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Un détenu dans le Camp Delta de Guantanamo, juin 2004 © APGraphicsBank

Un détenu dans le Camp Delta de Guantanamo, juin 2004 © APGraphicsBank

Un détenu dans le Camp Delta de Guantanamo, juin 2004 © APGraphicsBank

Peine de mort et torture
récit

Il est plus que temps de fermer Guantánamo !

Le tristement célèbre centre de détention Guantánamo Bay « fête » ses 17 ans. Mohamedou Slahi, ancien détenu, témoigne de la torture et des humiliations subies au quotidien.

Je me souviens de ce jour, gravé à jamais dans ma mémoire, comme si c’était hier. Ce jour-là, qui remonte à plus de 17 ans, des agents de la police secrète m’ont emmené jusqu’à ma vieille voiture garée devant la maison de ma mère, en Mauritanie, et m’ont demandé de suivre leur véhicule discret sans plaque d’immatriculation. Un agent visiblement honteux attendait pour s’asseoir à côté de moi dans ma voiture.

Quand je suis sorti à la porte de ma mère, elle m’a arrêté. Elle avait senti que ces hommes étaient des agents par leur simple apparence. Elle avait peur pour moi. Même une personne apolitique comme ma mère arrivait à les repérer immanquablement.

« Je ne voulais pas qu’ils te trouvent », m’a dit le jeune agent assis à côté de moi dans la voiture. Je l’avais déjà rencontré. En 2000, alors que je rentrais en Mauritanie après un voyage au Canada, j’ai été arrêté au Sénégal pour des soupçons infondés à la demande du gouvernement américain.

Lorsque j’ai été transféré du Sénégal à la Mauritanie, ce jeune agent est devenu mon geôlier. Il m’a fait part de certaines difficultés qu’il rencontrait car son emploi ne suffisait pas à payer ses factures.

J’ai promis de l’aider si je sortais un jour de prison. Il m’a dit qu’il savait réparer des téléviseurs et régler les chaînes, et j’envisageais de lui trouver des clients et de renforcer ses compétences. La veille au soir de mon enlèvement devant le domicile de ma mère, j’avais fait appel à lui pour réparer mon propre téléviseur.

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Alors que nous nous éloignions à bord de ma voiture, j’ai vu dans le rétroviseur ma mère qui levait les doigts au ciel et récitait des prières. Je n’allais jamais la revoir, ni mon frère aîné, puisqu’ils sont décédés avant ma libération.

À l’époque, la prison de Guantánamo telle que nous la connaissons aujourd’hui n’existait pas. J’ai été transféré en Jordanie, puis à la base aérienne de Bagram, avant d’être envoyé au centre de détention de Guantánamo.

Afin d’obtenir des aveux de ma part, des agents américains m’ont soumis à la torture et à d’autres traitements cruels et inhumains. Comme si le fait de perdre ma liberté, ma source de revenu et d’être séparé de force de mes proches n’était pas déjà assez cruel.

J’allais encore subir des années de privation, de douleur et de souffrance avant de retrouver enfin ma famille à la fin de l’année 2016. Et plus de deux ans après ma libération, je suis toujours prisonnier dans mon propre pays, empêché de demander les soins médicaux dont j’ai absolument besoin à l’étranger car le gouvernement américain a ordonné aux autorités mauritaniennes de ne pas me fournir de passeport.

Tout cela a eu lieu au nom de la démocratie.

Au nom de la sécurité.

Au nom du peuple américain.

En partant du principe que seules quelques rares personnes méritent le respect des garanties prévues par la loi, la dignité et les droits humains, et que le reste de l’humanité est une cible légitime pour la plus puissante démocratie du monde.

J’estime que les États-Unis ont le droit et le devoir de protéger leurs citoyens, mais qu’ils ne devraient jamais le faire en dehors de l’état de droit qu’ils ont promis de faire respecter.

Je suis certainement la preuve vivante que les soupçons d’un gouvernement ne peuvent jamais servir de motif pour saper l’état de droit, pour lequel plusieurs générations se sont battues aux États-Unis.

J’en suis la preuve car les soupçons du gouvernement selon lesquels j’étais un criminel étaient totalement infondés. Je n’ai jamais été inculpé, et encore moins reconnu coupable, de la moindre infraction. Le seul juge indépendant que j’ai rencontré pendant mon calvaire a ordonné ma libération après avoir vu les éléments secrets qu’on ne m’a même pas laissé voir.

Les courageux militants d’Amnesty International ont reconnu que les non-Américains, eux aussi, ont le droit d’être traités avec dignité et de bénéficier de l’état de droit. Ils m’ont aidé activement, jusqu’à aujourd’hui. Ils ont contribué à faire connaître au monde mon côté de l’histoire, quand je restais emprisonné année après année, étouffé et criant dans l’obscurité.

Je leur serai toujours reconnaissant pour cela !

Il n’a jamais été et il n’est toujours pas courant de défendre les droits humains d’une personne accusée si celle-ci est considérée comme un « autre », et encore moins si les accusations ont trait au terrorisme.

Cependant, je dirais que c’est précisément pour cette raison qu’il ne faut pas laisser le champ libre à la violence des autorités uniquement à cause de la nature de l’accusation et de la situation de l’accusé. Ce n’est pas pour rien que les lynchages ont été condamnés et ont fini par être abandonnés.

Cela fait maintenant 17 ans qu’a ouvert cet enfer tristement célèbre qu’est Guantánamo Bay. La décence du bon peuple américain nécessite que son gouvernement ferme ce fichu lieu.

S’il vous plaît, fermez cette prison et traitez les personnes dans le respect de l’état de droit !

Dieux vous bénisse tous !

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