Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains aux Émirats Arabes Unis en 2025.
Des dizaines de personnes jugées dans le cadre d’un procès collectif, dont des défenseur·e·s des droits humains, ont vu leurs condamnations à de longues peines d’emprisonnement pour terrorisme confirmées par la Cour d’appel fédérale, malgré des violations de leur droit à un procès équitable. D’autres personnes ont été condamnées à nouveau alors qu’elles avaient bénéficié d’un non-lieu en appel dans le cadre du même procès. Des opposant·e·s politiques et des militant·e·s ont été soumis à des disparitions forcées et des détentions arbitraires. Les autorités de Dubaï ont pris des mesures de lutte contre les appartements fractionnés, logement habituel des travailleuses et travailleurs peu qualifiés, procédant à de nombreuses expulsions qui ont aggravé les conditions de vie précaires des locataires. La production de combustibles fossiles a continué d’augmenter. La peine de mort était toujours en vigueur et des exécutions ont eu lieu.
Procès inéquitables
En mars, la Cour d’appel fédérale d’Abou Dhabi a confirmé la déclaration de culpabilité et la condamnation à de longues peines de prison de 53 accusé·e·s, dont le défenseur des droits humains et blogueur Ahmed Mansour et l’universitaire Nasser Bin Ghaith. La décision n’était pas susceptible de recours. Ces accusé·e·s figuraient parmi au moins 84 personnes ayant fait l’objet, en 2023, d’un procès collectif lors duquel leur droit à une procédure équitable avait été bafoué de manière flagrante et qui avait abouti à des peines comprises entre 10 ans d’emprisonnement et la réclusion à perpétuité. Les 53 personnes ont été condamnées au titre de la Loi relative à la lutte contre le terrorisme pour avoir formé un groupe de défense des droits humains en 2010 et signé une pétition appelant à des réformes en 2011.
En juin, après avoir annulé la décision de la Cour d’appel de prononcer un non-lieu pour 24 des 84 personnes jugées, la Cour suprême fédérale les a rejugées, de nouveau déclarées coupables et condamnées à la réclusion à perpétuité. Au total, 67 des 84 accusé·e·s initiaux ont été condamnés à perpétuité.
Détention arbitraire
Le 8 janvier, les autorités libanaises ont extradé le poète égypto-turc Abdul Rahman Al Qaradawi vers les Émirats arabes unis, après l’avoir arrêté en décembre 2024 à la frontière libano-syrienne. Les Émirats leur avaient demandé de l’extrader pour « atteinte à la sécurité publique », « diffusion de fausses informations » et « incitation à l’agitation sociale » à la suite d’une vidéo qu’il avait publiée sur les réseaux sociaux alors qu’il se trouvait en Syrie, dans laquelle il critiquait les autorités égyptiennes, émiriennes et saoudiennes. À son arrivée aux Émirats arabes unis, Abdul Rahman Al Qaradawi a été soumis à une disparition forcée et privé de tout contact avec ses avocat·e·s et sa famille, situation qui perdurait à la fin de l’année1. En mars, un groupe d’expert·e·s indépendants dans le domaine des droits humains nommés par le Conseil des droits de l’homme [ONU] a exprimé sa profonde préoccupation face au manque d’informations concernant son sort, le lieu où il se trouvait et sa sécurité.
Le 19 janvier, les autorités émiriennes ont arrêté Mohammed Farouk Salman, militant politique soudanais et membre influent de l’Alliance nationale soudanaise, à l’aéroport international de Dubaï. Elles n’ont fourni aucun motif pour son arrestation et l’ont empêché de communiquer avec un·e avocat·e et avec sa famille. À la fin de l’année, le militant était toujours soumis à une disparition forcée.
