Des pelleteuses, protégées par les forces de sécurité israéliennes, démolissent une maison palestinienne construite sans permis israélien, dans le village d’al-Dirat, en Cisjordanie occupée, le 4 mai 2026.
HAZEM BADER / AFP via Getty Images

Alors qu’Israël poursuit le génocide à Gaza, le pays mène en parallèle, à quelques kilomètres à peine, une campagne de nettoyage ethnique contre les Palestinien·nes de Cisjordanie. Les colons israéliens harcèlent, pillent et attaquent les populations palestiniennes, les poussant à fuir leur terre ancestrale. Depuis 2023, ces violences ont explosé. Loin d’être le fait de quelques colons extrémistes isolés, elles sont en réalité délibérément orchestrées par l’Etat d’Israël.
  
Comment organise-t-il, finance-t-il et encourage-t-il la violence des colons en Cisjordanie en vue d’annexer le territoire ? C’est ce qu’explique notre rapport à partir de témoignages, de vidéos vérifiées, d’images satellites et d’analyses de politiques publiques israéliennes. 

Les violences documentées en Cisjordanie ne sont pas le fait de quelques “brebis galeuses” ou de colons isolés. Il s’agit d’une campagne délibérée, orchestrée par l’Etat d’Israël. Un nettoyage ethnique. L’objectif est clairement explicité par le gouvernement israélien : vider la Cisjordanie de la population palestinienne pour que le territoire soit annexé à Israël. C’est ce que révèle notre rapport “Eradiquer toute présence palestinienne : le nettoyage ethnique des communautés bédouines et pastorales de Cisjordanie par Israël”. 

La Cisjordanie, où vivent quelque 3 millions de Palestinien·nes, est occupée par Israël depuis la guerre des Six jours de 1967. Depuis lors, les colonies et les avant-postes israéliens se multiplient. Les colons encerclent des villages palestiniens et s’en emparent peu à peu. 

Après l’arrivée au pouvoir de la coalition de Benyamin Netanyahou et les terribles attaques du 7 octobre 2023 du Hamas et d’autres groupes armés palestiniens qui ont tué environ 1200 personnes – pour la plupart des civil·es israélien·nes – la violence se débride. Israël commet un génocide contre les Palestinien·nes de la bande de Gaza occupée et accélère sa campagne de nettoyage ethnique des Palestinien·nes de Cisjordanie. 

Les violences des colons explosent, les colonies s’étendent. Les communautés bédouines et pastorales palestiniennes de la zone C de la Cisjordanie sont particulièrement touchées. La zone C, qui représente plus de 60% du territoire, est contrôlée par l’armée israélienne depuis le partage de la Cisjordanie en trois zones, en vertu des accords d’Oslo de 1995. Dotée de riches ressources naturelles et agricoles, elle attise les convoitises. Les autorités israéliennes cherchent à s’en emparer à n’importe quel prix, même celui des vies humaines. 

Comment nous avons enquêté ? 

Amnesty International a mené des recherches sur 27 communautés bédouines et pastorales de la zone C qui ont été déplacées de force entre 2023 et 2025, ou qui risquent de l’être.  

Notre équipe de recherche a interrogé 45 Palestinien·nes qui avaient été déplacé·es ou qui risquaient de l’être, 19 avocat·es, des militant·es témoins d’incidents de violence commis par des colons, des journalistes et des représentant·es d’ONG israéliennes et palestiniennes. 

Elles ont vérifié plus de 420 vidéos et images, analyser des déclarations officielles du gouvernement, des accords, législations, cartes, images satellites, des rapports de l’ONU et de la société civile.  

Qu’est-ce que le nettoyage ethnique ?

Amnesty International utilise ce terme conformément à la Définition de 1994 de la Commission d’experts des Nations unies sur l’ex-Yougoslavie. Elle décrit le nettoyage ethnique comme « une politique délibérée conçue par un groupe ethnique ou religieux visant à faire disparaître, par le recours à la violence et à la terreur, des populations civiles appartenant à une communauté ethnique ou religieuse distincte de certaines zones géographiques ». Les Nations unies alertaient en mars 2026 sur le risque de nettoyage ethnique en Cisjordanie. 

