Collage des portraits des victimes de crimes contre l'humanité en Iran
Collage des portraits des victimes de crimes contre l'humanité en Iran
© Amnesty International

Les autorités iraniennes ont commis des crimes contre l’humanité contre leur peuple. Ce sont les conclusions de notre dernière enquête d’envergure menée sur les soulèvements « Femme, Vie, Liberté ». Des crimes commis dans le but d’écraser les mouvements de contestation et permis par un système établi depuis des décennies qui fabrique l’atrocité. Les massacres qui ont suivi les manifestations de janvier 2026 montrent que les mêmes méthodes continuent d’être employées, années après années, pour réprimer l’opposition dans le pays. Il est temps que l’impunité cesse.    

Quatre ans après les soulèvements « Femme, Vie, Liberté », nous publions le 16 septembre 2026 un nouveau rapport de plus de 1 200 pages intitulé « Les architectes de l’impunité »

Notre enquête nous mène à une conclusion très claire : au cours de la répression « Femme, Vie, Liberté », les autorités iraniennes ont commis six catégories de crimes contre l’humanité : meurtres, tortures, emprisonnements, viols, disparitions forcées et persécutions.  

Nous les qualifions de crimes contre l’humanité parce que ces violences n’étaient pas isolées. Elles ont été pensées, coordonnées et commises de manière systématique et généralisée contre la population iranienne par de hauts responsables du ministère de l’Intérieur et des forces de sécurité. 

En clair, ces crimes ont été planifiés dans le cadre d’une véritable politique d’Etat dans un seul but : écraser les mouvements de contestation, faire taire les voix dissidentes et punir celles et ceux qui osent s’opposer à la politique des autorités et demander le respect de leurs droits et de leurs libertés. 

Derrière ces crimes, se cache un système de l’horreur installé depuis des décennies. Un système qui place l’idéologie politique au-dessus des droits du peuple iranien, quoi qu’il en coûte. Un système qui protège ses bourreaux de sorte que les victimes n’obtiennent jamais justice.  

Un système qui camouffle ses crimes, en imposant des coupures massives d’internet et des communications téléphoniques pour couper la population du reste monde, effacer les preuves, et faire taire celles et ceux qui tentaient de dénoncer les atrocités des autorités. 

Ce que les autorités iraniennes ont voulu garder à huis clos, nous le révélons au grand jour. Nous avons enquêté sur le meurtre de 377 personnes commis durant les soulèvements de 2022. Des femmes, des hommes, des enfants qui rêvaient seulement d’un avenir meilleur pour leur pays. 

Et sur la base d’une documentation extrêmement riche et d’un corpus de preuves considérable, nous avons pu identifier 87 responsables iraniens qui méritent de faire l’objet de poursuites pénales pour les crimes contre l’humanité commis en 2022.  

Organigramme chaine de commandement Iran

© Amnesty International

Les 87 responsables iraniens qui méritent de faire l’objet d’enquêtes pour les crimes contre l’humanité commis en Iran durant la répression des soulèvements « Femme, Vie, Liberté », en 2022.

Alors que les mêmes atrocités se répètent encore et encore, que de nouveaux massacres sont perpétrés contre le peuple iranien, nous appelons la communauté internationale à agir. 

Il est temps que l’impunité cesse et que les victimes obtiennent justice. 

Meurtres

Un meurtre est un homicide commis volontairement.

Réprimer dans le sang  

Dès le 16 septembre 2022, alors que le mouvement « Femme, Vie, Liberté » éclate en Iran et que des milliers de manifestant·es descendent dans les rues pour demander l’abrogation de lois discriminatoires sur le port du voile, les autorités ouvrent le feu sur les manifestant-es.  

Fusils d’assaut, mitrailleuses, pistolets, fusils de chasse chargés de plombs métalliques : pendant des mois, les autorités iraniennes laissent leurs forces de sécurité utiliser leurs armes à feu pour réprimer le mouvement. Un exemple d’arme strictement interdite par le droit international utilisé ? Des fusils de chasse chargés de plombs métalliques. Bilan : des centaines de personnes ont perdu la vie durant les mobilisations.  

  • Témoignage - rapport Les architectes de l'impunité
  • Témoignage - rapport Les architectes de l'impunité
  • Témoignage - rapport Les architectes de l'impunité

Nous avons pu documenter en détail 377 homicides. Le nombre réel de décès, bien qu’impossible à établir précisément, est bien plus élevé. Parmi les victimes sur lesquelles nous avons pu enquêter, 56 enfants dont un petit garçon de deux ans et une fillette de six ans. Pour l’immense majorité des meurtres sur lesquels nous avons pu enquêter, les victimes ont été tuées par des forces de sécurité, ayant eu recours à des armes à feu.  

Notre enquête révèle que les forces de sécurité ont ouvert le feu dans des situations très différentes. Mais en aucun cas, ces situations ne représentaient des menaces imminentes de mort ou de blessures graves et ne justifiaient donc l’usage massif de ces armes, au regard du droit international.  