Transferts d’armes irresponsables
En mars, devant la Cour internationale de Justice (CIJ), le Soudan a accusé les Émirats arabes unis d’avoir violé la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide en apportant un soutien financier, militaire et politique aux Forces d’appui rapide (FAR), un groupe paramilitaire rebelle en conflit avec les Forces armées soudanaises. En mai, la CIJ a jugé la requête irrecevable au motif qu’elle ne relevait pas de sa compétence.
En mai également, une enquête publiée par Amnesty International a révélé que les Émirats arabes unis avaient enfreint l’embargo sur les armes décrété par le Conseil de sécurité de l’ONU à l’encontre du Darfour, au Soudan. L’analyse de photos et de vidéos montrant les conséquences des attaques des FAR, qui ont tué au moins 13 personnes, a permis d’identifier l’utilisation de bombes guidées et d’obusiers chinois. Amnesty International a conclu que ces armes, fabriquées par une société de défense appartenant à l’État chinois, avaient très probablement été réexportées au Soudan par les Émirats arabes unis2.
Droits des travailleuses et travailleurs
Le système de parrainage (kafala) continuait de lier les travailleuses et travailleurs migrants à leurs employeurs·euses, ce qui limitait fortement leur mobilité professionnelle et les exposait à des atteintes systémiques à leurs droits (vols de salaires, horaires de travail excessifs, lourd endettement dû aux frais de recrutement). Malgré certaines protections juridiques, la loi était toujours peu respectée et ces personnes restaient privées du droit de former des syndicats ou de se réunir pacifiquement.
En juin, une défenseure des droits humains de nationalité indienne qui travaillait pour une organisation enquêtant sur les atteintes aux droits des travailleuses et travailleurs migrants dans les pays du Golfe a été détenue arbitrairement et maltraitée alors qu’elle transitait par Dubaï. Elle a finalement été libérée sans avoir été informée des motifs juridiques de sa disparition forcée.
En juillet, à Dubaï, la répression contre les appartements fractionnés, logement habituel des travailleuses et travailleurs peu qualifiés, a entraîné de nombreuses expulsions qui ont aggravé les conditions de vie déjà précaires des locataires et mis en évidence le manque de détermination du gouvernement à leur fournir un logement sûr et adéquat ainsi qu’une protection sociale.
Droits des enfants
À la suite d’une visite aux Émirats arabes unis, la rapporteuse spéciale de l’ONU sur la vente et l’exploitation sexuelle d’enfants a déclaré en avril que le gouvernement pourrait prendre plus de mesures pour encourager le signalement des violences sexuelles et autres formes de violence commises contre des mineur·e·s.
Droit à un environnement sain
L’Indice de performance climatique a classé les Émirats arabes unis parmi les pays ayant les plus mauvais résultats, notamment en raison du niveau élevé de leur consommation énergétique et de leurs émissions de gaz à effet de serre. Les Émirats ont accéléré leurs projets d’augmentation de la production de pétrole et de gaz, malgré les effets néfastes du changement climatique causé par les activités humaines.
Peine de mort
Les Émirats arabes unis n’ont pas aboli la peine de mort et ont repris les exécutions après une interruption de plusieurs années. De graves préoccupations persistaient quant à l’équité des procès.
Depuis plus de 60 ans, Amnesty International met en lumière la situation des droits humains dans le monde.
Chaque année, nos équipes enquêtent en toute indépendance et impartialité, et publient leurs conclusions dans un rapport annuel de référence.
Un rapport de plus de 500 pages qui alerte.
Un rapport qui sonne comme un signal d’alarme face aux violations des droits humains.
Un rapport qui dérange celles et ceux qui agissent dans l’ombre.
Un rapport qui rend hommage aux journalistes, aux militants et militantes et aux défenseur·es des droits humains qui luttent avec courage.
Un rapport qui incarne la force de notre travail, qui permet d’établir des faits, de lutter contre les violations des droits humains partout dans le monde. Et qui donne des clés pour résister.
Nous sommes le plus grand mouvement mondial pour les droits humains.
Notre seul camp, les droits humains.
