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Liberté d'expression
Portrait

Lucha, un mouvement citoyen réprimé pour son combat

Le mouvement de jeunesse citoyen Lucha est devenu en quelques années l’un des plus importants mouvements des droits humains en République Démocratique du Congo (RDC). L’un des plus réprimés aussi. Portrait.

Mise à jour 11/06/2018 : l'activiste Luc Nkulula, membre du mouvement de la Lutte pour le changement (Lucha), est mort à Goma dans la nuit de samedi à ce dimanche 10 juin dans l’incendie de sa maison. L’origine de l’incendie n’est pas encore connue. Les activistes n'écartent pas la piste criminelle.

La Lucha à sa naissance, c’est une poignée d’amis de Goma, dans le nord-Kivu, qui décident de se mobiliser pour revendiquer l’accès à l’eau pour toutes et tous, dans une ville qui borde l’un des plus grands lacs d’Afrique, mais aussi pour dénoncer un chômage endémique et le manque d’infrastructures dans un pays pourtant très riche en ressources.

Puis leurs revendications s’amplifient pour aller jusqu’aux questions de gouvernance, de respect de la constitution, et d’alternance démocratique.

Avec la conviction chevillée au corps que les gouvernants doivent rendre des comptes à leur population, et que celle-ci doit prendre conscience qu’elle a le pouvoir de revendiquer ses droits fondamentaux.

Avec très peu de moyens et très peu de militants au départ, mais une volonté, une ténacité de fer, un courage indéfectible, et parce qu’ils incarnent dans leurs agissements les valeurs qu’ils défendent, les membres de la Lucha gagnent vite le respect de la population.

Le mouvement grandit, rassemblant des personnes qui ne s’étaient jamais engagées. Très vite, des cellules locales sont créées dans tout le pays et les réseaux sociaux suivent, qui relaient et amplifient les combats. Les victoires seront variables, mais leurs engagements montrent tous que le changement est possible pour peu que l’on se mobilise et que l’on se fasse entendre.

Un combat non-violent

Dans un pays marqué par la violence meurtrière ces 25 dernières années, leur démarche fondamentalement non violente est remarquable. Micheline Mwendike, une de ses membres, explique ce choix « la non-violence, c’est la seule manière de défendre sa cause en respectant la dignité des gens. ».

Et si la répression a pu dissuader certains de se joindre au mouvement, cela n’a pas empêché des centaines d’autres de les rejoindre, et de gagner en chemin le cœur de nombreux Congolais.

S’engager, s’exposer.

Si au départ les autorités ont pu regarder avec un certain dédain ce mouvement de jeunesse, elles se sont très vite « rattrapées » pour soumettre les membres de la Lucha à des campagnes de dénigrement puis à des attaques frontales, visant à saper leur élan et à mettre un terme à leurs activités.

La répression est devenue systématique quand les militants de La Lucha ont commencé à nouer des alliances avec d’autres mouvements de jeunesse citoyens d’autres pays africains : le Balai citoyen au Burkina Faso, les Y en marre du Sénégal.

Les autorités ont commencé à prendre peur, conscientes que ces mouvements de jeunesse étaient capables, par leur ténacité et leur volonté de changement, de faire vaciller leur pouvoir a priori inébranlable. Les précédents des révolutions en Égypte et en Tunisie , au Burkina Faso qui ont vu des régimes indéboulonnables être balayés par le désir de changements et l’énergie de la jeunesse ont sans nul doute contribué à leur volonté de réduire à néant ce mouvement.

Et si la répression est longtemps restée sporadique et aléatoire, les mesures se sont rapidement durcies. À peine trois ans après sa création, la Lucha est devenue la cible d’une véritable campagne visant à faire cesser ses activités.

Le printemps 2015, tournant de la répression

À l’occasion d’une conférence de presse rassemblant des représentants de différents mouvements à Kinshasa, Fred Bauma, un des fondateurs de Lucha, et Yves Makwambala, sympathisant du mouvement sont arrêtés, avec une trentaine de participants.

Mais, alors que les autres sont rapidement relâchés, eux sont accusés de sédition, crime passible de la peine de mort en RDC.

Ils passeront 18 mois en détention et devront leur libération à une campagne locale et mondiale appelant à la libération de ces prisonniers d’opinion. La pétition lancée par Amnesty International avait notamment recueilli plus de 170 000 signatures de plus d’une centaine de pays. Des milliers de messages de soutien leur ont aussi été adressés en prison.

Chaque lettre, chaque visite, chaque mot nous a rendus plus forts et a renforcé notre détermination à mener cette longue mais juste bataille pour la liberté et la démocratie »

Yves

La solidarité, qu’elle soit locale ou internationale, est essentielle pour donner aux personnes persécutées la capacité de tenir et de continuer leur combat.

Lire aussi : LUCHA, prix Ambassadeur de Conscience 2016

Plus de 200 militants arrêtés en trois ans

Leur arrestation et leur détention sont la partie visible des mesures prises par les autorités pour tenter de faire taire la Lucha et faire peur à ceux qui seraient encore tentés de les rejoindre.

Plus de 200 autres militants de la Lucha ont depuis été arrêtés ou enlevés. Les autorités de RDC ont en effet déployé tout un panel de mesure pour faire taire les membres de la Lucha et dissuader celles et ceux qui étaient tentés de rallier leurs rangs.

Les autorités ont ainsi tenté de faire passer les membres de la Lucha pour des agents de l’étranger, des traîtres à la patrie à la solde de puissances étrangères. Un comble lorsque l’on sait que ses membres, mus par un puissant sentiment patriotique, ont refusé de s’exiler, malgré les menaces, et qu’ils refusent tout financement pour leurs projets.

Les autorités ont aussi appliqué à la Lucha les techniques devenues « traditionnelles » de répression que les régimes déploient à l’encontre des opposants : des dispersions brutales de rassemblement, aux arrestations, en passant par des enlèvements, des tortures ou des mauvais traitements en détention, des menaces et des mesures d’ intimidations sur les proches. Un arsenal qui comprend aussi des tentatives d’infiltration de division.

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