L’immense majorité des victimes sur lesquelles nous avons enquêté étaient des jeunes dans la vingtaine, qui n’aspiraient qu’à un avenir meilleur pour leur pays. Certaines étaient de simples passants. 

Condamner à mort des manifestant·e 

Pour punir les personnes qui ont osé se mobiliser, les autorités ont également procédé à des simulacres de procès accélérés au terme desquels elles ont pu condamner à mort des personnes ayant participé aux manifestations. Mohsen Shekari, 23 ans, est le premier manifestant à avoir été exécuté par les autorités iraniennes.

11 personnes

ont été exécutées en lien avec les mouvements « Femme, Vie, Liberté »

emprisonnements

Toute forme de privation de liberté individuelle subie par une personne.

Arrêter à tout va  

Chanter des slogans, danser, retirer son foulard, écrire des slogans, klaxonner, manifester pacifiquement, demander justice à la suite du décès d’un proche, enquêter sur les violations commises par les autorités… 

Des gestes simples, a priori anodins. Mais des gestes qui, parce qu’ils représentent une certaine quête de justice et de liberté, se payent très cher en Iran. Des dizaines de milliers d’Iranien-nes, souvent très jeunes ont été arrêtées sur ces simples motifs. Certains avaient à peine 10 ans. Dans de nombreux cas, les forces de sécurité n’étaient même pas dotées de mandat d’arrêt. 

Priver les détenu·es de procès équitables  

Dans tous les cas que nous avons documentés, les arrestations et les détentions bafouaient les droits à une procédure régulière et à un procès équitable. Si des manifestants ont été condamnés à mort dans le cadre de procédures expéditives et à l’issue de simulacres de procès, c’est aussi l’ensemble des détenus qui ont été privés de procès équitable.  

Les personnes détenues se sont vu refuser l’accès à des avocats, torturées massivement, privées de leur droit au silence ou de la possibilité de contester leur détention. Beaucoup ont été accusées sans bénéficier de la présomption d’innocence. Enfin, les procès ont systématiquement manqué d’impartialité et de transparence.   

Disparitions forcées

On parle de « disparition forcée » lorsqu’une personne est arrêtée, placée en détention ou enlevée par les autorités d’un État, par des groupes armés non-étatiques ou des personnes agissant avec leur autorisation, et que l’arrestation ou le lieu de détention sont tenus secrets.

Faire disparaître les personnes arrêtées 

Les personnes arrêtées dans le cadre des manifestations ont été fréquemment soumises à des disparitions forcées. Pendant des jours, voire des semaines, leur famille ignorait tout de leur sort et de leur localisation. 

Ces disparitions forcées ont privé les détenus de la protection légale et favorisé le recours par les forces de sécurité à la torture. Beaucoup ont été soumis à des aveux forcés, utilisés plus tard dans le cadre de procès inéquitables pour faciliter leur condamnation.  

Pour les familles, laissées dans l’angoisse de ne pas savoir si leurs proches étaient vivants ou morts, ces disparitions forcées ont créé d’importants dommages psychologiques aux familles.  

Tortures physiques et psychologiques

Acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligées à une personne.

Blesser intentionnellement    

Des milliers de personnes ont été blessées durant les mobilisations. Les témoignages que nous avons recueillis sont édifiants sur le niveau de violence perpétrée par les forces de sécurité : beaucoup confient avoir été frappés, matraqués, électrocutés, trainés au sol, piétinés. D’autres ont par ailleurs été grièvement blessés par balles. 

Les autorités ont délibérément empêché les blessé·es de se rendre dans les hôpitaux pour bénéficier de soins. Beaucoup sont morts, faute de soins. Les survivants doivent quant à eux vivre avec de lourdes séquelles physiques et psychologiques, et parfois avec des handicaps durables : perte de la vision, trouble de la mobilité ou de la parole, douleurs chroniques.  

Des blessures que nous considérons comme des actes de torture intentionnels et prémédités, au vu de leur ampleur.  

Torturer les opposant·es en détention 

Pour intimider, punir, humilier, ou soutirer des aveux forcés, les autorités ont torturé de nombreuses personnes en détention. Plusieurs témoins nous ont confié avoir été giflés, fouettés, frappés, électrocutés, privés de nourriture, exposés à des températures extrêmes ou encore noyés.  

D’autres nous ont raconté les tortures psychologiques auxquelles ils ont été soumis. Actes humiliants, menaces de mort, menaces de viol, exposition à une lumière ou un son soutenu, comptent parmi les nombreuses méthodes abjectes employées par les autorités iraniennes.  

