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Liberté d'expression
Actualité

Prisonnières et prisonniers d’opinion : nous demandons leur libération inconditionnelle !

Alors que la pandémie de Covid-19 sévit dans le monde entier, nous demandons la libération immédiate et sans condition de tous les prisonnières et prisonniers d’opinion partout dans le monde. En effet, ces personnes sont à présent exposées à des dangers accrus en raison de la crise sanitaire.

Covid-19, une menace supplémentaire

Alors que ce virus fait des ravages dans le monde entier, les prisons risquent de devenir des foyers d’infection au Covid-19. Il est plus important que jamais que les États prennent de toute urgence les mesures nécessaires pour protéger toutes les personnes privées de liberté, notamment en libérant toutes celles qui sont injustement emprisonnées. Nous menons activement campagne pour la libération des quelques 150 personnes que nous considérons comme des prisonnières et prisonniers d’opinion. Ces personnes détenues, dans plusieurs régions du monde, ont été incarcérées alors qu’elles n’ont fait qu’exercer pacifiquement leurs droits humains. 

Lire aussi : Les défenseurs des droits humains en prison à l'heure du Covid-19

C’est le cas de Rubén González. Alors qu’il avait pacifiquement protesté et défendu les droits relatifs au travail d’ouvriers d’une compagnie minière publique, ce syndicaliste a été arrêté de façon arbitraire le 29 novembre 2018 au Vénézuela. Accusé d’avoir attaqué un membre de l’armée, il a été condamné à cinq ans et neuf mois d’emprisonnement. Jugé, déclaré coupable et condamné par un tribunal militaire, il a été privé de son droit à un procès équitable. Aucune preuve solide contre lui n’existait et son arrestation ainsi que son procès ont manifestement été motivés par des considérations politiques. Déjà victime d’une insuffisance rénale et d’hypertension, il s’expose à un risque accru de forme grave de Covid-19 en restant emprisonné. 

Il en va de même pour Nasrin Sotoudeh, avocate, défenseure des droits humains et prisonnière d’opinion en Iran. Arrêtée le 13 juin 2018, elle a été condamnée à vingt-huit années et six mois d’emprisonnement ainsi qu’à cent quarante-huit coups de fouet à l’issue de deux procès d’une flagrante iniquité. Des chefs d’accusation retenus contre elles étaient liés à son opposition aux lois relatives au port obligatoire du hijab (voile) et à son engagement contre la peine de mort. Elle a notamment été accusée d’avoir « incité à la corruption et à la prostitution » et « commis ouvertement un acte immoral […] en apparaissant en public sans porter le hijab ». Les autorités ont notamment invoqué à titre d’éléments de « preuve » à son encontre le fait qu’elle ait enlevé son voile lors de visites en prison et qu’elle ait donné des interviews à des médias sur l'arrestation violente et la détention de femmes qui protestaient contre le port obligatoire du hijab.  

 Lire aussi : 3 choses urgentes à faire pour Nasrin Sotoudeh

Emir-Ousseïn Koukou, Tatar de Crimée est également considéré comme prisonnier d’opinion. Après avoir enquêté et dénoncé des actes de violations des droits humains, notamment des disparitions forcées, commises dans le cadre de l’occupation en cours de la péninsule ukrainienne de Crimée par la Fédération de Russie, il a été incarcéré, et est séparé de son épouse et de ses enfants, depuis février 2016. Le 12 novembre, un tribunal militaire russe a déclaré cet homme ainsi que ses cinq coaccusés (Mouslim Aliev, Vadim Sirouk, Enver Bekirov, Arsen Djepparov et Refat Alimov) coupables sur la base d’accusations forgées de toutes pièces liées au terrorisme. À l’issue d’un long procès inéquitable, ils ont été condamnés à des peines de prison d’une durée comprise entre sept et dix-neuf ans. Si nos équipes travaillent sur environ 150 cas de prisonnières et prisonniers d’opinion dans le monde, ces personnes se comptent probablement par milliers. Maintenues de façon arbitraire en détention dans des conditions qui deviennent de plus en plus dangereuses, ces personnes n’ont commis aucun crime et encourent aujourd’hui des risques accrus. La surpopulation et le manque d’installations sanitaires dans de nombreuses prisons à travers le monde empêchent les détenus d’appliquer les mesures de prévention du Covid-19, telles que la distanciation physique entre les personnes et le lavage régulier des mains. 

Le respect des droits humains au cœur des mesures contre le Covid-19

Le maintien en détention injustifié de personnes en période de pandémie mondiale est cruel et gravement irresponsable. Le respect des droits humains de toutes les personnes doit être placé au cœur des mesures de lutte contre cette pandémie, et doit continuer d’être au centre de nos initiatives visant à bâtir un avenir juste et tolérant où toutes les personnes pourront librement et pacifiquement exprimer leurs opinions dans le monde post-Covid-19. 

Lire aussi : Tout savoir sur le Covid-19 et les droits humains

Nous demandons la libération des prisonnières et prisonniers d’opinion et attendons également des gouvernements qu’ils prennent les mesures nécessaires pour enrayer la propagation de la pandémie, y compris en décongestionnant les prisons. Les autorités doivent également réexaminer les cas des personnes en détention provisoire et des enfants, et envisager de libérer de façon anticipée, temporaire ou provisoire les personnes particulièrement à risque telles que les personnes âgées et celles qui souffrent de certaines maladies préexistantes. Enfin, les gouvernements doivent fournir aux personnes maintenues en détention des soins de santé d’un niveau correspondant aux besoins de chacune d’entre elles, similaires à ceux dont bénéficie la population de leur pays.  

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