Mali

Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains au Mali en 2025.

Les autorités ont restreint encore davantage les droits à la liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association. Des opposant·e·s politiques et des membres de la société civile ont été arrêtés et détenus arbitrairement ou soumis à une disparition forcée. Les forces gouvernementales, leurs alliés et des groupes armés ont perpétré des attaques et des homicides illégaux contre des civil·e·s. Des groupes armés ont imposé des blocus dans plusieurs villes. Au moins 2 036 écoles étaient fermées en raison du conflit.

Contexte

À la suite de l’échec d’un processus de paix antérieur boycotté par les partis politiques, la société civile et certains groupes armés, les autorités ont élaboré en février la Charte nationale pour la paix et la réconciliation. En avril, la période de transition politique instaurée après le coup d’État militaire de 2020 a été prolongée de cinq ans.

En juin, le groupe Wagner, une entreprise militaire privée, a été remplacé par l’Africa Corps, organisation placée sous le contrôle du ministère russe de la Défense, dans le cadre d’un partenariat conclu avec le Mali dans le domaine de la sécurité.

En août, les autorités ont déclaré avoir déjoué un coup d’État militaire et arrêté plusieurs officiers et officières de l’armée ainsi qu’un diplomate français, qui appartenait également aux services de renseignement français.

En septembre, le Mali a annoncé son intention de se retirer de la CPI.

Liberté d’expression, d’association et de réunion

La décision des autorités de dissoudre tous les partis politiques a été l’illustration de la répression alarmante et continuelle des droits à la liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association. En avril et mai, des manifestations dénonçant cette mesure ont été violemment réprimées par les forces de sécurité dans la capitale, Bamako.

Disparitions forcées

Les forces de sécurité ont soumis des militant·e·s, des membres de la société civile et des personnalités politiques à une disparition forcée.

Le 14 mars, Alou Badra Sacko, coordonnateur de l’Appel du 20 février et président du mouvement de la société civile Touche pas à mon argent, a été enlevé dans le centre de Bamako par des hommes armés encagoulés. Il a été emmené dans un lieu tenu secret. Quelques jours plus tôt, il avait réclamé la suppression des taxes sur les transactions financières par téléphonie mobile. Il a été libéré le 24 mai.

Le 8 mai, El Bachir Thiam, dirigeant du parti Yelema, a été enlevé à son domicile par des inconnus. On ignorait où il se trouvait. Le Conseil des droits de l’homme [ONU] a appelé à sa libération immédiate et il a été relâché le 26 septembre. El Bachir Thiam avait joué un rôle central dans l’opposition à la dissolution des partis politiques et à la prolongation de la transition politique.

Le 8 mai également, des hommes armés encagoulés qui circulaient à bord d’un véhicule banalisé et prétendaient être des gendarmes ont enlevé Alhassane Abba, secrétaire général du parti politique Convergence pour le développement du Mali, à son domicile à Bamako. Ce dernier a été remis en liberté le 5 juin sans avoir été déféré à la justice.

Arrestations et détentions arbitraires

Le Conseil des droits de l’homme [ONU] a appelé en mars à la libération des militants politiques Moulaye Baba Haïdara, Mahamoud Mohamed Mangane et Amadou Togola, qui ont été torturés en détention. Ils étaient détenus depuis 2023 dans l’attente de leur procès pour divers chefs, dont « atteinte à la sûreté extérieure et intérieure de l’État » et « atteinte à l’unité nationale et au crédit de l’État ».

L’ancien Premier ministre Moussa Mara a été arrêté en août parce qu’il avait publié sur X un message dans lequel il disait qu’il allait se battre « par tous les moyens » pour les droits des personnes détenues pour avoir exprimé leurs opinions. Inculpé d’atteinte au crédit de l’État et d’opposition à l’autorité légitime, il a été condamné en octobre à une peine d’un an d’emprisonnement.

Le militant anticorruption Clément Dembele était toujours en détention, bien qu’un tribunal ait statué en avril en faveur de l’abandon des charges pesant contre lui et ordonné sa libération. Il avait été arrêté en 2023, accusé d’avoir proféré des menaces de mort contre le président et sa famille. En août, le Conseil des droits de l’homme [ONU] a réclamé sa libération inconditionnelle.

