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Un rassemblement d'Amnesty International devant l'ambassade de Turquie à Paris le 20 juillet 2017 / © Colin Poiraut

Un rassemblement d'Amnesty International devant l'ambassade de Turquie à Paris le 20 juillet 2017 / © Colin Poiraut

Un rassemblement d'Amnesty International devant l'ambassade de Turquie à Paris le 20 juillet 2017 / © Colin Poiraut

Liberté d'expression

Les « 11 d’Istanbul » : une affaire emblématique de la répression en Turquie

Il y a quatre ans, les autorités turques arrêtaient arbitrairement 11 défenseurs des droits humains. Quatre d’entre eux ont été condamnés à des peines de prison mais leur procès est toujours en cours. Retour sur l’histoire de ces défenseurs et sur la mobilisation qui ne faiblit pas.

L’affaire dite des « 11 d’Istanbul » est devenue emblématique de la répression de la société civile en Turquie. Parce que ces hommes et ces femmes sont engagés dans des organisations de défense des droits humains, les autorités turques les ont pris pour cible. Elles manœuvrent pour les empêcher de militer. 

La plupart sont accusés « d’assistance à une organisation terroriste ». Ils sont aujourd’hui en liberté dans l’attente de la décision finale dans leur procès, qui pourrait tomber dans les semaines à venir. Ils risquent la prison uniquement en raison de leur militantisme pacifique.

Lire aussi : état des lieux sur la situation des droits humains en Turquie

Portraits de 10 défenseurs des droits humains, arrêtés par les autorités turques le 25 octobre 2017 

CHRONOLOGIE D’UN ACHARNEMENT 

Une répression de plus en plus forte sur la société civile turque : le procès des « 11 d’Istanbul » est tristement emblématique de la répression qui s’abat sur la société civile en Turquie. Depuis la tentative de coup d’État de juillet 2016, les défenseurs des droits humains, les représentants politiques de l’opposition, les journalistes, les avocats, les universitaires et d’autres acteurs de la société civile sont soumis à des arrestations arbitraires et à des poursuites judiciaires infondées. Les autorités turques utilisent des lois antiterroristes aux formulations vagues et imprécises pour criminaliser des actes légitimes. Ces pratiques ont conduit à l’instauration d’un climat de peur et à la fragilisation des droits fondamentaux en Turquie.

6 juin 2017  : Taner Kılıç, président d’Amnesty International Turquie est arrêté chez lui au petit matin. 

9 juin 2017 : le président d’Amnesty International Turquie est placé en détention provisoire, accusé d’appartenir à ce que le gouvernement appelle l’«organisation terroriste de Fethullah Gülen », qu’il accuse d’être à l’origine de la tentative de coup d’État de 2016.

5 juillet 2017 : Dix défenseurs des droits humains – dont Idil Eser directrice d’Amnesty International Turquie - sont arrêtés en plein séminaire sur l’île de Büyükada, près d'Istanbul. Les autorités ont voulu faire passer ce séminaire sur les droits humains pour « un rassemblement de conspirateurs cherchant à fomenter le chaos dans la société . »

25 octobre 2017 : Idil Eser ainsi que les neuf autres personnes accusées sont libérées après plus de 3 mois en détention provisoire. 

15 août 2018 : Taner Kılıç est libéré après 14 mois de détention arbitraire. Cependant, les charges retenues contre lui ne sont pas abandonnées. Il est libre mais toujours dans l’attente de son procès.  

2018 – 2020 : une dizaine d’auditions ont lieu dans l’affaire des « 11 d’Istanbul »  

3 juillet 2020 : date à laquelle une cour de justice d’Istanbul condamne Taner Kılıç à 6 ans et 3 mois de prison pour « appartenance à une organisation terroriste » et, Idil Eser, Özlem Dalkıran et Günal Kurşun à 1 an et 13 mois de prison pour « assistance à une organisation terroriste .»

Décembre 2020 : une Cour d’appel régionale confirme la condamnation des quatre défenseurs. Une décision prise dans un temps record. L’affaire est aujourd’hui pendante devant la Cour de cassation.  

Mars 2021 : le procureur demande l’abandon des charges contre trois des quatre défenseurs. Cependant, il confirme la peine requise contre Taner Kilic. 

