Amnesty International dans les écoles et les universités ?
Nous intervenons dans les établissements scolaires de deux manières : via l’Éducation aux droits humains et via les actions portées par les Antennes Jeunes.
Comprendre ses droits avec l’Éducation aux droits humains :
Pour protéger et défendre ses droits, il faut commencer par les connaître et les comprendre. C’est là la mission d’Éducation aux droits humains d’Amnesty International. Et il est d’autant plus important d’éduquer au respect des droits dans un contexte où les droits humains et le droit international sont de plus en plus attaqués.
L’Éducation aux droits humains en milieu scolaire, ce sont des séances préparées et animées par nos équipes en co-construction avec les équipes enseignantes. Elles visent à former des citoyennes et citoyens conscients de leurs droits, à développer leur esprit critique, comprendre les injustices, et les amener à questionner les discours violents ou haineux. C’est un véritable rempart contre la désinformation, le racisme, le sexisme ou la banalisation des violences.
Introduction à l’égalité et à la non-discrimination : un exemple de séance d’Éducation aux droits humains
Pour organiser une séance d’introduction autour des questions d’inégalités et de discriminations, les enseignant.es peuvent s’appuyer sur nos ressources pédagogiques qui proposent diverses activités : des rappels sur les définitions juridiques autour de l’égalité et des discriminations, des jeux d’équipes pour repérer ce qui relève de ces définitions, des ateliers de réflexion collective, etc.
Ces séances participatives permettent aux élèves de connaitre et de s’approprier les concepts d’égalité et de discrimination. L’objectif est qu’ils et elles connaissent mieux leurs droits et puissent agir lorsqu’ils font face à des situations d’atteinte aux droits humains.
Se mobiliser pour les droits avec les Antennes Jeunes :
Les Antennes Jeunes d’Amnesty International, ce sont des lycéen·nes, des étudiant·es ou des jeunes engagé·es de 15 à 25 ans qui se regroupent sur leurs lieux d’études pour défendre les droits humains. Ils et elles exercent leur liberté d’expression et d’association lors de leur participation à une Antenne Jeunes.
Les Antennes Jeunes organisent au sein des établissements scolaires des conférences, des projections-débats, des expositions, des séances d’éducation aux droits humains ou des stands promouvant les pétitions et des actions de soutien à des personnes en danger, portées par notre mouvement.
2. Quels thèmes sont abordés par Amnesty International ?
Dans nos séances d’Éducation aux droits humains, nous n’abordons que des sujets liés aux droits fondamentaux, à leur histoire et aux institutions qui les protègent. Nos contenus sont adaptés à l’âge des élèves et sont alignés avec les objectifs éducatifs fixés par l’Éducation nationale. Nous parlons de :
- Droits fondamentaux
- Abolition de la peine de mort
- Liberté d’expression et droit de manifester
- Droits des personnes migrantes
- Droits des enfants
- Droits des femmes
- Droits des personnes LGBTI+
- Lutte contre les discriminations
- Lutte contre les discours toxiques
- Climat et droits humains
L’éducation à la lutte contre les discours toxiques
Plusieurs de nos ressources éducatives visent à donner des clés pour agir contre les discours toxiques. Il s’agit de discours qui stigmatisent et alimentent l’hostilité envers des individus et des groupes d’individus comme les personnes LGBTI+, les femmes, les personnes juives, les personnes musulmanes ou les personnes réfugiées. Ces discours ont tendance à se généraliser voire se normaliser en ligne, notamment sur les réseaux sociaux.
Nos activités permettent aux élèves de déconstruire les stéréotypes et les préjugés mais aussi de donner des pistes d’action contre les discours toxiques.
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Par ailleurs, toutes les activités portées par les membres de nos Antennes Jeunes s’inscrivent dans le cadre de nos campagnes prioritaires comme notre combat contre la précarité des travailleur·ses étranger·es ou pour la protection des défenseur·es de l’environnement.
3. Amnesty International a-t-elle le droit d’intervenir dans les établissements scolaires ?
Nos séances d’Éducation aux droits humains dans les écoles et les universités se font toujours à la demande des enseignant·es et avec l’accord de la direction.
