Le Conseil de la paix a été créé par Donald Trump pour résoudre le conflit à Gaza. Mais au-delà de cet objectif initial, le président américain ne cache plus sa volonté de disposer d’une nouvelle organisation internationale de résolution des conflits qui cherche à concurrencer les Nations unies. Une instance entièrement aux mains de Trump, qui met à mal l’ordre mondial fondé sur le respect des droits humains.
Pourquoi Donald Trump veut‑il créer une alternative à l’ONU ? En quoi cela menace- la justice internationale ? Voici 10 choses à savoir sur le Conseil de la paix créé par Donald Trump.
1. À l’origine, le “plan de paix » américain à Gaza
Le Conseil de la paix a été évoqué pour la première fois en septembre 2025, lors de la présentation du “plan de paix” de Donald Trump visant à mettre un terme au conflit à Gaza. Ce plan de paix, en 20 points, incluait notamment :
- La mise en place d’un cessez-le-feu
- Le déploiement d’une force internationale
- La création d’un nouvel organe international dont la mission serait d’assurer un gouvernement “de transition” dans l’enclave de Gaza
Ce « plan de paix” a été adopté par le Conseil de sécurité des Nations unies le 17 novembre 2025.
Le Conseil de la paix quant à lui a été inauguré le 22 janvier 2026 lors du forum économique mondial aussi appelé le “Forum de Davos”. La charte fondatrice de cette nouvelle instance a été signée à Davos par Donald Trump qui, immédiatement après sa création, en a pris la présidence.
2. Un ticket d’entrée à 1 milliard de dollars
Dix-neuf Etats, parmi une soixantaine d’invités, ont à ce jour accepté l’invitation de Donald Trump et sont devenus officiellement membres de cet organe. On retrouve majoritairement des alliés ou des pays alignés sur la politique de Donald Trump : Arabie saoudite, Argentine, Arménie, Azerbaïdjan, Bahreïn, Bulgarie, Émirats arabes unis, États-Unis, Hongrie, Indonésie, Israël, Jordanie, Kazakhstan, Kosovo, Maroc, Mongolie, Ouzbékistan, Pakistan, Paraguay, Qatar, Salvador et Turquie. La première réunion du Conseil de la paix a eu lieu à Washington, le 19 février 2026.
Pour rejoindre de manière permanente le Conseil de la paix, les pays doivent s’acquitter d’un ticket d’entrée à 1 milliard de dollars. Un prix faramineux, qui va à l’encontre du système d’universalité, d’égalité entre les États et d’indépendance qui prévalait dans le système international de l’après-guerre.
La liste du Conseil exécutif de l’organisation a été rendue publique. Il est composé de proches de Donald Trump, dont Marco Rubio, le Secrétaire d’État des États-Unis ou Jared Kushner, conseiller et gendre de Donald Trump. D’autres chefs d’État ont été invités à participer comme Vladimir Poutine qui n’a à ce jour pas rejoint le Conseil.
3. Un outil aux mains de Donald Trump
La fonction présidentielle est au cœur du Conseil de la paix selon sa charte. Le Président du Conseil, Donald Trump, est le seul à pouvoir inviter des États à rejoindre le dispositif. Il est aussi le seul à pouvoir mettre fin à leur participation.
Il est également celui qui peut fixer les priorités et il dispose d’un droit de veto sur les décisions. Il est aussi celui qui peut désigner son successeur et ne peut être remplacé que pour incapacité ou démission volontaire. Le Conseil offre ainsi un pouvoir démesuré à la fonction présidentielle.
Un fonctionnement opposé au multilatéralisme des Nations unies
Contrairement au fonctionnement du Conseil de la paix, centralisé autour de son président, les Nations unies reposent sur le principe d’un État = une voix.
Les décisions de l’ONU ne relèvent pas d’une seule personne. Elles sont négociées collectivement et de manière démocratique, entre les États membres. Toutefois, il existe également un droit de veto accordé aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (la France, les États-Unis, la Russie, la Chine et le Royaume-Uni).
L’adhésion aux Nations unies n’est pas basée sur les capacités financières d’un pays. Elle répond au principe d’universalité et d’égalité entre les États.
4. Les Palestinien·nes écarté·es des décisions
La charte du Conseil de la paix ne mentionne aucunement Gaza. Pourtant, l’initiative avait été présentée comme dédiée au rétablissement de la paix dans l’enclave occupée par Israël.
En outre, aucun représentant palestinien n’a été invité par Donald Trump à faire partie du Conseil exécutif. Leur éviction de cet outil efface le rôle central des personnes concernées dans les prises de décision quant à l’avenir de Gaza.
