Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Jordanie en 2025.
Les autorités ont restreint les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique. Des militant·e·s et des opposant·e·s ont fait l’objet de poursuites et de détentions arbitraires. Les femmes et les filles ont cette année encore subi des discriminations en droit et dans la pratique. Des coupes budgétaires ont détérioré les conditions de vie des personnes réfugiées ou demandeuses d’asile. De graves pénuries d’eau ont encore entravé l’accès aux droits économiques et sociaux.
Liberté d’expression et de réunion
Les autorités ont arbitrairement restreint l’expression en ligne et hors ligne. En avril, les forces de sécurité ont arrêté le militant Adnan Abou Arkoub pour avoir scandé des slogans lors d’une manifestation de soutien à Gaza. Il a été placé en détention administrative pendant plus de cinq mois sans avoir été officiellement inculpé.
En mai, la Commission jordanienne des médias, organe officiel de régulation, a bloqué 12 sites Internet de médias locaux et étrangers, pour « propagation de poison médiatique et attaque de la Jordanie et de ses symboles nationaux ».
En septembre, la Cour de sûreté de l’État a confirmé la culpabilité du militant politique Ayman Sanduka et la peine de cinq ans de prison prononcée contre lui pour un message à l’attention du roi publié sur Facebook, dans lequel il critiquait la relation entretenue par la Jordanie avec Israël. Il avait été déclaré coupable d’« incitation à s’opposer au régime politique ».
Les autorités ont continué de restreindre le droit de réunion pacifique. Elles ont arrêté arbitrairement des personnes qui protestaient contre la politique du gouvernement à l’égard d’Israël et refusé d’autoriser plusieurs manifestations.
Liberté d’association
Les organisations de la société civile demeuraient confrontées à de nombreuses restrictions, notamment l’obligation de s’enregistrer et d’obtenir l’approbation préalable du gouvernement, ainsi que le contrôle strict de leurs financements étrangers.
En avril, la Jordanie a annoncé sa décision d’interdire les activités des Frères musulmans, association islamiste dissoute, de fermer ses bureaux et de confisquer ses avoirs.
Détention arbitraire
Des milliers de personnes ont été placées ou maintenues en détention administrative arbitraire sans inculpation ni jugement, les gouvernements locaux continuant d’invoquer la loi de 1954 relative à la prévention de la criminalité pour incarcérer toute personne considérée comme un « danger pour la population ». Les détenu·e·s ne disposaient d’aucun organe judiciaire auprès duquel contester la légalité de leur détention.
En juillet, la militante Bushra al Absi a été maintenue en détention administrative pendant 12 jours. Elle n’a été informée d’aucun chef d’inculpation retenu contre elle, mais a été interrogée au sujet de ses communications avec des groupes organisant des manifestations de solidarité avec Gaza. Elle a déclaré à Amnesty International qu’elle avait été maltraitée et placée en détention à l’isolement pour avoir fait une grève de la faim.
Droits des femmes et des filles
Les femmes faisaient toujours l’objet de discrimination en droit et en pratique, notamment en matière de mariage, de divorce et de garde des enfants. Elles étaient également soumises à une tutelle masculine obligatoire dans certains domaines personnels et administratifs, ce qui limitait leur autonomie.
En mars, la chambre basse du Parlement a approuvé des modifications importantes du droit du travail, notamment l’allongement du congé maternité rémunéré de 10 semaines à 90 jours consécutifs. Ces modifications ont également interdit le licenciement des employées enceintes à tout stade de leur grossesse, remplaçant la disposition précédente qui ne protégeait les femmes qu’après six mois de grossesse. Ce projet de loi devait encore être approuvé par la chambre haute et ratifié par le roi avant de pouvoir entrer en vigueur.
Les femmes étaient toujours sous-représentées dans les postes gouvernementaux en raison de normes de genre restrictives et d’inégalités systémiques. Selon le Rapport de 2025 sur les inégalités femmes-hommes dans le monde publié par le Forum économique mondial, les écarts structurels persistaient, les hommes étant près de quatre fois plus présents que les femmes sur le marché du travail.
Droits des personnes réfugiées ou migrantes
Selon le HCR, environ 75 500 réfugié·e·s syriens ont quitté la Jordanie entre décembre 2024 et mai 2025 pour retourner en Syrie.
En août, toujours selon le HCR, la Jordanie accueillait environ 506 000 personnes réfugiées et demandeuses d’asile, dont la majorité provenait de Syrie, mais d’autres d’Irak, du Yémen, du Soudan et d’autres pays. La Jordanie accueillait également plus de 2,39 millions de réfugié·e·s palestiniens enregistrés auprès de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient, dont la plupart résidaient depuis longtemps dans le pays.
Les coupes budgétaires, et notamment la diminution de l’aide financière des États-Unis, ont gravement affecté les services aux personnes réfugiées, ce qui a entraîné la réduction ou la suspension de programmes essentiels dans des domaines tels que les soins de santé primaires, l’éducation et la protection. Selon le HCR, environ 43 000 réfugié·e·s risquaient de perdre leur accès aux soins de santé primaires et à une aide financière, tandis que 335 000 femmes en âge de procréer étaient susceptibles de ne pas bénéficier de services maternels essentiels.
En janvier, le salaire minimum mensuel est passé de 260 à 290 dinars jordaniens par mois (soit environ de 367 à 409 dollars des États-Unis). Cependant, cette augmentation ne s’appliquait pas à certains groupes, tels que les travailleuses et travailleurs domestiques migrants et les employé·e·s des secteurs de l’habillement et de l’exportation, dont la majorité étaient aussi des migrant·e·s. Le salaire minimum des travailleuses et travailleurs migrants, régi par un accord sectoriel distinct, n’a pas augmenté.
Droit à l’eau
La Jordanie subissait toujours l’une des pires crises hydriques au monde. La disponibilité en eau par personne est tombée à environ 60 m³ par an, une quantité bien inférieure au seuil de « rareté absolue » fixé à 500 m³ par an. Cette pénurie compromettait les droits à l’eau, à la santé et à un niveau de vie suffisant, et affectait de manière disproportionnée les populations rurales, les personnes réfugiées et les ménages à faible revenu. Des études scientifiques prévoyaient une intensification des sécheresses en raison du changement climatique.
Droit à un environnement sain
La Banque mondiale a constaté que le projet d’élimination progressive des hydrochlorofluorocarbones (de puissants gaz à effet de serre) mené avec son soutien avait permis à la Jordanie de réduire sa consommation de 87 %.
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