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Photomontage illustrant la surveillance et l'espionnage via l'infection de téléphone par des logiciels de type Pegasus / ©Mathieu Thomasset / Hans Lucas via AFP

Photomontage illustrant la surveillance et l'espionnage via l'infection de téléphone par des logiciels de type Pegasus / ©Mathieu Thomasset / Hans Lucas via AFP

Photomontage illustrant la surveillance et l'espionnage via l'infection de téléphone par des logiciels de type Pegasus / ©Mathieu Thomasset / Hans Lucas via AFP

Liberté d'expression

Affaire Pegasus : quelles avancées depuis le scandale des révélations ?

L’affaire Pegasus a été un événement majeur au début de l’été : une semaine de révélations, d’une ampleur mondiale, sur un système de cybersurveillance ciblée. Depuis, que s’est -il passé ? Des mesures ont-elles été adoptées ? Quelles sont les réponses apportées par les Etats ? Y-a-t-il eu de nouvelles révélations ? Décryptage.

Fin juillet 2021, le Projet Pegasus dévoile un scandale de surveillance numérique ciblée mondiale : le logiciel de pointe de la société israélienne NSO Group, a été vendu à des Etats qui ont utilisé Pegasus pour cibler illégalement des journalistes, des militants, des avocats ou des responsables politiques. Un outil théoriquement prévu pour la lutte contre le terrorisme et le crime organisé, mais détourné pour espionner. Parmi les clients de NSO Group, figurent des Etats comme l’Arabie saoudite, la Hongrie, ou encore le Maroc, dont les bilans en matière de droits humains sont extrêmement préoccupants.

Lire aussi : Comprendre le Projet Pegasus et l'ampleur des révélations

Au vu de l’ampleur des révélations faites par le consortium de journalistes - piloté par Forbidden Stories et auquel nous avons apporté notre expertise technique - il est nécessaire de faire part des suites du Projet Pegasus. Car, rappelons une chose : si l’alerte a été lancée par les enquêtes des journalistes, elle doit aujourd’hui être suivie d’effets. Ces révélations doivent permettre d’œuvrer à des changements réels pour réguler le secteur de la surveillance numérique. Sans l’établissement d’un cadre conforme aux droits humains, les conséquences de la cybersurveillance ciblée continueront d’être désastreuses.

Retour sur les temps forts de l’affaire Pegasus ces derniers mois.

Un écho médiatique sans précédent  

18 juillet 2020 : les enquêtes des médias du consortium de journalistes commencent à publier les révélations. Le travail d’enquête a été mené par plus de 80 journalistes de 17 médias dans 10 pays : Le Monde, Radio France, Le Washington Post, The Guardian… Pendant une semaine et de manière coordonnée, ces médias révèlent des noms de personnes ciblées ou potentiellement ciblées par le logiciel espion. Parmi eux, des journalistes, des défenseurs des droits humains, des chefs d’Etats…

Ces révélations provoquent une onde de choc mondiale et permettent de mettre en lumière les dérives et les dangers de l’utilisation de logiciels espions ultra puissants comme Pegasus. 

Notre appel à un moratoire

Dans notre rapport intitulé Uncovering the iceberg, publié à l’occasion des révélations Pegasus, nous analysons la manière dont la cybersurveillance secrète contribue à de graves violations des droits humains. Pour empêcher que ces violations perdurent, il est urgent que ce secteur soit contrôlé de manière adéquate.

Nous appelons à un moratoire mondial sur l’exportation, la vente, le transfert et l’utilisation des technologies de surveillance et cela, jusqu’à ce que soit mis en place un cadre réglementaire conforme aux droits humains. 

Edward Snowden réagit au scandale Pegasus 

19 juillet 2021 : Edward Snowden, qui avait déjà révélé en 2013 un système de surveillance de masse par les services secrets américains, réagit aux révélations de l'affaire Pegasus : « C’est comme un espion dans votre poche (…) Cela ne devrait pas exister ». Dans une interview à The Guardian, média partenaire du projet Pegasus, Edward Snowden rappelle l’urgence de mettre fin à la surveillance illégale ciblée : «Il est temps que les règles changent !.»

NSO réfute toute responsabilité 

20 juillet 2021 : l’entreprise d’équipement de cybersurveillance israélienne NSO Group déclare « nier fermement […] les fausses affirmations » que contient notre rapport. L’entreprise écrit que les informations du groupement étaient basées sur des « hypothèses erronées » et des « théories non corroborées » et a répète que l’entreprise mène une « mission vitale. »

NSO Group affirme avec insistance que Pegasus est utilisé tout à fait légalement pour « récupérer des données sur les appareils mobiles de tel ou tel criminels de grande envergure présumé. » 

Israël ouvre une enquête parlementaire 

22 juillet 2021 : le Parlement israélien met en place une commission pour enquêter sur des allégations concernant l’utilisation du logiciel d’espionnage Pegasus par certains Etats clients. 

