Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en République Centrafricaine en 2025.
Les forces gouvernementales, leurs alliés et des groupes armés ont, cette année encore, perpétré des attaques et des homicides illégaux. Les violences fondées sur le genre liées au conflit demeuraient courantes, tandis que les services de soutien se sont raréfiés. Les progrès accomplis dans la lutte contre l’impunité ont été sapés par la non-exécution de plusieurs mandats d’arrêt. Les autorités ont restreint le droit à la liberté d’expression. Un comité de l’ONU a appelé à renforcer les mesures de protection contre les disparitions forcées. Les prisons étaient toujours extrêmement surpeuplées.
Contexte
Les efforts de paix se sont poursuivis sous la forme d’un dialogue intermittent avec les groupes armés. Au 31 mai, le pays comptait environ 446 722 personnes déplacées.
Le président, Faustin-Archange Touadéra, a brigué un troisième mandat lors de l’élection de décembre.
Attaques et homicides illégaux
Forces gouvernementales et leurs alliés
La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) a signalé que, le 21 janvier, des membres de la milice Wagner Ti Azandé avaient encerclé un camp abritant des Peul·e·s, près de la ville de Mboki (préfecture du Haut-Mbomou). Ils ont séparé les hommes des femmes et des enfants et, le lendemain, ils ont tiré sur les hommes, puis sur les femmes et les enfants, tuant au moins 12 personnes, dont six enfants. Plusieurs membres de Wagner Ti Azandé, dont des chefs, ont été arrêtés pour ces homicides.
En avril, les forces gouvernementales et des unités alliées auraient arrêté et torturé des civil·e·s et incendié une vingtaine de maisons lors d’opérations contre des anti-balaka à Yadé (préfecture de l’Ouham-Pendé), et aux alentours.
Groupes armés
Selon le rapport de juin du secrétaire général de l’ONU, des groupes armés ont commis de très nombreuses atteintes aux droits humains dans tout le pays. Entre le 14 février et le 9 mars, près de Bozoum (préfecture de l’Ouham-Pendé), des affrontements entre des éleveurs transhumants, des membres présumés du groupe armé Retour, réclamation et réhabilitation (3R) et des groupes d’autodéfense locaux ont tué au moins 20 civil·e·s et en ont déplacé environ 10 000.
Entre le 25 et le 28 février, des attaques de 3R dans la préfecture de Lim-Pendé, le long de l’axe Nzoro-Bocaranga-Bohong, ont fait 13 morts parmi la population civile et donné lieu à l’incendie de centaines de logements. Pendant ce temps, des membres des anti-balaka et de 3R se trouvant à proximité de sites miniers et de couloirs de transhumance ont perpétré des homicides, des enlèvements et des extorsions à l’encontre de civil·e·s.
Entre le 27 mars et le 6 mai, dans les villes de Mboki, d’Obo et de Zémio (préfecture du Haut-Mbomou), des membres présumés d’Azandé Ani Kpi Gbé ont pris pour cible des civil·e·s de la communauté peule. Ils ont tué deux femmes et deux enfants et enlevé une autre personne. Le 28 mars, ils ont tendu une embuscade à une patrouille de la MINUSCA près du village de Tabane et tué un casque bleu kenyan.
Droits des femmes et des filles
En mai, le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) a déclaré que la diminution de l’aide publique accordée par les États-Unis avait compromis l’accès de près de 70 000 femmes et filles aux services de santé sexuelle et reproductive, alors que les signalements de viols, de mariages d’enfant et de mutilations génitales féminines étaient fréquents.
Violences fondées sur le genre
Selon l’ONU, les violences fondées sur le genre liées au conflit restaient très fréquentes et le nombre de cas signalés était largement en deçà de la réalité. Entre le 2 février et le 1er octobre, la MINUSCA a enregistré 295 cas de violences sexuelles liées au conflit, dont la majorité avaient été perpétrées par des membres de 3R, suivis des forces gouvernementales.
Les signalements de violences sexuelles, de traite d’êtres humains et de mariage forcé se sont multipliés dans le camp pour personnes réfugiées de Korsi, à Birao. Moins d’un tiers des victimes ont bénéficié de soins médicaux ou psychosociaux dans les 72 heures. Les réductions budgétaires ont entraîné la fermeture de deux centres de santé pour les victimes de ce genre de violences qui fonctionnaient grâce à l’appui du FNUAP.
Droit à la vérité, à la justice et à des réparations
En février, Armel Sayo, ancien chef du groupe armé Révolution et justice, a été inculpé de rébellion, crimes de guerre et crimes contre l’humanité en rapport avec les activités de la Coalition militaire pour le salut du peuple et le redressement, un groupe armé qu’il avait créé en 2024. La MINUSCA a indiqué en juillet qu’il était détenu dans un lieu tenu secret et, à la fin de l’année, il n’avait pas encore été jugé.
En juin, la Cour pénale spéciale a déclaré six anciens membres du groupe armé Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique coupables de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre. Quatre d’entre eux ont été jugés en leur absence, ce qui mettait en lumière le fait que les mandats d’arrêt n’étaient souvent pas exécutés.
En juillet, les juges de la CPI ont condamné les anciens dirigeants anti-balaka Alfred Yékatom et Patrice-Edouard Ngaïssona à 15 et 12 ans de prison, respectivement, pour plusieurs crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en 2013 et 2014.
Liberté d’expression
Selon Reporters sans frontières, le directeur de publication Ulrich Landry Nguéma Ngokpélé a été arrêté le 8 mai et transféré à la prison de Ngaragba le 14 mai pour un article qu’il avait publié au sujet du retour présumé dans le pays de l’ancien président en exil François Bozizé. Les charges retenues contre lui étaient notamment « l’incitation à la haine contre le gouvernement » et la « diffusion [d’]informations tendant à causer des troubles à l’ordre public ». Il encourait jusqu’à 15 ans d’emprisonnement. Il a été libéré à titre provisoire en août. En mai, l’Assemblée nationale a adopté une loi remaniée sur la presse et la communication. Selon le ministre de la Communication, ce texte allait moderniser, encadrer et protéger le secteur. Les professionnel·le·s des médias l’ont dénoncé comme étant une tentative de museler la presse, de réintroduire des sanctions pénales indues et d’étendre la responsabilité juridique aux rédacteurs et rédactrices en chef et aux directeurs et directrices de publication.
Disparitions forcées
Le Comité des disparitions forcées [ONU] a examiné le premier rapport périodique de la République centrafricaine en mars. Il a recommandé aux autorités de faire de la disparition forcée une infraction autonome, conformément à la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées. Il a également exhorté l’État à mettre en place une surveillance indépendante de tous les lieux de détention, à diligenter des enquêtes impartiales dans les meilleurs délais, à assurer la protection des plaignant·e·s et des témoins, et à garantir pleinement le droit des victimes à la vérité, à la justice et à des réparations.
Conditions de détention inhumaines
Selon le rapport de juin du secrétaire général de l’ONU, l’accès aux soins médicaux, à la nourriture et à l’eau demeurait limité dans les prisons en raison de pénuries de personnel et de moyens. La surpopulation s’est aggravée. Selon les observations de l’ONU, la prison centrale de Ngaragba était à 329 % de sa capacité d’accueil et plus de 65 % des personnes qui y étaient incarcérées se trouvaient en détention provisoire. Face à ces chiffres, un décret présidentiel a été promulgué en novembre pour réduire la peine de certains prisonniers·ères.
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