Les établissements scolaires ont le droit d’accueillir des activités éducatives, culturelles, citoyennes ou humanitaires menées par des associations. Amnesty International fait partie des associations reconnues par l’État : nous disposons d’un agrément national d’association éducative complémentaire de l’enseignement public. Comme beaucoup d’autres associations agréées, nous intervenons pour compléter le programme scolaire et accompagner les élèves dans la compréhension des enjeux liés aux droits humains.
L’Éducation aux droits humains est reconnue comme une mission essentielle par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies et elle figure parmi les objectifs éducatifs de l’Education nationale en France.
Concernant la création d’une Antenne Jeunes dans un établissement scolaire, celle-ci se fait à l’initiative des élèves qui exercent leur liberté d’expression et d’association. Ils et elles manifestent leur envie de se mobiliser auprès d’Amnesty International, qui les accompagne dans leurs démarches. Ils et elles sont alors mis en contact avec le groupe local d’Amnesty International le plus proche géographiquement de l’établissement qui les aide dans la création de leur Antenne. Le ou la chef·fe d’établissement est informé·e de l’existence de l’Antenne Jeunes et autorise ses activités dans l’établissement scolaire.
4. Comment sont préparées les activités dans les établissements scolaires ?
Nos séances d’Éducation aux droits humains sont conçues à partir du cadre juridique des droits humains, définis par des textes internationaux comme la Déclaration universelle des droits de l’homme. Elles reflètent non pas des opinions mais des références légales universelles et inaliénables.
Nos équipes préparent des ressources pédagogiques qui sont mises à la disposition des enseignant·es telles que des activités participatives, des quiz ludiques ou des fiches mémo. Tous nos supports ont un objectif simple : transmettre des connaissances, développer l’esprit critique et favoriser la compréhension des droits fondamentaux pour les élèves.
Du côté des actions portées par les Antennes Jeunes, elles s’inscrivent dans le cadre des campagnes prioritaires d’Amnesty International. Les thématiques sont dans la plupart des cas présentées au chef·fe d’établissement et aux équipes pédagogiques qui donnent ou non leur accord pour l’organisation des actions. Même si l’objectif reste que les jeunes puissent librement choisir les thématiques autour des droits humains sur lesquelles ils et elles souhaitent se mobiliser sans aucune forme de censure.
Les Antennes Jeunes disposent de nombreux outils conçus par les équipes d’Amnesty International pour qu’elles soient les plus à l’aise possible dans leurs activités de sensibilisation : supports pédagogiques, argumentaires, textes juridiques, expositions… Leurs membres peuvent également, comme tous les autres membres des structures locales d’Amnesty International, bénéficier de formations pour développer leurs connaissances et renforcer leurs compétences.
5. Est-ce que ces actions sont idéologiques ?
Amnesty International est un mouvement impartial et indépendant. Nous ne dépendons d’aucun gouvernement, tendance politique ou religieuse, ni d’aucun intérêt économique.
Notre mission : la défense des droits humains. Notre boussole : le droit international. Notre organisation enquête, alerte et agit lorsque des droits humains sont bafoués dans le monde.
Les droits humains ne sont pas une idéologie. Ils sont définis par des textes internationaux ratifiés par la quasi‑totalité des États, comme la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948). Ils garantissent à chaque personne des droits universels et inaliénables.
Intervenir dans les établissements scolaires pour expliquer ces droits, c’est faire de l’éducation citoyenne, pas de l’idéologie. Promouvoir la dignité, la liberté et l’égalité ne contrevient en rien à la neutralité ou à la laïcité de l’Éducation nationale.
6. Les élèves sont-ils encouragés à s’engager ?
Le seul engagement auquel nous incitons les élèves est celui en faveur de la défense des droits humains.
Lorsque des élèves des Antennes Jeunes d’Amnesty International tiennent un stand dans une école ou une université pour faire signer l’une de nos pétitions, il n’y a aucun caractère obligatoire, ni aucune pression vis-à-vis des élèves. “Il s’agit d’une expression d’opinions dans le cadre de la vie scolaire, protégée par la liberté d’expression des élèves” comme le rappelle Nicolas Cadène, haut-fonctionnaire et ancien rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité.
