Hussein Saleh marche sur les ruines de sa maison, Tyr, Liban
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Au Liban, Israël tue des enfants et décime des familles entières, au mépris du droit international. Nous avons enquêté sur trois frappes de l’armée israélienne, en mars 2026. Nous demandons l’ouverture d’enquêtes pour crimes de guerre. Alors que le peuple libanais souffre, l’accord-cadre du 26 juin 2026 prévoit encore de restreindre la possibilité pour Israël de rendre des comptes. Le peuple libanais doit obtenir justice et réparations. 

Avertissement : cet article évoque des violences physiques.  

« Notre perte est immense. Une famille entière a disparu, comme si elle n’avait jamais existé. Il ne reste plus personne ».  

Au Liban, ils sont des milliers à partager l’histoire tragique de la famille Basma. Entre le 2 mars et le 29 juin 2026, au moins 4 257 personnes ont été massacrées, dont plus de 250 enfants. Et plus d’un million de personnes ont été déplacées de force dans tout le pays. 

Pendant ce temps, les autorités israéliennes jouissent d’une impunité totale. Et l’accord-cadre signé entre Israël et le Liban le 26 juin 2026 risque d’aggraver encore la situation. Il pourrait empêcher les victimes d’obtenir justice, et acter le déplacement prolongé de dizaines de milliers de personnes.  

Depuis des années, nous dénonçons les graves violations du droit international perpétrés par l’armée israélienne au Liban. Dans une nouvelle enquête, nous avons analysé trois frappes israéliennes dans le sud du Liban les 6, 12 et 13 mars 2026.  

24 personnes ont perdu la vie lors de ces attaques, dont 12 enfants. Nos conclusions sont formelles : aucune distinction n’a été opérée entre des cibles civiles et militaires. Aucune précaution n’a été prise pour réduire les impacts sur les populations civiles. Des enquêtes pour crimes de guerre doivent être ouvertes.  

Contactées par nos équipes, les autorités israéliennes n’ont fourni aucune information précise concernant ces trois attaques. Selon Israël, certaines de ces attaques ont été menées « contre des objectifs militaires du Hezbollah ». Les témoignages et les récits des survivant ·es racontent, eux, une tout autre histoire. La voici.  

Comment avons-nous enquêté ? 

Les équipes d’Amnesty International ont recueilli 15 témoignages de rescapé·es, de proches des victimes, de secouristes, de journalistes. Nous avons aussi analysé des images satellites et vérifié 20 photos et 11 vidéos partagées par des sources ou publiées sur les réseaux sociaux. Enfin, nous avons passé en revue les réseaux sociaux israéliens et libanais pour comprendre le contexte de chacune des frappes sur lesquelles nous avons enquêté. 

« Sara était tout pour moi » : l’histoire de la famille Saleh 

6 mars 2026. Il est 15h50. Une frappe vient de toucher une maison du quartier d’al Thakana, à Tyr dans le sud du Liban. C’est celle d’Hassan Saleh, un retraité âgé d’une soixantaine d’années. Hussein, lui, est au marché pour préparer l’iftar [ndlr : rupture du jeûne durant le ramadan] lors de l’attaque.

Lorsqu’il arrive sur place, la scène est insupportable : « Il ne restait plus aucune trace de la maison, ni murs, ni parpaings. Des fragments de corps étaient éparpillés sur le sol […] J’ai passé trois jours à rassembler ces morceaux […] Il n’y avait absolument aucune cible militaire. Il n’y avait que des femmes et des enfants […] Ils ont détruit toute ma vie. Pourquoi ne nous ont-ils pas prévenus ? […] Sara, ma fille, était tout pour moi. »  

La maison abritait toute la famille d’Hussein. La veille, l’armée israélienne avait émis des ordres d’évacuation massifs dans tout le sud du pays. Des ordres sans aucune indication claire sur les itinéraires à emprunter ou les destinations à rejoindre.  

Mais six membres de la famille n’avaient pas pu se déplacer, à cause de problèmes de santé. Ils s’étaient alors réfugiés dans la maison familiale, la pensant sûre. Aucun avertissement n’avait été spécifiquement émis sur ce lieu, contrairement à de nombreuses autres habitations du quartier. 

Au total, la frappe a fait huit victimes, civiles. Parmi elles, quatre femmes et trois enfants. La plus petite, Sara, n’avait que 5 ans. Nous avons analysé plusieurs vidéos, photos, et images satellites. D’après notre enquête, rien ne justifiait cette attaque : il s’agissait d’un quartier résidentiel, sans aucune activité militaire. 

Nous demandons l’ouverture d’une enquête pour crimes de guerre. 

Que dit le droit international ?  

Le droit international interdit les attaques directes contre la population civile, tout comme celles qui ne font pas la distinction entre les objectifs militaires et civils. Lorsqu’un objectif militaire est ciblé, toutes les précautions doivent être prises pour épargner les populations et les infrastructures civiles.  

« J’ai perdu tout espoir de les retrouver vivantes » : l’histoire de la famille Taqi 

12 mars 2026. C’est au tour de la famille Taqi de vivre l’horreur. Nous sommes dans le village d’Irkay, situé dans le sud du pays du pays. Mohammed est sur le porche de la maison familiale, avec des membres de sa famille. Il est 14h20 lorsqu’une attaque israélienne frappe sa maison. Mohammed survit à l’attaque.