Bien que le nettoyage ethnique ne soit pas reconnu comme un crime autonome en droit international, il implique des actions comme la torture, des arrestations, des violences sexuelles, des déplacements forcés qui peuvent constituer des crimes de guerrecrimes contre l’humanité voire le crime de génocide, des crimes qui sont contraires au droit international. 

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Nettoyage ethnique en Cisjordanie : une politique d’Etat revendiquée et organisée

Au-delà des discours, le projet d’annexion de la Cisjordanie se concrétise par une multiplication de lois et de mesures en faveur de la colonisation. Le gouvernement israélien apporte un soutien à la fois économique, administratif et militaire aux colonies.

L’idéologie du grand Israël

Depuis 1967 et l’occupation par Israël des territoires palestiniens, plusieurs gouvernements israéliens ont envisager des plans d’annexion. Mais le 37ème gouvernement, dirigé par le Likoud de Benyamin Netanyahou, marque un tournant. Formé en coalition avec deux partis politiques ultranationalistes et religieux : 

  • le Parti Force juive, conduit par Itamar Ben-Gvir, aujourd’hui ministre de la Sécurité nationale, 
  • et le Parti du Sionisme religieux (Mafdal), emmené par Bezalel Smotrich, ministre des Finances et ministre adjoint au ministère de la Défense – lui même résident d’une colonie sur place, et chargé des politiques civiles en Cisjordanie, 

il place des figures du mouvement des colons au premier plan.

Le gouvernement reprend ainsi à son compte l’idéologie du « Grand Israël » et fait de l’annexion de la Cisjordanie occupée un objectif politique explicite. 

Les appels des responsables israéliens pour étendre les colonies en Cisjordanie : 

L’occupation des territoires palestiniens par Israël viole le droit international  

L’occupation des territoires palestiniens depuis 1967 a été jugée illégale par la Cour internationale de justice en juillet 2024. Elle ordonne à Israël de mettre fin à sa présence dans le territoire palestinien occupé et à démanteler toutes ses colonies.  

L’occupation du territoire palestinien viole également plusieurs résolutions des Nations unies comme celle adoptée en septembre 2024 exigeant qu’Israël mette fin à sa présence illégale dans un délai de 12 mois. 

L’accélération des colonies en Cisjordanie

Dès sa formation, le gouvernement met en œuvre la vision du mouvement des colons : annexer, étendre les colonies et s’accaparer les terres. Les mesures s’enchaînent, touchant directement les Palestinien·nes de la zone C de Cisjordanie et renforçant le pouvoir de Bezalel Smotrich.  

Bezalel Smotrich et l’accélération de l’expansion des colonies
  • Février 2023 – Création de l’Administration des colonies. Sous l’autorité de Bezalel Smotrich, ce nouvel organisme peut régir tous les aspects de la vie dans les colonies israéliennes de Cisjordanie et régulariser les avant-postes en zone C.  
  • Juin 2023 – La planification et la régularisation des colonies passe entre les mains de Bezalel Smotrich. Plus besoin de l’approbation du ministre de la Défense ni du Premier ministre. Résultat : depuis novembre 2024 et l’élection de Donald Trump, les réunions pour approuver des colonies sont passées d’une par trimestre à une par semaine.  
  • Mai 2025 – Désormais, toutes les terres non enregistrées sont considérées comme des terres d’Etat. Si les Palestinien·nes veulent contester, ils doivent satisfaire des exigences de preuves quasi insurmontables pour prouver qu’ils en sont les propriétaires.  
  • Février 2026 – A la fin de ce mois, les autorités israéliennes avaient saisi la moitié des terres non enregistrées de la Zone C. 
Croissance de la population des colons palestiniens depuis 1972.