Les uns après les autres, les journalistes portent plainte

Depuis fin juillet, plusieurs plaintes ont été déposées par les journalistes, particulièrement touchés par les révélations Pegasus. Une plainte collective, portée par RSF et regroupant 19 journalistes de 7 pays, a été déposée devant le parquet de Paris, qui a ouvert une enquête. Mediapart, le Canard enchainé ou encore le Syndicat national des journalistes ont également porté plainte en France. Les affaires sont en cours. 

Arabie saoudite, Hongrie, Maroc, Mexique... ces Etats ont utilisé Pegasus pour surveiller illégalement des journalistes, y compris parfois au-delà de leurs frontières. En infiltrant leurs téléphones, ils avaient donc accès à toutes leurs données, mettant particulièrement en danger leurs sources. Une atteinte grave à la liberté d’informer et à la liberté d’expression.

Lire aussi : Le Maroc utilise le logiciel espion contre des journalistes français

Lire aussi : La Hongrie ciblerait des journalistes et des militants

Lire aussi : Au Mexique, des milliers de personnes ciblées par le logiciel espion

Les autorités françaises confirment nos analyses techniques 

29 juillet 2021 : les analyses des autorités françaises confirment que les téléphones de plusieurs journalistes ont été infectés par le logiciel espion. Une avancée importante. C’est la première fois que des autorités officielles confirment, les résultats des analyses d’AmnestyTech, dans le cadre du projet Pegasus. 

Des chefs d’Etats réagissent

22 juillet 2021 : la chancelière allemande Angela Merkel demande plus de restrictions sur la vente de logiciels espion comme Pegasus, pour notamment éviter qu’ils « n’arrivent entre de mauvaises mains ». 

25 juillet 2021 : Emmanuel Macron, lui-même potentiellement ciblé par le logiciel espion, demande à Israël d’enquêter sur les révélations Pegasus. 

Lire aussi : Emmanuel Macron aurait été ciblé par Pegasus

Le ministre de la défense, Benny Gantz, assure à Florence Parly, son homologue française, qu’Israël prend « au sérieux » les allégations d’espionnage concernant le logiciel israélien Pegasus. 

Des députés européens réclament des actes forts 

15 septembre 2021 : des dizaines de députés s’expriment pour demander à la Commission et aux Etats membres d'agir suite aux révélations de l’Affaire Pegasus.

Découvrez l'intervention de certains députés.

L'ONU soutient le moratoire 

12 août 2021 : les révélations Pegasus ont eu un écho jusqu’aux Nations unies. Dans une déclaration conjointe, des rapporteurs spéciaux onusiens appellent les Etats à suspendre la vente et le transfert de technologies de surveillance en attendant qu’une réglementation forte soit adoptée au niveau mondial.  

14 septembre 2021 : la Haut-Commissaire aux droits de l'homme de l'ONU souligne la nécessité de réguler et rendre transparent le secteur de la cybersurveillance, et appelle à mettre « en pause » ce commerce. 

Des prises de parole fortes qui rejoignent les demandes que nous portons : un moratoire mondial s’impose immédiatement pour contrôler le commerce et l’utilisation des outils de surveillance. 

Le projet Pegasus primé au Parlement européen

14 octobre 2021 : Le Parlement européen récompense Forbidden stories pour les révélations Pegasus en lui attribuant le Prix du journalisme d'investigation. Le réseau de journalistes du Projet Pegasus est le premier lauréat du prix Daphne Caruana Galizia, un prix décerné par le Parlement européen qui récompense un « journalisme exceptionnel promouvant ou défendant les valeurs de l’Union européenne ». Nous sommes fiers d’avoir travaillé avec les journalistes pour exposer ce scandale de surveillance numérique.

Les révélations des médias se poursuivent 

Les enquêtes des médias ont mis en lumière un scandale de surveillance numérique ciblée. Après ces révélations, des téléphones qui auraient pu être infectés par le logiciel espion continuent d’être examinés. Les révélations se poursuivent. Le 25 septembre, Mediapart révèle par exemple que les téléphones d’au moins cinq ministres français, Jean-Michel Blanquer, Jacqueline Gourault, Julien Denormandie, Emmanuelle Wargon et Sébastien Lecornu auraient été infectés par Pegasus.

Les médias continuent d’enquêter sur l’utilisation de Pegasus par des Etats comme la Hongrie, qui aurait ciblé le  groupe de presse Hongrois Zoltan Pava, ou la Suisse. 

Les révélations de l’affaire Pegasus du mois de juillet auront permis de dévoiler les dérives et les dangers de l’utilisation de logiciels ultra puissants à des fins de surveillance ciblée illégale. Désormais, c’est à nous de porter nos demandes pour qu’un cadre réglementaire conforme aux droits humains soit enfin mis en place. 

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SURVEILLANCE NUMÉRIQUE CIBLÉE : NON AU BIG BROTHER 2.0

Les attaques numériques contre les défenseurs des droits humains, journalistes et citoyens augmentent. Les révélations du Projet Pegasus en sont un exemple flagrant. Il est temps de mettre fin à cette surveillance illégale ciblée !