7. Pourquoi nos interventions dans les milieux scolaires sont-elles critiquées ?
Nous observons une montée de discours qui discréditent la présence des associations et ONG dans les établissements scolaires et la présentent comme contraire aux principes de neutralité et de laïcité.
Ces discours assimilent les droits humains à une idéologie qui serait propagée à l’école. Des sujets traitant de l’égalité, des discriminations ou de l’interdiction de la torture sont ainsi dénoncés comme étant idéologiques. Pourtant, ce sont des droits fondamentaux définis dans le droit international et le droit français.
Ce sont des exigences juridiques, et non des positions politiques ou religieuses. Les discours qui assimilent les droits humains à une idéologie sont dangereux car ils remettent en cause la défense de nos droits les plus fondamentaux.
8. Pourquoi faut-il être très vigilant envers les mouvements qui dénoncent un endoctrinement des élèves par les associations et les ONG ?
Ce type de discours, qui se banalisent à l’encontre des associations et des ONG dans les établissements scolaires, doivent nous alerter. Nous observons dans de nombreux pays que la montée des pratiques autoritaires s’accompagne d’attaques directes envers l’éducation.
L’idée se répand que des sujets touchant aux droits humains comme la lutte contre les discriminations relèverait d’un endoctrinement idéologique et que cela n’aurait pas sa place à l’école. Cela est particulièrement visible pour les sujets touchant aux discriminations de genre envers les personnes LGBTI+ ou celles liées à l’appartenance réelle ou supposée à une religion.
Ce qui se passe dans d’autres pays, doit nous alerter :
En Italie, le gouvernement défend un projet de loi pour interdire l’éducation sexuelle dans les écoles.
En Hongrie, le parlement a voté en 2021 une loi stipulant que “les contenus qui représentent la sexualité ou promeuvent la déviation de l’identité de genre, le changement de sexe et l’homosexualité ne doivent pas être accessibles aux moins de 18 ans”.
Dans l’Etat de Floride, aux Etats-Unis, la loi “Parental Rights in Education Act” interdit dès 2022 les enseignements sur l’identité de genre et l’orientation sexuelle dans les écoles primaires publiques.
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Les discours qui considèrent que les droits humains ne doivent pas être abordés dans les établissements scolaires ont entraîné des interdictions d’enseignement, des censures de livres, des poursuites visant des enseignant·es et des parents et une hostilité accrue vis-à-vis des personnes LGBTIQ+ et des éducateurs·trices antiracistes.
En France, des arguments similaires ont tendance à circuler accusant la présence d’associations en milieu scolaire d’idéologie. Ce discours cherche en réalité à affaiblir les valeurs fondamentales que l’école a pour mission de transmettre : tolérance, égalité, respect d’autrui, lutte contre les discriminations.
Chaque jeune a le droit d’apprendre, de remettre en question et de comprendre le monde qui l’entoure, dans toutes ses différences. Censurer des livres, restreindre des programmes scolaires ou interdire des discussions sur le racisme, le genre ou la sexualité, souvent au prétexte de « protéger les enfants », prive ces derniers d’outils pour réfléchir de manière critique. Une véritable protection implique de donner aux jeunes des connaissances, de favoriser le respect et de les aider à devenir des adultes réfléchi.es et informé.es. L’éducation doit ouvrir l’esprit, et non pas le fermer.
9. Les sujets tels le racisme, le colonialisme ou les discriminations ont-ils leur place dans une salle de classe ?
Parler de racisme, de colonialisme et des discriminations dans les milieux scolaires permet aux jeunes de comprendre les inégalités et les injustices qui en découlent. Cela répond à la mission civique de l’école qui doit former des citoyen·nes capables de repérer ces mécanismes et exercer leur esprit critique. Des citoyen·nes conscient·es que ces sujets ne sont pas des opinions, mais des délits punis par la loi.
Ces sujets font partie des programmes officiels de l’Education nationale. L’histoire de la colonisation et de l’esclavage, au fondement du racisme présent dans notre actuelle société, sont enseignés dans les programmes scolaires. Nos séances et actions de sensibilisation à ces sujets sont ainsi organisés en complémentarité des programmes officiels, avec l’accent mis sur les atteintes aux droits humains.
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