Entre janvier 2023 et avril 2026, le gouvernement a déclaré 102 nouvelles colonies, un record dans l’histoire d’Israël.

Un large soutien financier

Les fonds alloués par le gouvernement au mouvement des colons ont explosé. Certaines colonies ont même été classées comme “zones prioritaires nationales”, ce qui leur permet d’obtenir davantage d’aides financières de l’État.  

122% d’augmentation

du budget annuel du ministère des Colonies et des Missions nationales au cours des trois premières années du mandat du gouvernement. Cela représentait 254,6 millions de dollars en 2026.

1,1 milliard de dollars alloué en 2023

au ministère des Transports pour moderniser et développer les routes destinées exclusivement aux colons en Cisjordanie.

La confiscation des terres  

Les autorités israéliennes utilisent plusieurs méthodes pour s’emparer des terres agricoles de la zone C. L’une d’elles consiste à labelliser ces terres comme “terres d’Etat”, “réserves naturelles” ou “réserves archéologiques”. Cela permet d’empêcher les Palestinien·nes d’y vivre ou d’y travailler.

En zone C, 58 % des terres ne sont pas enregistrées. En février 2026, les autorités israéliennes avaient déjà pris le contrôle de la moitié d’entre elles en les déclarant propriétés publiques. 

La démultiplication des avant-postes 

Une autre stratégie bien connue consiste à construire des avant-postes, souvent des fermes d’élevage installées par des colons près de villages palestiniens. Ces constructions sont illégales, selon le droit israélien et le droit international. Pourtant, les autorités israéliennes continuent de les encourager, dans les discours comme dans les lois, et vont parfois jusqu’à les légaliser rétroactivement.

Avec l’appui de l’État, ces avant-postes se multiplient en toute impunité : sur les 368 recensés en avril 2026, 58 % ont été créés depuis 2023.

Croissance des avant-postes israéliens en Cisjordanie

Des logements au seul profit des colons

En zone C et à Jérusalem Est, les Palestinien-nes doivent obligatoirement obtenir un permis délivré par Israël pour construire une maison, une école, ou même des infrastrutures pour s’approvisionner en eau. 

En 2023 et 2024, aucun projet de logement palestinien n’a été approuvé en zone C, et seuls 9 permis ont été délivrés pour des logements. Dans le même temps, les démolitions d’infrastructures palestiniennes ont atteint des niveaux records ces derniers années, sous prétexte qu’elles avaient été construites sans permis.  

3407 démolitions

des habitations et structures palestiniennes dans la zone C entre janvier 2023 et avril 2026, déplaçant 2 996 Palestinien·nes selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA).

En parallèle de ces destructions, la construction de nouveaux logements de colons a atteint un niveau inédit. Entre 2011 et 2022, 5 433 nouveaux logements étaient construits en moyenne chaque année. En 2025, 27 941 logements ont été approuvés.   

Un régime d’apartheid

Avec la confiscation de leurs terres, les Palestinien·nes de Cisjordanie sont déplacés de force et confinés dans des enclaves surpeuplées. Leurs droits sont fortement restreints, notamment leur liberté de circulation. Certaines routes sont réservées aux colons israéliens tandis que celles laissées à la population palestinienne sont bloquées par de nombreux obstacles militaires.  

Leur accès à l’eau et à la terre, des moyens de subsistance essentiels, est également sévèrement limité. Pour forcer les Palestinien·nes à quitter leurs terres, des colons détruisent leurs systèmes d’approvisionnement en eau et saccagent leurs terres agricoles. Des bergers dont les troupeaux sont accusés de paître sur les “terres d’État” sont condamnés à de lourdes amendes et sont souvent contraints de vendre leurs animaux pour les payer. 

