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Actualité

Conflits armés : l’ONU doit garantir la protection des enfants !

Dans un rapport publié le 9 juin par les Nations Unies sur le sort des enfants en temps de conflit armé, les chiffres concernant l’impact des conflits armés sur les enfants et les violations commises sont alarmants.

Alors que le rapport dénonce les États et groupes armés qui s’avèrent responsables de violations des droits des enfants, l’Arabie Saoudite est étrangement absente de la liste.

Une situation édifiante

Les violations recensées dans ce rapport font état de pratiques qui sont en totale violation des droits de l’enfant : recrutement et utilisation d’enfants, meurtre et atteinte à l’intégrité physique d’enfants, viol et autres actes de violences sexuelles sur des enfants, attaques d’établissement scolaires, d’hôpitaux, et de membres du personnel protégé (médecins, enseignants, personnel éducatif,…), enlèvement d’enfants. Ainsi, l’ONU fait état de 25 000 violations graves vérifiées commises contres des enfants, dont près de 24 422 violations entre janvier et décembre 2019. Sur ces cas, 7747 enfants, dont certains n’avaient pas plus de 6 ans, ont été recrutés et utilisés, notamment par des acteurs non étatiques pour 90% d’entre-eux. En parallèle, il s’avère que 4019 enfants ont été tués et 6154 grièvement blessés. Selon le rapport, c’est notamment en Afghanistan que le conflit est le plus meurtrier pour les enfants, avec une augmentation de 67% d’attentats-suicides et d’attaques. Le Mali est aussi catégorisé comme l’un des pays où le nombre de victimes parmi les enfants est sans précédent, et tout particulièrement la région de Mopti. Le Myanmar, l’Irak et les Philippines ne sont pas en reste et, du fait des conflits armés, le nombre d’enfants victimes est particulièrement important.

En parallèle, les attaques contre les écoles et les hôpitaux sont particulièrement nombreuses en Syrie, Afghanistan, Somalie, de même qu’à Gaza et en Israël. A cela s’ajoutent les quelques 4400 cas de refus d’accès humanitaire à des enfants. Un chiffre en forte hausse par rapport à 2018, et qui incrimine principalement le Yémen, le Mali, la République centrafricaine et la République arabe syrienne. D’autres violations envers les enfants sont constatées comme les viols et autres formes de violence sexuelle qui continuent d’être très largement passées sous silence. L’ONU indique avoir vérifié 735 cas, notamment en République démocratique du Congo, en Somalie, en République centrafricaine, au Soudan et au Soudan du Sud. Fait alarmant, le nombre de cas attribués à des acteurs étatiques a presque doublé, renforçant la crainte de représailles et de stigmatisation des enfants et des familles enclins à signaler des violences sexuelles. Ces violences sexuelles, y compris le viol, le viol collectif, l’esclavage sexuel et le mariage forcé, restent dans beaucoup de conflits une tactique de guerre et un sujet tabou, qui touche les filles de manière disproportionnée.

Par ailleurs, l’ONU a vérifié 1683 enlèvements d’enfants, dont plus de 95 % ont été le fait d’acteurs non étatiques, principalement en Somalie, en République démocratique du Congo et au Nigéria, pays sur lequel nous avons publié un rapport en mai 2020 afin de dénoncer les générations d’enfants sacrifiés par le conflit dans le nord-est du pays.

L’Arabie Saoudite, invisible dans ce rapport

Si ce rapport permet de dénoncer les violations des droits des enfants de nombreux pays, il ne fait toutefois aucunement mention de l’Arabie Saoudite. En effet, celle-ci a été intégralement supprimée de la liste des États et des groupes armés en guerre à travers le monde responsables de violations des droits des enfants. Cette décision récente du Secrétaire général de l’ONU de retirer l’Arabie saoudite de la liste des États est le signe le plus évident que le système onusien ne parvient pas à protéger les enfants dans les conflits armés.

Pourtant c’est bien la coalition menée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis qui ont fait pleuvoir un déluge de bombes sur les enfants yéménites alors qu’ils voyageaient en car scolaire et sur leur maison pendant qu’ils dormaient, de même qu’elle a utilisé des bombes à sous-munitions interdites par la réglementation internationale qui pourront mutiler et tuer des enfants pour bien des années encore. Nos équipes ont également recueilli des informations sur des cas de viols et de violences sexuelles sur des enfants de la part de membres de groupes armés affiliés à la coalition. Pour rappel, selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), le nombre d’enfants mal nourris pourrait atteindre 2,4 millions d’ici la fin de l’année 2020. Après des années de conflits, le système de santé est au bord de l’effondrement, seule la moitié des établissements de santé sont opérationnels et les pénuries sont énormes.

Si, en 2015, l’Arabie saoudite avait été incluse dans le rapport sur les enfants dans les conflits armés pour des violations commises durant la guerre au Yémen, elle a été enlevée du rapport en 2016 par le Secrétaire général de l’époque Ban Ki-moon. Et bien qu’il ait ensuite publiquement dénoncé l’Arabie saoudite, affirmant qu’elle avait, de fait, exercé un chantage sur l’ONU en menaçant d’arrêter de financer des programmes de l’organisation, son rôle dans la mise en danger des enfants yéménites a été minimisé dans les rapports publiés en 2017 et 2018.

Transparence de l’ONU

Au cours des cinq dernières années, nous avons rendu compte de manière approfondie de la manière dont toutes les parties au conflit au Yémen ont perpétré des atteintes au droit international humanitaire, notamment de probables crimes de guerre, contre des enfants et d’autres populations civiles. Nous poursuivons notre travail et examinons de manière spécifique comment les conflits armés ont des conséquences sur les enfants. Au-delà du Yémen, nous poursuivons la surveillance de ces impacts sur les enfants dans les conflits au nord de l’Irak, dans le nord-est du Nigeria et ailleurs dans le monde.

Le 22 juin 2020, nous avons avec une vingtaine d’ONG envoyé une lettre au Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, afin qu’il réexamine le retrait dans ce rapport de l’Arabie saoudite et de la Tatmadaw du Myanmar. Nous demandons que cet examen soit complet, indépendant et transparent. En effet, nous pensons que les omissions décrites sont importantes et portent gravement atteinte à la crédibilité du rapport et au mandat concernant les enfants et les conflits armés. Faute d'une liste précise et fondée sur des preuves, le Conseil de sécurité est entravé dans ses efforts pour protéger les enfants et tenir les auteurs responsables.

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