L’avenir de Gaza semble ainsi placé dans les mains du président américain, sur qui reposent toutes les décisions du Conseil pour la paix.
5. Une menace pour les droits de la population palestinienne
Le Conseil de la paix se place en concurrence directe avec le Conseil de sécurité des Nations unies. Pourtant, ce dernier a voté des résolutions contraignantes concernant Israël et le territoire palestinien occupé, qui restent aujourd’hui en suspens. Il s’agit notamment des résolutions affirmant l’illégalité des colonies israéliennes, condamnant l’annexion de Jérusalem-Est et défendant le droit au retour des Palestinien·nes. Plus de 131 résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies traitant des violations du droit international commises par Israël depuis 1948 restent sans suite.
Les États membres du Conseil de sécurité, qui ont approuvé le plan de paix américain (à l’exception des absentions de la Russie et de la Chine), doivent faire preuve de cohérence ! Ils doivent mettre en œuvre les résolutions du Conseil de sécurité qui ne sont pas appliquées depuis plusieurs années. S’engager activement en faveur du plan de paix américain tout en ignorant des décennies de décisions contraignantes renforce l‘impunité et sape l’intégrité de l’ensemble du système juridique international.
6. Le fonctionnement flou de la Force de stabilisation internationale à Gaza
Le Conseil de la paix s’est doté du rôle de création d’une Force de stabilisation internationale dans l’enclave de Gaza. Une base militaire serait créée à Gaza pour que les États participants au Conseil de la paix puissent déployer du personnel de sécurité et militaire.
Cette force internationale pourrait compter 20 000 personnes. Le Conseil de sécurité de l’ONU a donné son feu vert en novembre 2025 pour sa création bien qu’il subsiste un flou sur les garanties en matière de droits humains et le cadre du droit international humanitaire qui devraient régir les opérations de cette force.
7. Un risque de participer aux violations du droit international commises par Israël
Le commandement de la Force de stabilisation internationale serait coassuré par les États-Unis et l’Indonésie en coopération avec les forces armées égyptiennes et israéliennes.
L’établissement d’une telle force en coopération avec l’armée israélienne soulève de nombreuses préoccupations alors qu’Israël commet un génocide dans la bande de Gaza occupée. C’est une preuve de plus de la déshumanisation des victimes palestiniennes et de leur effacement dans le “plan de paix” américain.
72 000
Palestinien·nes tué·es depuis le 7 octobre 2023 (chiffre sous-estimé)
80%
des infrastructures sont détruites ou gravement endommagées dans la bande de Gaza.
90%
de la population de la bande de Gaza est illégalement déplacée (soit 2,2 millions de personnes).
Coopérer avec l’armée israélienne facilite la poursuite des violations des droits des Palestinien·nes victimes du génocide à Gaza, du système d’apartheid et de l’occupation illégale de leur territoire.
Nous appelons à des garanties solides avant tout déploiement de cette force internationale à Gaza :
- Un mandat axé sur la protection de la population civile et conforme au droit international
- Une séparation totale des opérations et des renseignements avec l’armée israélienne
- Des lignes de conduite claires qui empêchent toute implication dans le maintien du système d’apartheid ou de l’occupation illégale d’Israël
- Un mécanisme de contrôle indépendant et transparent qui vise à empêcher la participation directe ou indirecte à de graves violations du droit international
Le rétablissement de l’aide humanitaire est la priorité à Gaza
Malgré une amélioration minime depuis le cessez-le-feu, Israël continue de restreindre gravement la circulation transfrontalière des personnes et des biens à destination et en provenance de la bande de Gaza. La situation humanitaire continue de se détériorer, aggravée par les conditions hivernales rigoureuses et l’absence prolongée de réhabilitation des infrastructures civiles essentielles comme les hôpitaux.
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8. Au-delà de Gaza, un mécanisme qui concurrence l’ONU
Le premier objectif affiché du Conseil de la paix est de résoudre le conflit à Gaza et de superviser le cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre 2025 dans la bande de Gaza occupée.
630 MORTS
et plus de 1500 Palestinien·nes blessé·es depuis le cessez-le-feu du 10 octobre 2025.
60%
de la bande de Gaza est devenue une zone interdite d’accès pour la population palestinienne depuis le cessez-le-feu.