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Amir Levy/Getty Images /

La violence des colons : le principal outil de déplacements forcés des Palestiniens en Cisjordanie

Depuis 2023, avec le soutien politique, juridique et financier total de l’Etat, la violence des colons s’est déchainée. C’est la cause majeure des déplacements forcés des Palestiniens en zone C et en particulier des communautés pastorales et bédouines.

Les colons utilisent principalement trois tactiques pour déplacer de force les communautés palestiniennes : 

  • attaquer les habitations, les villages et les biens ;
  • harceler, menacer et agresser physiquement les habitant·es ;
  • cibler les moyens de subsistance, notamment en limitant l’accès aux pâturages ou à l’eau, en volant du bétail ou en détruisant des champs agricoles. 
attaques par des colons israéliens contre des Palestiniens ayant fait des victimes ou causé des dommages matériels

Le village Zanuta vidé de sa population 

Zanuta. Dans ce village de bédouins palestiniens, on vit depuis des générations de l’élevage, de l’agriculture et de la production laitière. Dans les années 1980, lorsque les premières colonies font leur apparition, le harcèlement commence pour la communauté.  

En 2021, un avant-poste illégal israélien s’installe à un kilomètre du village : la ferme Meitarim, dirigée par le colon Yinon Levi. Très vite, les menaces et les attaques se multiplient. Des tentes sont incendiées, des salles de classe sont saccagées, des maisons vandalisées, des réservoirs d’eau vidés. Les habitant·es sont frappés à coups de jets de pierres ou de crosses de fusils. À plusieurs reprises, les habitant·es signalent ces attaques à la police israélienne. Mais aucune mesure n’est prise.  

Le 21 octobre 2023, nouvelle attaque. Cette fois, les colons sont accompagnés par les forces israéliennes. Ils menacent les habitants qui refusent de partir. La communauté n’a alors pas d’autre choix que de fuir. 

Aujourd’hui, le village de Zanuta, qui abritait 250 habitant·es dont 100 enfants, n’existe plus. Nos équipes ont analysé des vidéos et des images, et recueilli des témoignages sur place : Zanuta a été rayé de la carte à cause des violences des colons israéliens. 

En juillet 2024, la Cour suprême d’Israël ordonne à la police et à l’armée de faciliter le retour de la communauté de Zanuta et de protéger les habitant·es. Mais chaque tentative de retour se heurte à la violence des colons et la complaisance des forces israéliennes. 

Les autorités israéliennes ignorent la décision de justice. Au lieu de protéger les habitant·es de Zanuta, elles se rangent du côté des colons. En avril 2025, les ministres Bezalel Smotrich et Orit Strock se rendent à la ferme de Meitarim. Devant les caméras, ils participent à une cérémonie de distribution de véhicules tout-terrain, de caméras et de matériel de vision nocturne aux colons installés dans les avant-postes. Tout cela aux frais de l’Etat. 

« Les colons héroïques et pionniers qui vivent ici mettent en œuvre le sionisme, et ils ont besoin de sécurité… Nous sommes ici pour construire avec eux et pour coloniser la terre…” martèle le ministre des Finances, Bezalel Smotrich. 

Zanuta est un exemple tragique, mais ce n’est pas une exception. Le village illustre le sort de nombreuses communautés bédouines et pastorales palestiniennes de la zone C. Entre janvier 2023 et avril 2026, au moins 117 communautés palestiniennes, principalement bédouines et pastorales, ont été déplacées totalement ou en partie. Selon l’ONU, cela représente au moins 5 910 personnes déplacées de force. 

D’autres communautés sont aujourd’hui menacées. Dans le nord de la vallée du Jourdain, au moins 38 communautés pastorales palestiniennes – soit environ 7000 personnes – risquent d’être déplacées, alors qu’Israël poursuit ses politiques liées à l’annexion.

Des colons financés, armés, habillés par l’Etat

Les colons sont financés, armés et équipés par l’Etat. L’armée et la police israéliennes sont aussi autorisées à les soutenir, voire à participer aux attaques.  

