Les équipes de recherche d’Amnesty International enquêtent sur les violations du droit international humanitaire et des droits humains commises dans le cadre du conflit en Ukraine, et appellent à ce que leurs auteurs rendent des comptes. Retrouvez l’ensemble de nos enquêtes dans ce dossier.
Le 24 février 2022 marque l’invasion totale de l’Ukraine par la Russie. Mais la guerre de la Russie en Ukraine a commencé il y a 10 ans. Elle a commencé en 2014, lorsque les troupes russes ont occupé la Crimée et l’ont illégalement annexée, et ont occupé des parties des régions ukrainiennes de Donetsk et de Louhansk. Cela fait donc plus de dix ans que la population ukrainienne subit d’innombrables atrocités et de graves atteintes aux droits humains.
Un conflit armé qui dure depuis dix ans
En février 2014, la Russie a envoyé ses troupes occuper la Crimée, en Ukraine, mais n’a jamais admis que ses forces armées avaient également pénétré dans l’est de l’Ukraine la même année. Les éléments que nous avons publiés en 2014, notamment l’examen d’images satellite et de récits de témoins oculaires, confirment que c’est bien le cas, ce qui fait désormais de ce conflit un conflit armé international qui dure depuis dix ans.
Dès que les groupes armés soutenus par la Russie ont pris le contrôle des régions de Donetsk et de Louhansk, celles-ci ont été le théâtre d’enlèvements, de tortures et, dans de nombreux cas, de meurtres de civils. Ces atrocités se sont accompagnées d’une réduction au silence brutale de toute dissidence, visant les professionnels des médias, les universitaires, les défenseurs des droits humains et d’autres activistes.
Avec l’invasion à grande échelle de la Russie le 24 février 2022, la catastrophe s’est étendue à l’ensemble du pays.
Une guerre d’invasion à grande échelle
Après des semaines d’escalade, le président russe Vladimir Poutine a donné l’ordre d’attaquer l’Ukraine le 24 février 2022, à 5 heures du matin. Cette invasion viole la Charte des Nations unies : c’est un “crime d’agression” au regard du droit international.
Nos chercheuses et chercheurs continuent d’enquêter, sur le terrain et à distance, pour interroger des survivant·es, des familles de victimes ou des témoins, appuyés par l’Evidence Lab, notre équipe d’investigation numérique de pointe (images satellites, vidéo, photos…). Ensemble, ils recoupent les informations et vérifient leur exactitude. Le but : établir des faits. Définir si le droit international humanitaire a été violé, et de quel type de violation il s’agit. Récolter des éléments de preuves. C’est un travail de recherche minutieux et de longue haleine.
Depuis le début de la guerre d’invasion à grande échelle menée par la Russie en Ukraine en 2022, nous avons publié plus d’une dizaine de rapports. Voici ce qu’ils dénoncent.
Le droit international humanitaire est violé
Depuis le début du conflit, nous avons documenté plusieurs attaques aveugles et l’utilisation par les forces armées russes d’armes non discriminantes, comme des bombes à sous-munitions, dans des zones urbaines. Nous avons également documenté des exécutions extrajudiciaires, notamment à Boutcha, et des attaques contre des civil·es et des infrastructures civiles, comme à Irpine, dans la banlieue de Kiev, ou à Marioupol. Nous avons aussi documenté des frappes à l’encontre de convois humanitaires. Il s’agit de violations graves du droit international humanitaire et de crimes de guerre.
Les populations civiles sont prises pour cibles
Cette violence aveugle a coûté la vie à des milliers de civil·es. Pris entre deux feux ou attaqués par les forces armées russes, les Ukrainiennes et Ukrainiens se protègent comme ils peuvent, parfois enfermés dans des sous-sols, presque sans eau et sans nourriture. Malgré des températures négatives tout au long de l’hiver, les frappes de missiles russes ont continué de provoquer des coupures de courant et des black-out à travers l’Ukraine. Alors que les fournitures médicales, la nourriture et l’eau viennent à manquer, la population ukrainienne est confrontée à une catastrophe humanitaire sans précédent. Les populations les plus vulnérables, comme les personnes âgées ou les enfants sont les premières victimes.
