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Après l'explosion qui a ravagé le port de Beyrouth, le 4 août 2020
Après l'explosion qui a ravagé le port de Beyrouth, le 4 août 2020 © AFP

Après l'explosion qui a ravagé le port de Beyrouth, le 4 août 2020 © AFP

Après l'explosion qui a ravagé le port de Beyrouth, le 4 août 2020 © AFP

Justice internationale et impunité

Un an après l’explosion de Beyrouth, la quête de vérité et de justice entravée

Un an qu’une explosion a ravagé le port de Beyrouth. Un an que les Libanais cherchent à obtenir justice. Un an que les autorités font obstacle à cette quête.

Le 4 août 2020, plus de 217 personnes ont été tuées et 7 000 blessées quand 2 750 tonnes de nitrate d'ammonium ont explosé dans le port de Beyrouth. Les destructions massives ont conduit au déplacement de quelque 300 000 personnes, l’explosion ayant provoqué des dégâts jusque dans un rayon de 20 kilomètres.

Des documents officiels ont été divulgués indiquant que les douanes, les autorités militaires et de la sécurité, ainsi que les autorités judiciaires, avaient averti les gouvernements successifs de la présence dans le port d’un dangereux stock de produits chimiques explosifs, à au moins dix reprises au cours des six dernières années. Mais aucune mesure n’a été prise. Le président a en outre déclaré qu’il avait connaissance de ce danger, mais qu’il avait « laissé les autorités portuaires s’en occuper ».

L’explosion du port de Beyrouth, qui est l’une des plus fortes explosions non nucléaires que le monde ait connues, a causé des destructions massives et d’immenses souffrances. Les autorités libanaises ont promis qu’une enquête allait être promptement menée. Or, elles ont de façon éhontée bloqué et retardé le cours de la justice à maintes reprises, malgré l’inlassable campagne pour la justice menée par des victimes et des familles de victimes.

L’immunité des responsables politiques

Au cours des 12 derniers mois, les efforts incessants déployés par les autorités libanaises pour protéger les responsables ont de façon répétée entravé le cours de l’enquête. Le 10 décembre 2020, le juge Fadi Sawan, le premier juge d’instruction nommé dans cette affaire, a inculpé l’ancien ministre des Finances Ali Hassan Khalil, les anciens ministres des Travaux publics Youssef Fenianos et Ghazi Zeaiter, et le Premier ministre démissionnaire Hassan Diab, de « négligence » criminelle. Ils ont tous refusé d’être auditionnés par le juge. Hassan Diab a déclaré que cette décision constituait une violation de la Constitution. Ghazi Zeaiter et Ali Hassan Khalil ont formé un recours devant la Cour de Cassation afin que le juge Sawan soit dessaisi de l’enquête, invoquant l’immunité parlementaire.

En conséquence, le juge Sawan a suspendu l’enquête le 17 décembre 2020 pendant près de deux mois. Peu après le 18 février 2021, la Cour de Cassation libanaise a récusé le juge Sawan. Cette décision a été accueillie avec beaucoup de colère par les familles des victimes, qui sont descendues dans la rue pour condamner l’ingérence politique dans l’enquête.

Lire aussi : Après l'explosion de Beyrouth, les manifestants pris pour cible

Le 2 juillet 2021, le nouveau juge chargé d’instruire l’affaire, le juge Tarek Bitar, a soumis au Parlement une demande de levée de l’immunité parlementaire des députés Ali Hasan Khalil, Ghazi Zeaiter et Nouhad Machnouk, et visé plusieurs autres hauts responsables.

En réaction, 26 députés des blocs du mouvement Amal – qui a pour chef le président de la Chambre des députés, Nabih Berri –, du Hezbollah et du Mouvement du futur ont signé une pétition demandant l’ouverture d’une procédure parallèle dans l’objectif d’éviter des interrogatoires par le juge Bitar. Six députés ont par la suite retiré leur signature, face à la levée de boucliers, sur les réseaux sociaux, de familles de victimes et de militants de la société civile.

Parallèlement à cela, le ministre de l’Intérieur a rejeté une demande du juge Bitar visant à interroger le chef de la Direction générale de la sûreté générale, Abbas Ibrahim, l’un des plus puissants généraux libanais. Le juge a formé un recours contre cette décision.

Des avancées encourageantes ont cependant été notées récemment. Les associations des barreaux de Beyrouth et de Tripoli ont levé l’immunité de hauts responsables qui sont également avocats – mais l’immunité parlementaire n’a pas été levée.

Les habitants traumatisés et démunis

Les habitants de Beyrouth profondément traumatisés n’ont toujours pas surmonté les terribles conséquences de l’explosion.

Mireille Khoury, dont le fils de 15 ans, Elias, est mort des suites des blessures subies lors de l’explosion, a décrit les effroyables événements qui se sont produits ce jour-là :

« Le 4 août, ça a été comme la fin du monde. On a cru que c’était juste un incendie […] J’ai perdu connaissance, et quand je me suis réveillée, ma maison était en ruines. Ma fille m’a demandé ce qui était arrivé. Elle était blessée, et moi aussi j’étais blessée. Je me suis précipitée dehors, et j’ai trouvé mon fils dans l’escalier, blessé et couvert de sang […] Ce jour-là, ils ont saccagé nos vies. »

Les mouvements de protestation des victimes et des familles de victimes montrent clairement quels sont les enjeux dans cette affaire. Leur douleur et leur colère sont exacerbées par les manœuvres des autorités qui, encore et encore, font obstruction à leur droit à la vérité et à la justice.

Nous soutenons et nous continuerons de soutenir les familles des victimes qui demandent aux autorités libanaises de lever immédiatement toutes les immunités accordées à des représentants des autorités, quels que soient leur rôle ou leur poste. En juin, nous avons écrit au Conseil des droits de l'homme de l’ONU, avec une coalition de plus de 50 organisations libanaises et internationales, pour demander la création d’une mission d’enquête internationale sur l’explosion du port de Beyrouth. Cette lettre insistait sur les anomalies procédurales et systémiques qui empêchent le Liban de respecter ses obligations internationales lui imposant d’apporter réparation aux victimes.

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