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Bienvenue à Commercy - Meuse

Armes

la France, terre d'accueil

En toute impunité et en flagrante contradiction avec ses engagements internationaux, la France fournit des armes à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, pays engagés dans le conflit au Yémen. Conflit qualifié de la pire catastrophe humanitaire au monde par l’ONU.

En lien avec notre campagne « Silence on arme », nous avons mené une enquête inédite qui révèle la manière dont la France va un cran plus loin, en permettant à des militaires saoudiens de venir se former sur le sol français.

L’enquête inédite menée par Audrey Lebel pour notre magazine d'information La Chronique détaille la manière dont la France a favorisé et soutenu financièrement comme politiquement l’implantation, sur notre territoire, d’un campus destiné à former des militaires saoudiens. 

La formation est un pan moins connu de la question du commerce mais elle en fait bien partie. Aymeric Elluin, notre chargé de plaidoyer Armes, revient sur les lois internationales qui régissent le commerce des armes et la façon dont elles sont sans cesse contournées. 

Notre enquête donne la parole à des députés qui dénoncent le manque de transparence de l'État et l'absence de contrôle de notre Parlement sur le commerce des armes. Ils racontent comment on les a dissuadé de s’en mêler.

Bienvenue à Commercy : nos amis les soldats Saoudiens

- Enquête réalisée par Audrey Lebel - journaliste pour La Chronique

En France, on s’apprête à former des militaires saoudiens au maniement de la dernière version d’armes, déjà utilisées dans le conflit au Yémen. Grâce à un centre de formation flambant neuf, implanté en Meuse avec de l’argent du contribuable français, et en violation des traités internationaux. Une enquête d‘Audrey Lebel pour La Chronique.

Commercy, commune de la Meuse de 6 000 habitants. Ses madeleines, son château Stanislas, ses soldats saoudiens. 

Bienvenue en région Grand Est, où tout a été mis au point pour recevoir, dans les conditions d’un quatre étoiles, des militaires du royaume wahhabite. Celui-là même qui mène, depuis 2015, une guerre au Yémen contre les forces houthis soutenues par l’Iran. Plus de cinq ans après le début de l’offensive, ce conflit, qualifié par les Nations unies de « la pire catastrophe humanitaire au monde », a fait plus de 230 000 morts.

Ce qui n’a pas empêché notre pays d’accueillir sur son sol, à coup de subventions et d’aides de toutes sortes, une entreprise qui fabrique des armes impliquées dans ce conflit. Armes sur lesquelles des militaires saoudiens doivent venir se former. L’entreprise belge John Cockerill devait, en échange, dit-on, booster l’économie locale. 

Il n’y a pas eu d’appel d’offre pour réinstaller une activité sur le terrain.

— Bernard Muller, ancien maire de Commercy

Terrains de manœuvre

Tout commence en 2011. Bernard Serin, le PDG du groupe John Cockerill, informe Gérard Longuet, alors ministre de la Défense, que son entreprise d’armement est bien placée pour décrocher un juteux contrat militaire avec un pays du Golfe. « C’est une longue et vieille affaire, confirme Gérard Longuet. Bernard Serin m’a dit «J’aurai peut-être besoin d’un site pour accueillir des stagiaires sur du matériel militaire que j’ai l’intention de vendre. Mais il me faut la possibilité d’utiliser des terrains de manœuvre français pour essayer de vendre le matériel.». Et de poursuivre. « Je l’ai branché sur le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Ract-Madoux. Je lui ai dit de l’appeler ». En échange de quoi ? « Le deal c’était, il rénove, il rachète le bâtiment pour en faire son centre de formation et, en contrepartie, l’armée de terre lui concède l’utilisation des terrains de manœuvre dans des conditions limitées, précises, financières ». Dès 2012, la société est assurée de pouvoir mener ses activités de tirs réels sur ces terrains de manœuvre à Suippes, en Champagne. Sur le site de Commercy, il est prévu de former, en salles de classes et sur simulateurs, des militaires saoudiens au maniement de tourelles-canons Cockerill (cf. schéma). « Il n’y a pas eu d’appel d’offre pour réinstaller une activité sur le terrain, témoigne Bernard Muller, ancien maire et ancien Président de la communauté des communes de Commercy. Vous savez, au ministère de la Défense, il y a des tractations en permanence avec des entreprises pour les installer ».

Gérard Longuet reconnaît avoir œuvré pour que l’entreprise John Cockerill, détenue à 80 % par son ami de vingt-cinq ans Bernard Serin, puisse s’implanter dans la Meuse. Il ne s’en cache pas. Il est fier d’avoir participé à la reconversion du Bassin de Commercy, « un projet pour lequel je me suis personnellement beaucoup impliqué », déclare-t-il lors d’un débat public le 25 juin 2013. Il se vante : « Là encore, les relations que je nouais en Lorraine et au ministère de la Défense ont été décisives ». Encore aujourd’hui, le sénateur assume pleinement avoir joué un rôle crucial : « Je vous le dis pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté. Si jamais mes relations avec des industriels de ce secteur me permettaient d’ouvrir une porte au bénéfice de la Meuse, je le ferais immédiatement ».

Campus John Cockerill à Commercy. © DR

Campus John Cockerill à Commercy. © DR

Commercy, une occasion en or pour Cockerill

Il est vrai qu’à Commercy, l’arrivée d’un industriel est perçue comme une aubaine pour l’économie locale. La commune va être touchée de plein fouet par la dissolution du 8e régiment d’artillerie (RA), installé depuis 1964 dans la cité meusienne, avec une perte de 13,7 % de sa population totale. Le site militaire, le quartier Oudinot, bientôt désert, semble tout indiqué. Lors d’une allocution au Sénat en novembre 2012, George Pau-Langevin, alors ministre déléguée auprès du ministre de l’Éducation nationale, chargée de la réussite éducative, l’évoque avec enthousiasme : « Le groupe Cockerill (…) est en pourparlers avec le ministère de la Défense afin d’étudier l’opportunité et la faisabilité, sur le site de Commercy, d’un centre de formation de tireurs canons et de mécaniciens de tourelles dans le cadre d’une assistance à l’exportation de matériels militaires ». Pour compenser la perte de 849 emplois que va entraîner la disparition du 8e RA de Commercy, l’État débloque, en juillet 2011, une somme exceptionnelle de 14,3 millions d’euros. Le contrat de développement économique (CDE), par le biais duquel vont être distribués ces millions, est signé à Commercy, le 18 juillet 2011, en présence du ministre de la Défense, Gérard Longuet. CDE qu’il dit « avoir accéléré ». Parmi les heureux gagnants des millions octroyés ? Cockerill. L’entreprise d’armement se voit offrir un million d’euros grâce au CDE de Commercy, alors même que, selon la Cour des comptes, le plafond des aides est normalement fixé à 600 000 e