Cette affaire judiciaire qui dure depuis plus de trois ans pourrait bientôt connaître son épilogue: la Cour de cassation devrait se prononcer dans les semaines à venir. Si leur condamnation est confirmée, Taner Kılıç, Idil Eser, Özlem Dalkıran et Günal Kurşun seront emprisonnés pour un crime qu’ils n’ont pas commis.

Mobilisés depuis le premier jour

L’affaire des « 11 d’Istanbul » illustre un élan fort de mobilisation. Face aux accusations absurdes dont ont été victimes deux de nos collègues, nous avons mené des actions pour leur apporter tout notre soutien et rendre visible leur histoire. 

La mobilisation a débuté le 10 juillet 2017 avec un rassemblement de militants devant l’ambassade de Turquie. Le même jour, des militants organisaient des actions similaires dans une dizaine de villes en France, devant les consulats de Turquie pour alerter sur la répression de la société civile actuelle dans ce pays.

Rassemblement d'Amnesty International devant l'ambassade de Turquie à Paris le 20 juillet 2017 / © Colin Poiraut

Quelques mois plus tard, nous avons mis en avant la situation de ces défenseurs turcs dans le cadre de notre la campagne mondiale 2017 des 10 jours pour signer. La pétition a récolté 85 000 signatures, rien qu’en France et plus de 2 millions au niveau international. Après cette campagne, les 11 défenseurs ont été relâchés mais étaient toujours poursuivis par la justice.

Pour continuer à les soutenir et à rendre visible leur situation nous avons multiplié nos actions. Le 31 janvier, Sylvie Brigot, notre directrice générale a rejoint la délégation de directeurs d’Amnesty International du monde entier qui assistait à Istanbul à l’audience des 11 défenseurs.

Lire aussi : retour sur la mobilisation pour les 365 jours de détention de Taner Kilic

Alors que la menace continuait de peser sur les 11 d’Istanbul, les actions de solidarité se sont poursuivies en 2019. De nombreuses personnes se sont mobilisées afin d’envoyer des messages de soutien et d’attirer l’attention du grand public sur cette affaire.  

En 2020, nous nous sommes mobilisés en amont du procès du 3 juillet où une peine de prison de prison était prononcée à l‘encontre de quatre des onze défenseurs. Depuis, nous continuons de dénoncer cette condamnation injuste, infondée et motivée par des considérations politiques.

Taner Kılıç retrouve sa famille après sa libération le 15 août 2018. Les charges retenues contre lui ne sont pas abandonnées. Il est libre mais dans l’attente de son procès / © Amnesty International

LA MOBILISATION NE FAIBLIT PAS

Cela fait quatre ans déjà que cette affaire est ouverte. Quatre ans de dénonciation, de sensibilisation, de travail de plaidoyer auprès des autorités, d’actions devant les ambassades. La mobilisation ne faiblit pas. Tant que les quatre défenseurs condamnés ne seront pas tous acquittés, nous poursuivrons notre mobilisation. Nous attendons aujourd’hui la décision de la Cour de cassation. Trois scénarios sont possibles :

La confirmation des peines prononcées à l’encontre des 4 défenseurs 

L’acquittement d’une partie d’entre eux 

La relaxe des quatre accusés 

La seule décision acceptable est l'acquittement de tous les accusés. 

C’est pourquoi il est important de continuer à soutenir Taner, Idil, Günal et Kursun et de rappeler que les accusations portées à leur encontre sont infondées. Comme nous l’avons démontré dans l’un de nos rapports, le procureur n’a, à ce jour, présenté aucune preuve que l’un des quatre accusés ait commis un crime.

Dans le cadre de leurs activités de défenseur des droits humains, les « 11 d’Istanbul » ont défendu des personnes accusées injustement. Aujourd’hui, c’est à nous de les défendre. Le pouvoir turc cherche à les faire taire. Lorsque les personnes qui se battent pour nos droits sont réduites au silence, nous sommes, nous aussi, en danger. A nous de faire du bruit, pour eux, pour nous et pour protéger la liberté d’expression.

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Soutenons Taner, Idil, Günal et Kursun !

Dans les semaines à venir, cette affaire pourrait bientôt connaître son épilogue judiciaire. Ces quatre défenseurs risquent la prison. Adressez-leur un message d’espoir, d’encouragement, de remerciement. Une action qui semble anodine, mais qui reste un soutien moral très précieux.