Drones, véhicules tout-terrain, lunettes de vision nocturne, matériels de communication, caméras, portails électriques : le gouvernement consacre plusieurs millions de dollars à suréquiper les colons comme des soldats. En face, les communautés palestiniennes pastorales et bédouines sont désarmées et dépossédées. En juillet 2024, 23 millions de dollars ont été alloués par le ministère de la Colonisation et des Missions nationales pour moderniser les infrastructures de sécurité dans les avant-postes.  

Le gouvernement finance aussi directement des organisations de colons impliquées dans les violences et l’expropriation des Palestinien·nes. HaSHomer Yosh, qui recrute des volontaires israéliens dans les avant-postes, a reçu plus d’1 million de dollars. Nos équipes ont vérifié des vidéos montrant leurs membres en train de harceler et d’agresser des Palestinien·nes de communautés bédouines et pastorales.  

Des colons armés par l’Etat d’Israël : 
  • Assouplissement des critères pour obtenir le permis de port d’armes à feu à titre privé. En janvier 2026, plus de 240 000 citoyens israéliens avaient obtenu le permis de port d’arme, dont beaucoup de colons.  
  • Des milliers d’armes distribuées aux colons par l’Etat. 
  • Formation de centaines d’unité “d’intervention rapide” pour qu’ils puissent réagir en cas de “terrorisme” et d’autres “situations d’urgence”. 
  • Fourniture d’uniformes par l’armée rendant difficile la distinction des colons des soldats. 

Dans la plupart des attaques documentées par Amnesty International, les colons étaient armés. Les armes permettent de terroriser les communautés bédouines et pastorales avec une intensité sans précédent.  

Ces images extraites de vidéos enregistrées par Al-Haq le 19 juillet 2024 montrent des colons masqués attaquant à coups de bâton des membres de la famille Najjar devant leur domicile à Shi’b al-Butum.

Déplacements forcés : crimes de guerre et crimes contre l’humanité

L’expulsion des civil·es, la destruction ou la confiscation de leurs biens sans nécessité militaire est interdit par les Conventions de Genève. Ces actes constituent des crimes de guerre. Lorsqu’ils sont commis de manière généralisée ou systématique, ces actes peuvent aussi être qualifiés de crimes contre l’humanité. 

Notre rapport conclut que la campagne de nettoyage ethnique menée par Israël pour expulser les communautés bédouines et pastorales palestiniennes constitue, au regard du droit international humanitaire, un crime contre l’humanité de transfert forcé et un crime de guerre de transfert illégal.  

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Wisam Hashlamoun/Anadolu via Getty Images /

Un climat d’impunité totale

Les crimes commis par des colons israéliens contre les Palestinien·nes restent impunis. Pire encore, les victimes palestiniennes en viennent à craindre de porter plainte, au risque d’être elles-mêmes arrêtées et condamnées. Au-delà d’Israël, la passivité, voire la complicité, des autres États encouragent Israël à commettre ses crimes.

 Des violences des colons impunies par l’Etat 

Dans plusieurs cas documentés par nos équipes, des Palestinien·nes ayant signalé les violences ont eux-mêmes été interrogés, condamnés voire arrêtés, à la place des colons. Plusieurs d’entre eux racontent avoir été arrêtés et détenus pour “affrontement avec des colons”, sur la seule base du témoignage de ces derniers. Face à l’impunité totale des colons et à ce renversement des responsabilités, la plupart des Palestinien·nes n’osent aujourd’hui plus porter plainte.  

94% des enquêtes soldées par un non-lieu

sur des infractions commises par les civil.es israélien·nes contre les Palestinien·nes.

Seules 3% ont abouti

à des condamnations partielles ou totales.

Des violences protégées par la police et par l’armée

En novembre 2023, le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a donné pour instruction aux hauts responsables de la police en Cisjordanie de s’abstenir d’appliquer la loi contre les colons extrémistes et les groupes d’extrême droite. 