Mais quand il se réveille, c’est le cauchemar : « Quand j’ai pu me relever, j’ai commencé à chercher les filles et mes parents (…) J’ai trouvé Yasmina. Elle était encore vivante. Sa respiration était lente. Les ambulancierz l’ont emmenée à l’hôpital. Malika n’était plus en vie. Les secours l’ont également sortie [des décombres]. Dans la chambre sur laquelle le missile s’était abattu, je n’ai trouvé aucune trace de Zeinab et Zahraa. Les secouristes ont plus tard retrouvé des restes de leurs corps et les ont rassemblés. Quand j’ai perdu tout espoir de les retrouver vivantes, je me suis rendu à l’hôpital. J’étais blessé à la tête, à l’œil et au visage. »  

Au total, Mohammed a perdu sept proches dans cette frappe : ses quatre filles Zeinab (14 ans), Zahraa (12 ans), Malika (9 ans), Yasmina (6 ans), sa mère Zeinab (78 ans), son père Rida (83 ans), et son frère Ahmad (52 ans). Deux autres voisins sont morts dans l’attaque. Peu après, l’armée israélienne déclarait au journal The Observer avoir frappé des « agents terroristes du Hezbollah ». 

Des allégations sans la moindre preuve à l’appui. Nous avons analysé sept vidéos, plusieurs images satellites, interrogé des témoins. Nos recherches n’ont révélé aucune preuve de la présence de corps militaires dans la maison au moment de l’attaque. Nous demandons une enquête approfondie pour crimes de guerre.  

« Ma famille entière a disparu » : l’histoire de la famille Basma  

13 mars 2026. Aux alentours de 20h30, une frappe touche cette fois une maison dans le quartier d’al Rabhat, dans le district de Nabatieh. La maison comptait deux étages. L’attaque l’a réduite entièrement en cendre.  

Elle abritait six membres de la famille Basma. Tous y ont perdu la vie : Qais Basma, son épouse Baldnin et leurs quatre enfants Hassan, Hussein, Abbas et Helene âgés de 7 à 16 ans. Leur voisin compte aussi parmi les victimes. 

Pour Tahiya Basma, une parente de la famille, c’est un véritable cauchemar : « Notre perte est immense. Une famille entière a disparu, comme si elle n’avait jamais existé. Il ne reste plus personne. La nouvelle a été un véritable choc. La maison familiale où Qais vivait a également été détruite. C’était une maison libanaise traditionnelle appartenant à ses grands-parents, où des générations d’enfants avaient été élevés. »   

Nous avons vérifié 19 photos, deux vidéos, ainsi que des images satellites. Nos recherches n’ont révélé aucune preuve attestant de la présence d’objectifs militaires lors de l’attaque. Et tous les témoignages que nous avons recueillis confirment qu’il s’agissait de civil·es. Nous demandons l’ouverture d’une enquête pour crimes de guerre.  

À quand la fin de l’impunité d’Israël ? 

Ces trois frappes ne sont pas anecdotiques. Elles sont symptomatiques des crimes de l’armée israélienne au Liban. Depuis le 8 octobre 2023, ces attaques ont fait plus de 8 700 victimes, dont au moins 569 enfants et 357 professionnels de santé.  

Et ces attaques se sont encore intensifiées depuis le 2 mars 2026 et le déclenchement du conflit au Moyen-Orient. Plus d’un million de personnes ont dû fuir leur foyer. À ce jour, plus de 600 km2 de terres sont occupées par l’armée israélienne.  

Le peuple libanais souffre en silence. Pendant ce temps, les autorités israéliennes jouissent, quant à elles, d’une impunité totale. Pire, l’accord-cadre signé entre Israël et le Liban le 26 juin 2026 restreint encore la possibilité de rendre des comptes pour les responsables de crimes de guerre.   

Les clauses de l’accord visent délibérément à empêcher les victimes d’obtenir justice auprès des instances internationales. Certains articles actent même le déplacement forcé de dizaines de milliers d’habitant·es du sud du Liban, de manière prolongée et indéfinie.   

« Les victimes de crimes de guerre et de violations des droits humains méritent d’obtenir justice. Un accord qui ne s’appuie pas en priorité sur leurs droits à la justice, l’obligation de rendre des comptes et les réparations vacillera sous le poids de l’impunité qu’il engendre » 

Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International 

Combien d’autres familles devront encore extraire les corps de leurs enfants des décombres avant que l’horreur ne prenne fin ? La justice, les réparations et le respect du droit international ne sont pas négociables.  

Nous appelons la communauté internationale à agir de toute urgence en imposant un embargo complet sur les armes contre Israël et en utilisant la compétence universelle pour enquêter et poursuivre les responsables de ces crimes.  

que fait amnesty international

Amnesty International est un mouvement mondial qui réunit plus de 10 millions de personnes. À travers nos recherches et nos campagnes, nous contribuons à lutter contre les atteintes aux droits humains commises partout dans le monde. Notre organisation est impartiale et indépendante : notre financement repose entièrement sur la générosité du public.