Deux ans après la mort de l’opposant russe Alexeï Navalny, de nouvelles informations lèvent le voile sur les circonstances de son décès. Mais les autorités russes continuent d’échapper à toute responsabilité et de persécuter les soutiens du célèbre opposant politique. Le point sur ces révélations et cette figure emblématique de l’opposition en Russie.
Fervent militant politique et anticorruption, Alexeï Navalny était l’un des principaux opposants à Vladimir Poutine. Le 16 février 2024, il décède dans des circonstances opaques dans le centre pénitentiaire le plus reculé de Russie, au nord du cercle polaire arctique. Il y purgeait une peine de 19 ans d’emprisonnement, en raison de son activisme contre la corruption et la répression étatique.
Deux ans après, les autorités russes continuent d’entretenir l’opacité autour des circonstances de son décès. Mais elles ne sont pas parvenues à étouffer la vérité. De récentes révélations indiquent que la mort d’Alexeï Navalny a été causée par de l’épibatidine, une substance très toxique, que « seul le gouvernement russe avait les moyens, le mobile et l’occasion d’utiliser », selon une récente déclaration conjointe du 14 février 2026 par l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suède.
Cet anniversaire doit nous rappeler que la responsabilité de la mort d’Alexei Navalny en détention incombe à l’État russe.
Aujourd’hui, les autorités font tout pour détruire son héritage et museler ses partisans. Depuis deux ans, la répression contre ses soutiens s’intensifie, à coup d’emprisonnements arbitraires, de torture et de campagne de dénigrement. Il est temps que l’impunité cesse et que les responsables soient traduits en justice.
Figure de l’opposition à Vladimir Poutine
Avocat de formation, Alexeï Navalny créé en 2011 la Fondation anti-corruption (FBK). Avec ses équipes, il mène des enquêtes documentant la corruption au plus haut niveau de l’État. Pour ce travail, Alexeï Navalny et plusieurs employés de la fondation subissent des représailles.
Cette même année, il se fait connaître du grand public lors d’importantes manifestations organisées contre des fraudes aux élections législatives. Alexeï Navalny devient alors de plus en plus présent sur la scène politique russe.
Il se présentera même à plusieurs élections : en 2013, il est candidat à la mairie de Moscou où il finira en deuxième position. En 2018, il tente de se présenter à l’élection présidentielle mais la justice russe le déclare inéligible.
Appel à la haine
Par le passé, Alexeï Navalny a pu tenir des propos pouvant s’apparenter à un appel à la haine. Nous tenons à rappeler que nous condamnons ces propos, susceptibles de constituer une incitation à la discrimination, à la violence ou à l’hostilité. Mais il ne doit pas y avoir de confusion : rien de ce qu’a dit Alexeï Navalny par le passé ne pouvait justifier sa détention, qui était purement motivée par des considérations politiques.
Premier empoisonnement
En août 2020, alors qu’il rentre d’une tournée électorale, Alexeï Navalny tombe gravement malade. Victime d’un empoisonnement, il est emmené d’urgence dans un hôpital en Sibérie avant d’être transféré en Allemagne. Plongé dans le coma, il se réveillera un mois plus tard à Berlin, entouré par sa femme et ses enfants.
Des experts indépendants, en Allemagne et dans plusieurs autres pays, diagnostiquent son empoisonnement au Novitchok, une arme chimique extrêmement dangereuse. Le militant russe accuse alors les services secrets et Vladimir Poutine d’avoir orchestré son empoisonnement. De leur côté, les autorités russes refusent d’ouvrir une enquête sur son cas.
Arrestation et prison ferme
Après cinq mois de convalescence en Allemagne, Alexeï Navalny décide de revenir en Russie en 2021, malgré les menaces d’arrestations et d’emprisonnement. A peine arrivée sur place, le 17 janvier 2021, il est arrêté par la police russe.
Après plusieurs jours passés en détention provisoire, la justice condamne finalement le militant à deux ans et huit mois de prison. En cause ? Non-respect d’un contrôle judiciaire liée à une ancienne condamnation de 2014. Une mascarade, lorsque l’on sait qu’Alexeï Navalny se faisait soigner en Allemagne à la suite de son empoisonnement.
En 2021, Alexeï Navalny est emprisonné dans la colonie pénitentiaire de la localité de Pokrov, réputée comme l’une des plus sévères du pays. Alors que son état de santé se dégrade, les autorités pénitentiaires russes lui refusent un accès aux soins.