14 situations analysées dans l’enquête d’Amnesty International comportaient des soldats israéliens présents ou directement impliqués dans des attaques violentes perpétrées par des colons. Ils sont restés au mieux les bras croisés, au pire ont facilité ou participé au harcèlement, à l’intimidation voire à la destruction de biens ou de violences physiques. 

Yinon Levi : un cas emblématique des colons protégés par les autorités

Yinon Levi est le fondateur de la ferme Meitarim, l’avant-poste situé à un kilomètre de la communauté de Zanuta. Le village palestinien qui a depuis été rayé de la carte de la Cisjordanie et que l’on évoquait plus haut.  

Yinon Levi a été filmé en train d’abattre Awda al-Hathaleen, un militant palestinien non armé, le 28 juillet 2025. Il a été arrêté et relâché dès le lendemain matin. Nos équipes ont analysé des vidéos qui le montrent retournant sur les lieux de l’assassinat, où il continue à harceler les résidents palestiniens. Au moment de la publication de notre rapport, il n’a toujours pas été inculpé pour meurtre. 

Inaction voire complicité de la communauté internationale

Face à la violence des colons, certains États ont imposé des sanctions limitées contre quelques individus ou organisations. Mais ces violences ne sont pas le fait de quelques colons isolés : elles s’inscrivent dans une véritable politique d’État. Les autres Etats doivent donc sanctionner l’Etat d’Israël, et pas seulement quelques colons.  

Malgré des obligations juridiques claires pour mettre fin à l’occupation illégale, au système d’apartheid et au génocide à Gaza, la communauté internationale a trop souvent manqué à son devoir. L’impunité totale dont bénéficie Israël l’encourage à mener une campagne brutale de nettoyage ethnique en Cisjordanie.  

La communauté internationale s’est montrée soit complice, soit beaucoup trop passive […] Elle doit clairement signaler que l’ère de l’acquiescement tacite au nettoyage ethnique et à l’annexion pratiqués par Israël est révolue.

Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.

Nos demandes 

Embargo économique

  • Les États doivent immédiatement interdire tout commerce, tout investissement et toute forme de coopération ou d’aide financière contribuant à l’occupation illégale d’Israël, à son système d’apartheid et au nettoyage ethnique des Palestiniens en Cisjordanie. 
  • L’Union européenne doit suspendre son accord d’association avec Israël. 

Demande de sanctions contre les responsables des crimes

Les États doivent agir pour empêcher Israël de continuer le nettoyage ethnique des Palestinien·nes en Cisjordanie occupée. Plusieurs pays, dont la France, viennent d’interdire l’accès de leur territoire au ministre de la Sécurité nationale, Bezalel Smotrich. Mais ce n’est pas suffisant. Nous demandons des sanctions ciblées pour ces cinq responsables de crimes :

  • Benyamin Netanyahou, Premier ministre  
  • Itamar Ben-Gvir, ministre de la Sécurité nationale
  • Israel Katz, ministre de la Défense 
  • Bezalel Smotrich, ministre des Finances
  • Orit Strock, ministre des Colonies et des Missions nationales 

Les autorités israéliennes doivent cesser leur campagne de nettoyage ethnique 

Les autorités israéliennes doivent immédiatement :

  • mettre fin au transfert forcé des communautés bédouines et pastorales palestiniennes ;
  • démanteler toutes les colonies et les avant-postes israéliens ;
  • permettre aux Palestiniens déplacés de retourner chez eux et d’accéder à des réparations pour les préjudices subis ;
  • poursuivre en justice les auteurs des crimes commis à l’encontre de la population palestinienne.  

Télécharger le rapport et la synthèse

La France doit mettre fin à l’impunité d’Israël !

Génocide à Gaza, politique d’apartheid, occupation illégale du territoire palestinien, nettoyage ethnique en Cisjordanie. L’impunité totale dont jouit Israël encourage le pays à commettre de nouveaux crimes. La France doit agir pour faire cesser ce cycle d’impunité !