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Mais si le Conseil de la paix a été créé dans l’intention de résoudre le conflit à Gaza, sa mission est en réalité bien plus large. La charte du Conseil de la paix ne fait par ailleurs aucune mention de Gaza. Elle démontre plutôt la volonté de l’administration Trump de créer un nouvel organe international de gestion des conflits. Ce qui correspond au mandat du Conseil de sécurité des Nations unies qui depuis 1945 a pour rôle de “maintenir la paix et d’assurer la sécurité internationale”.
Le Conseil de la paix est une organisation internationale qui vise à […] garantir une paix durable dans les régions touchées ou menacées par des conflits.
9. Une dangereuse atteinte au multilatéralisme
Le Conseil de la paix est présenté comme une alternative aux Nations unies qui n’auraient pas fonctionné selon les termes de Donald Trump lors de la première réunion du Conseil : “J’ai toujours pensé que les Nations unies avaient un potentiel formidable et ne l’utilisaient pas.”
La charte du Conseil de la paix est sans équivoque sur sa volonté de concurrencer le système international existant. Elle avance “la nécessité d’un organisme international de consolidation de la paix plus agile et plus efficace.” et “le courage de s’écarter des approches et des institutions qui ont trop souvent échoué« .
La création du Conseil de la paix s’inscrit dans un contexte d’escalade des attaques contre le droit international et les mécanismes des Nations unies. La création de systèmes alternatifs comme ce Conseil de la paix sape la légitimité des institutions internationales. Il laisse également craindre d’être basé sur de nouvelles règles qui font fi du droit international et des valeurs universelles des droits humains.
L’ordre mondial remis en cause par Donald Trump
Depuis le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis, les attaques contre le multilatéralisme et contre la justice internationale se multiplient :
- L’administration Trump a imposé des sanctions à la Cour pénale internationale après que cette dernière ai émis des mandats d’arrêt contre Benjamin Netanyahou et d’autres hauts dirigeants israéliens. Les États-Unis ont également imposé des sanctions contre la rapporteuse spéciale des Nations unies Francesca Albanese.
- L’enlèvement de Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores au Venezuela a marqué un tournant dans la violation du droit international. Donald Trump a affirmé par cette action qu’il érige la loi du plus fort au-dessus du droit international.
- Les attaques des Etats-Unis et d’Israël contre l’Iran le 28 février 2026 ont embrasé l’ensemble du Moyen-Orient. Quelques jours après les premiers bombardements, des centaines de victimes civiles étaient à déplorer dans la région, en violation du droit international. Cette escalade du conflit dans la région représente une grave menace pour le multilatéralisme, la paix et la sécurité mondiales.
- Les États-Unis se sont retirés d’organes internationaux comme le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, l’Organisation Mondiale de la Santé, le GIEC, l’UNESCO ou encore l’accord de Paris.
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La nécessaire réforme du Conseil de Sécurité de l’ONU
Si les Nations unies ont largement contribué depuis la Seconde Guerre mondiale à promouvoir et préserver la paix et le droit international, son système n’est pas parfait. Le Conseil de sécurité, en particulier, est souvent paralysé par l’usage du droit de veto par ses cinq membres permanents.
Amnesty International appelle à réformer le droit de veto, afin qu’il ne puisse plus bloquer les décisions visant à prévenir ou mettre fin à de graves crimes internationaux (génocide, crimes contre l’humanité, crimes de guerre)
Nous accueillons favorablement les initiatives en vue de réformer le recours au droit de veto comme celle de la France et du Mexique, permettant de l’outrepasser en cas d’atrocités de masse.
10. L’Union européenne doit défendre les Nations unies
Le Conseil de la paix représente une atteinte dangereuse au droit international. Il illustre la volonté de créer une structure décisionnelle parallèle qui contourne et sape les Nations unies et les institutions de la justice internationale.
L’Union européenne et ses États membres doivent être très clairs : le Conseil de la paix ne saurait se substituer à l’ONU, au cadre international relatif aux droits humains ni au système judiciaire mondial minutieusement mis en place au fil des décennies pour défendre les valeurs universelles, la coopération et l’égalité entre les États.
Si des pays comme la France, le Royaume-Uni le Canada ou l’Espagne ont refusé de rejoindre ce Conseil, l’Union européenne a assisté à la première réunion du 19 février en tant qu’observatrice, sans l’accord de ses États membres.
À l’heure où nous avons tant besoin des protections juridiques et de l’architecture humanitaire et des droits humains de l’ONU, l’Union européenne doit opposer une ferme résistance à toute initiative visant à les affaiblir.
La France doit mettre fin à l’impunité d’Israël !
Un génocide a lieu en direct sur nos écrans, sous le regard de nos dirigeants. La France doit passer aux actes !