Chaque jour, l’ampleur de la crise des droits humains en Ukraine s’aggrave. Les Nations unies ont enregistré au moins huit millions d’Ukrainiens et d’Ukrainiennes réfugiés en Europe, majoritairement en Pologne. La fuite est parfois trop risquée, les cessez-le-feu étant peu ou pas respectés, et les couloirs humanitaires dangereux.
Des civil·es et des enfants déportés ou illégalement transférés vers la Russie et les territoires occupés
Nous avons enquêté sur les milliers de civil·es, dont des enfants, qui ont été déportés ou transférés illégalement vers la Russie et les territoires contrôlés par la Russie. La plupart tentaient de fuir les combats.
Au moins 20 000 enfants ukrainien·nes ont été enlevés par la Russie pour être placés dans des “orphelinats” ou contraints à l’adoption par des familles russes, au mépris du droit international. Les enfants adoptés par des familles russes témoignent de maltraitances et d’endoctrinement. Certains ont même été envoyés combattre contre l’armée ukrainienne lorsqu’ils avaient atteint leur majorité.
Des conditions de détention inhumaines
Des milliers de personnes ukrainiennes, civiles ou militaires, sont actuellement retenues en captivité en Russie et en Ukraine occupée. On ne connait pas précisément leur nombre à cause de l’opacité entretenue par la Russie. Nous avons enquêté sur les traitements inhumains qu’elles subissent dans les geôles russes. La majorité d’entre elles sont victimes d’actes de tortures et sont privées de soins médicaux, en toute impunité. Des dizaines de milliers d’autres Ukrainiens sont également victimes de disparitions forcées. Leurs familles sont laissées sans aucune nouvelle.
Nous demandons justice et réparation pour les victimes
Les responsables présumés de crimes doivent savoir que l’obligation de rendre des comptes et la justice triompheront de l’impunité. Il est du devoir de la communauté internationale d’y veiller. Dès le début du conflit, plusieurs enquêtes internationales et nationales sur les crimes relevant du droit international commis en Ukraine ont été ouvertes. Un signal encourageant dans la lutte contre l’impunité.
Le 17 mars 2023, une première étape a été franchie : la Cour Pénale Internationale a délivré un mandat d’arrêt contre le président russe et sa commissaire aux droits de l’enfant, Maria Lvova-Belova. Ils sont suspectés de crimes de guerre pour la déportation d’enfants ukrainiens. Si M. Poutine ou Mme Lvova-Belova quittent la Russie, les États doivent leur refuser l’asile, les arrêter immédiatement et les remettre à la CPI. Un signal important pour l’Ukraine et le reste du monde.
Le 25 juin 2025, le Tribunal spécial pour le crime d’agression contre l’Ukraine est créé sous l’égide du Conseil de l’Europe. C’est la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale qu’un tel tribunal est créé. C’est une étape décisive pour amener les responsables du crime d’agression à rendre des comptes.
La détermination de la communauté internationale ne doit pas fléchir
Une véritable justice pour l’Ukraine ne sera possible que si la communauté internationale apporte un soutien solide et durable aux mécanismes existants.
Quatre ans après l’invasion totale de l’Ukraine, le président russe Vladimir Poutine et ses hauts responsables inculpés par la Cour pénale internationale sont toujours recherchés par la justice internationale. Aucun n’a été traduit en justice.
Les attaques contre la justice internationale mettent également en péril la justice en Ukraine. Depuis le retour de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, les engagements mondiaux en faveur de la justice et des droits humains s’affaiblissent. Cela se traduit par la montée de discours qui minimisent la responsabilité de la Russie dans des graves violations de droits humains. Et la montée de discours qui poussent l’Ukraine à accepter la paix à n’importe quel prix, même celui de l’impunité.
L'agression de la Russie, qui constitue un crime au regard du droit international, met à l'épreuve le courage et la résilience des Ukrainien·nes, mais aussi la détermination de la communauté internationale à défendre les droits humains et à rendre justice.
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