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Un des nombreux quartiers détruits de Raqqa © Amnesty International

Un des nombreux quartiers détruits de Raqqa © Amnesty International

Un des nombreux quartiers détruits de Raqqa © Amnesty International

Conflits armés et populations
Actualité

Déni du carnage de Raqqa

Nos récentes enquêtes faisaient état des ravages causés par les bombardements aériens de Raqqa sur les civils. Ces attaques ont été menées par la coalition dirigée par les États-Unis. Aujourd’hui, cette coalition nie le lourd bilan de pertes civiles.

Depuis la publication de notre enquête du 5 juin, de hauts responsables de la coalition et de ses gouvernements membres ont envahi les réseaux sociaux, les ondes et même le Parlement britannique pour contrer ses conclusions.

Les réactions à chaud de la coalition sont cousues de belles paroles et avares de détails. Elles dévoilent que les dirigeants de la coalition ne reconnaissent absolument pas leur incapacité à protéger la population civile prise au piège du conflit.

Lire aussi : Raqqa, un labyrinthe mortel

À moins que la coalition ne tire les leçons de ses erreurs à Raqqa – et à Mossoul auparavant – elle se condamne à les répéter, et ce sont les civils qui en paieront une nouvelle fois le prix.

Des enquêtes insuffisantes

Nous avons passé des semaines à Raqqa à mener des investigations sur le terrain – ce que n'a pas fait la coalition – qui ne laissent pas de place au doute.

Durant son offensive, la coalition a tué des centaines de civils et en a blessé des milliers. Pour quatre cas, les frappes aériennes ont tué 70 civils, en majorité des femmes et des enfants – dont 39 membres d'une même famille.

Les chiffres artificiellement bas concernant les victimes civiles fournis par la coalition s’expliquent en partie par les procédures d'enquête insuffisantes, qui n'incluent même pas de recherches sur le terrain.

Se rendre sur les sites touchés par les frappes et interroger les survivants et les témoins fait partie intégrante d’une enquête.

Sans cela, les investigations de la coalition ne sont tout simplement pas crédibles.

Les sites touchés par les frappes sont faciles d'accès, tout comme les survivants et les témoins, car Raqqa et Mossoul sont désormais contrôlées par les partenaires de la coalition.

Des responsables de la coalition et des responsables politiques occidentaux s'y sont récemment rendus ; il n'y a donc pas de raison que la coalition ne mène pas d'enquête digne de ce nom, comme elle le promet dans sa méthodologie.

Uniquement 23 victimes reconnues

La coalition assure être « transparente » et avoir mis en place « des procédures méticuleuses » pour veiller à faire tout son possible afin d'épargner les civils.

Pourtant, elle peine à démontrer que c'est bien le cas.

Ses rapports mensuels sur les victimes civiles en Irak et en Syrie reposent sur de vagues descriptions et remettent en cause la grande majorité des allégations en les qualifiant de « non crédibles ».

La coalition reconnaît seulement 23 décès de civils causés par plus de 30 000 tirs d'artillerie et plusieurs milliers de frappes aériennes effectuées contre la ville de Raqqa pendant l'offensive militaire qui a duré quatre mois, de juin à octobre 2017, et qui a laissé la ville en ruines.

Ce chiffre n'est ni précis, ni crédible, ni sérieux.

Le seul partenaire de la coalition sur le terrain à Raqqa au lendemain de l'offensive militaire – les Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes – a fait preuve d’une compréhension assez différente des événements durant l'offensive.

Fin juin 2018, les FDS nous ont fait part d’« erreurs » et de « frappes aériennes manquées » de la coalition se traduisant par d’« énormes pertes humaines et matérielles » sur le terrain.

Lire aussi : Libération de Raqqa, un carnage

Reconnaissance et réparations

La coalition et certains de ses membres ont occasionnellement reconnu avoir causé des victimes civiles, lorsque nous avons médiatisé certains cas.

Fin juin 2018, la coalition a annoncé qu’à la lumière des nouveaux éléments, elle allait réévaluer quatre affaires qui avaient été closes et examiner un nouveau cas.

Les dénégations en cascade que nous avons entendues de la part de hauts responsables de la coalition ne cadrent pas avec la réalité vécue par des centaines de civils que nous avons interrogés pour les besoins de l'enquête à Raqqa et à Mossoul.

Même leurs partenaires sur le terrain les contredisent.

La coalition n’est toujours pas à la hauteur de ses propres normes c’est-à-dire rendre compte des victimes civiles dans le cadre du conflit, d'enquêter sur les allégations de violations et d'accorder des réparations aux victimes et à leurs familles.

Nous espérons vivement que l'annonce concernant l'examen de nos conclusions marquera le premier pas dans cette direction.

Agir

Demandez justice

La France, membre de la coalition menée par les États-Unis, doit enquêter sur les centaines de morts causés par la coalition parmi la population civile à Raqqa, en Syrie.

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