Exactions perpétrées par des groupes armés

Des groupes armés ont attaqué et tué illégalement des civil·e·s.

En février, 34 civil·e·s ont été tués dans une attaque de l’État islamique au Sahel (EIS) contre un convoi civil, ont rapporté certains médias. Le convoi se trouvait à proximité du village de Kobé, près de la ville de Gao, et était escorté par les forces de sécurité maliennes.

En mai, Sidi Barka, un dirigeant de la société civile, a été enlevé par des membres de l’EIS à Ménaka, une ville de l’est du pays. Selon des sources locales, son corps a été retrouvé à la périphérie de la ville en août.

Toujours en mai, Ousmane Kampo, le maire de Konna (région de Mopti), a été enlevé par des membres du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) alors qu’il travaillait dans ses champs, selon des médias. Il a été libéré le 4 octobre.

En août, des membres de la katiba du Macina ont mené une opération contre Farabougou (commune de Dogofry) et se sont emparés de positions militaires lors d’une attaque aveugle au cours de laquelle des civils ont été tués et qui a provoqué l’exode de la population. Toujours en août, le maire de Dogofry, Modibo Kimbiri, et son chauffeur ont été tués par des chasseurs traditionnels qui ont ouvert le feu sur leur véhicule entre Diabaly et Dogofry.

Le 6 novembre, à Echell (région de Tombouctou), des membres d’un groupe armé ont enlevé Mariam Cissé, figure bien connue sur les réseaux sociaux. Le lendemain, ils l’ont emmenée à Tonka, sa ville d’origine, et l’ont exécutée, avant d’abandonner son corps sur une place publique.

Violations du droit international humanitaire

L’armée et ses alliés ont commis des violations du droit international humanitaire, notamment des actes de torture et des exécutions extrajudiciaires.

Au moins 10 civil·e·s ont été tués à Ejdeïr (région de Tombouctou) le 16 mars, jour de marché, par une frappe de drone des Forces armées maliennes (FAMa).

Le 12 avril, des membres des FAMa et leurs partenaires de Wagner ont arrêté une centaine d’hommes, principalement de la communauté peule, sur un marché du village de Sebabougou (région de Kayes). Selon le HCDH, une soixantaine d’entre eux ont été emmenés au camp militaire de Kwala (région de Koulikoro), où ils ont été interrogés sous la torture. La plupart d’entre eux ont ensuite été sortis du camp et, selon les témoignages de ceux qui ont survécu, exécutés de manière extrajudiciaire par arme à feu. Une semaine plus tard, des corps en décomposition appartenant, semble-t-il, à certains de ces hommes ont été retrouvés près du camp de Kwala par des personnes à la recherche de leurs proches.

Le 12 mai, une dizaine de militaires maliens accompagnés de miliciens dozos ont arrêté entre 23 et 27 hommes lors du marché hebdomadaire de la ville de Diafarabé. Ils leur ont bandé les yeux et attaché les mains dans le dos, et les ont transportés en pirogue sur l’autre rive du fleuve, où ils les ont exécutés et enterrés dans des fosses communes. Bien que l’armée ait promis que les exécutions « présumées » feraient l’objet d’une enquête, aucune information complémentaire n’a été rendue publique.

Droits économiques et sociaux

Le GSIM a continué d’empêcher l’accès à plusieurs villes, dont Gossi, Léré et Diafarabé, en violation de plusieurs droits, dont le droit à la sécurité alimentaire et le droit de circuler librement. En juillet, il a annoncé la mise en place d’un blocus autour de Kayes et Nioro du Sahel, deux grandes villes de l’ouest. Le même mois, le groupe a indiqué que l’acheminement et l’offre de carburant en provenance des pays voisins que sont le Sénégal et la Côte d’Ivoire feraient systématiquement l’objet de restrictions. Il a alors commencé à cibler les camions-citernes circulant sur les routes de l’ouest et du centre du Mali.

Droit à l’éducation

La crise de l’éducation s’est aggravée et, en juin, au moins 2 036 écoles étaient considérées comme non fonctionnelles en raison de l’insécurité, contre 1 984 en juin 2024. Pendant ce temps, 618 000 enfants étaient privés de leur droit à l’éducation. La région de Kidal était la plus touchée, avec 63 % d’enfants déscolarisés.

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