Condamné à 19 ans de prison
Le 4 août 2023, le tribunal de Moscou condamne Alexeï Navalny à 19 ans d’incarcération dans une colonie pénitentiaire. Il est accusé de financement et d’incitation à l’« extrémisme » et « la réhabilitation du nazisme ». Une nouvelle condamnation qui ajoute dix ans supplémentaires à sa peine de prison initiale.
De nouveaux chefs d’accusation, liés aux activités de la Fondation anti-corruption fondée par Alexeï Navalny et interdite par les autorités russes en 2021 ainsi qu’à des déclarations faites par des membres de la fondation. La fondation anticorruption était enregistrée légalement en Russie avant l’emprisonnement d’Alexeï Navalny. La désignation arbitraire de l’organisation comme « extrémiste » a fourni un motif pour les poursuites qui ont suivi contre Alexeï Navalny et ses associés pour des accusations liées à l’extrémisme.
Effacer sa mémoire en sapant l’opposition
Le 16 février 2024, il décède dans des circonstances opaques dans le centre pénitentiaire le plus reculé de Russie, au nord du cercle polaire arctique. Depuis, les autorités russes n’ont eu de cesse que de mener une véritable campagne de répression contre ses partisans. Pour effacer sa mémoire. Pour saper son héritage.
En décembre 2025, quatre de ses collaborateurs et trois de ses avocats ont été condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement. Des poursuites, qui s’inscrivent dans une vague de répression plus large, au moins 96 personnes ont été poursuivies en justice en 2025 pour des dons présumés à la Fondation de Navalny, arbitrairement qualifiée de « terroriste », par les autorités russes.
La dissidence russe emprisonnée et empoisonnée par le Kremlin
Rendre hommage à Alexeï Navalny c’est aussi rappeler le courage des opposants, journalistes, activistes russes.
Nous pensons à Oleg Orlov, dissident russe condamné à deux ans et demi de prison le 27 février 2024. Il est le coprésident de Memorial, ONG historique russe de défense des droits humains, dissoute par la justice en 2021.
Nous pensons à Vladimir Kara Mourza, militant politique condamné à 25 ans de prison en avril 2023 pour avoir dénoncé l’invasion de l’Ukraine. Il survécu à deux tentatives d’empoisonnement en 2015 et 2017.
Nous pensons à Alexandra Skotchilenko, artiste russe de 32 ans condamnée à sept ans de prison pour avoir critiqué la guerre en Ukraine en en prison pour avoir critiqué la guerre en Ukraine en remplaçant des étiquettes de prix d’un supermarché de Saint-Pétersbroug par des étiquettes « Non à la guerre ».
La dissidence russe, muselée, emprisonnée et empoisonnée par le Kremlin reste debout. Plus que jamais, nous devons la soutenir ! Le Kremlin ne pourra faire taire le courage et le combat de la dissidence russe.
De nouvelles révélations sur son décès
Le 14 février 2026, une nouvelle étape est franchie. L’Allemagne, la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suède déclarent conjointement qu’Alexeï Navalny a été empoisonné avec de l’épibatidine. Une substance extrêmement toxique, qui aurait été détectée dans des échantillons biologiques prélevés avant l’inhumation de son corps. Une substance, que “seul le gouvernement russe avait les moyens, le mobile et l’occasion d’utiliser”.
Ces découvertes ont été rendues possibles non seulement grâce à une coopération internationale mais aussi au courage des proches d’Alekseï Navalny, qui ont pu obtenir les éléments nécessaires pour permettre à la vérité d’éclater. Le Royaume-Uni a déclaré son souhait de renvoyer l’affaire devant l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, la production et l’utilisation de telles toxines étant interdites par le droit international.
Mettre fin à l’impunité
Il est temps de mettre un terme à l’impunité. Les autorités russes doivent libérer immédiatement et sans condition toutes les personnes emprisonnées uniquement en raison de leurs liens avec Alexeï Navalny et cesser d’instrumentaliser les lois sur l’“extrémisme” et le “terrorisme” pour poursuivre leurs opposants.
Quant à la communauté internationale, nous appelons les États et les organisations à appuyer les initiatives internationales de surveillance et d’obligation de rendre des comptes, et fournir une protection internationale aux sympathisant·es d’Alexeï Navalny.