Viols et autres violences sexuelles

Le viol est un acte ou contrainte sexuelle commis par la force, la menace, la coercition ou l’incapacité de la victime à consentir, incluant une pénétration même superficielle. Les violences sexuelles sont des actes de nature sexuelle imposés à une personne par la force, la menace, la coercition ou en l’absence de consentement véritable, qu’ils impliquent ou non une pénétration

Violer pour intimider et punir  

Durant les mobilisations, les forces de sécurité iraniennes ont commis des dizaines de viols, de viols collectifs et autres violences sexuelles à l’encontre de femmes, d’hommes et d’enfants parfois âgés d’à peine 12 ans. Dans le cadre d’un rapport paru en 2023, nous avions déjà largement documenté ces violences.  

Dans notre nouveau rapport de 2026, nous avons documenté en détail le cas de 45 victimes. Les méthodes de viols employées par les autorités et décrites dans les témoignages que nous avons recueillis sont insoutenables. Elles ne semblent viser qu’un objectif : humilier, briser et forcer les victimes aux aveux.  

Persécutions

Privation intentionnelle et grave des droits fondamentaux d’un groupe, en raison de son identité. Elle peut être fondée sur divers motifs : politiques, ethniques, religieux, de genre, etc.

Diaboliser les manifestant·es 

Pour avoir osé défier le régime, les manifestants ont été pris pour cible de manière systématique par les autorités iraniennes. Dans de nombreuses déclarations, les responsables politiques les décrivent comme des « terroristes » voire des « ennemis » à la poursuite de « plans maléfiques ». Parallèlement, les autorités ont félicité les forces de sécurité pour leur « bravoure et leur détermination inébranlable ». 

Les mesures prises au niveau provincial et les efforts des gouverneurs de comté… ont joué un rôle crucial dans la neutralisation des conspirations ennemies.

Déclaration du chef du bureau du vice-gouverneur provincial pour les affaires politiques, sécuritaires et sociales de l'Azerbaïdjan occidental, Reza Ebrahimi, le 7 décembre 2022 

Traquer les femmes et les filles 

Pour avoir osé défier le port obligatoire du voile, les femmes et les filles ont été systématiquement traquées par les autorités. Après les soulèvements, les autorités ont généralisé la surveillance des femmes dans l’espace public. Et multiplié les lois répressives à leur encontre.  

Discriminer les minorités ethniques  

Pendant les mobilisations, les minorités ethniques baloutche et kurde ont été particulièrement ciblées et systématiquement présentées par les autorités comme des « terroristes » et des « séparatistes ». Et leurs mobilisations, comme une menace à l’intégrité territoriale de l’Iran. 

62%

c’est la part que représentent les minorités baloutches et kurdes parmi les victimes sur lesquelles nous avons enquêtées

10-15%

C’est la part qu’elle représente dans la population totale du pays

Dans les provinces de Kermanshah, du Kurdistan et de l’Azerbaïdjan occidental, les forces de sécurité ont adopté une réponse bien plus militarisée qu’ailleurs. Le 30 septembre 2022 reste la journée la plus noire, avec 87 décès parmi la minorité baloutche dans la ville de Zahedan.  

Cibler les familles endeuillées  

Enfin, parce qu’elles cherchent à obtenir justice et vérité, les familles des victimes sont prises pour cible. Les autorités ont contraint les familles à signer de fausses déclarations sur les circonstances de la mort de leur proche, conditionné le retour des dépouilles à l’acception de faux récits, délibérément caché le corps des victimes en guise de chantage, voire empêché les cérémonies commémoratives… 

En clair, les familles se retrouvent prises au piège : les institutions censées leur rendre justice et enquêter sur la vérité, sont aussi celles qui ont du sang sur les mains… Un système bien rodé, de sorte que les bourreaux ne soient jamais tenus responsables de leurs crimes et qui abandonne complètement les victimes et leurs proches.  

Nos demandes  

Depuis des années nous alertons : tant que la crise de l’impunité perdurera, le régime iranien continuera de commettre des crimes contre son peuple. Les massacres à vaste échelle commis lors des manifestations de janvier 2026 où l’horreur a semblé repousser les limites, confirment nos multiples alertes.  

Combien d’autres victimes ? Combien d’autres souffrances ? Combien d’autres crimes avant que la communauté agisse enfin pour mettre un terme aux atrocités ? Il est temps de mettre un terme à l’impunité.  

Nous appelons à ce que des enquêtes criminelles indépendantes, impartiales et transparentes soient menées et à ce que des mandats d’arrêt soient émis contre les responsables de crimes, y compris via des mécanismes de compétence universelle ou autres formes de juridictions extraterritoriales.

que fait amnesty international ?

Amnesty International est un mouvement mondial qui réunit plus de 10 millions de personnes. À travers nos recherches et nos campagnes, nous contribuons à lutter contre les atteintes aux droits humains commises partout dans le monde. Notre organisation est impartiale et indépendante : notre financement repose entièrement sur la générosité du public

Justice pour les victimes en Iran !

Pour écraser les soulèvements « Femme, Vie, Liberté » en 2022, les autorités iraniennes ont commis des crimes contre l’humanité. Aujourd’hui, ce sont toujours les mêmes méthodes qui servent à réprimer l’opposition. La communauté internationale ne peut plus fermer les yeux.