En septembre 2025, des mobilisations d’ampleur secouait Madagascar. La contestation est portée par la Gen Z, qui dénonce la corruption et la pauvreté dans le pays. Nous avons rencontré deux jeunes qui se sont mobilisés lors des mouvements. Robert, 20 ans, et Rova, 23 ans. Ils racontent ici les raisons de leur colère, leurs craintes et leurs espoirs pour le futur de leur pays.
25 septembre 2025. Antananarivo, Madagascar. Nouvelles coupures d’eau et d’électricité. Cette fois, c’en est trop. À l’appel de la Gen Z, des milliers de personnes s’emparent des rues de la capitale. Rapidement, les manifestations gagnent l’ensemble du pays.
Au-delà des dysfonctionnements des services de première nécessité, c’est un ras-le-bol général qui s’exprime. Corruption, pauvreté, inégalités latentes… Les jeunes n’en peuvent plus de voir leurs conditions de vie s’amenuir et leurs voix silencées.
Mais au lieu d’entendre leur colère, les autorités y répondent par la violence. En quelques jours, des centaines de manifestants sont blessés. Au moins 22 personnes y laisseront leur vie. Malgré la répression, les mobilisations ne désemplissent pas. Le 11 octobre 2025, le gouvernement est finalement renversé.
L’armée prendra le contrôle du pays quelques jours plus tard. Elle promet la mise en œuvre d’une transition et de nouvelles élections dans un délai de deux ans. Mais plusieurs mois après, les revendications de la Gen Z sont restées lettre morte, et la répression reprend de plus belle, avec de nouvelles arrestations en avril 2026.
Pendant les mobilisations de septembre, nous avons recueilli les témoignages de Robert, 20 ans, et Rova, étudiant malgache de 23 ans, installé en Malaisie pour ses études. Par mesure de sécurité, nous avons changé leurs noms. Malgré les risques, ils ont accepté de nous confier leur parole. Ils racontent ici les raisons de leur colère, leurs craintes et leurs espoirs pour leur pays.
Dans la Gen Z malgache, une contestation latente
« À Madagascar, la réalité dans laquelle vivent les jeunes est éprouvante » déplore Rova, étudiant malgache de 23 ans. Dans le pays, les jeunes représentent une part très importante de la population. Mais face à « la pauvreté, aux inégalités, aux coupures d’électricité et aux restrictions des libertés… », la jeunesse est constamment mise à l’épreuve. Le constat est là : les jeunes sont étouffés, contraints au silence et privés de leur futur.
Alors, quand les mobilisations éclatent le 25 septembre 2025, la colère gronde depuis déjà bien longtemps parmi la jeunesse malgache. « Nous sommes lassés d’être constamment ignorés, alors même que nous représentons le futur de cette nation. » explique Robert. « Nous voulons que nos voix soient entendues ». Le message est clair : la Gen Z ne supporte plus d’être une spectatrice silencieuse face aux injustices qu’elle subit.
Manifester n’est pas qu’un acte de résistance. Nous revendiquons notre droit fondamental de parler haut et fort, et d’exprimer notre mécontentement.
Parmi ses revendications principales : la lutte contre la corruption. La jeunesse dénonce haut et fort « l’enrichissement d’une poignée de politiciens corrompus et d’hommes d’affaires. » explique Robert. L’accès à l’eau et l’électricité, tout comme la santé, l’enseignement et l’emploi figurent aussi par ses priorités. En somme, c’est une génération qui refuse d’être laissée pour compte : « nous réclamons un futur meilleur ». Et c’est précisément pour ce futur, qu’ils se battent sans relâche pour « une justice sociale, une justice environnementale, et une véritable démocratie, où chaque voix compte » précise Rova.
Malgré la répression, la jeunesse mobilisée
Mais « lorsque nous manifestons, nous risquons nos vies. » nous confie Robert. A Madagascar, la liberté d’expression est sévèrement restreinte. Et dès les premiers jours de mobilisation, la répression a été brutale. Au total, des centaines de manifestants sont blessés et plus d’une vingtaine y laissent leur vie. Les arrestations sont aussi massives : « Nous risquons constamment d’être arrêtés simplement pour nous être exprimés ou pour avoir partagé des informations » ajoute-t-il.
Même en dehors des frontières, la jeunesse est bâillonnée explique Rova : « Parler ouvertement de la situation politique malgache peut être mal compris, et donner lieu à des mesures de surveillance » Pourtant, malgré les intimidations, la censure et les menaces, « le plus grand risque serait de garder le silence. » précise-t-il. Alors malgré les dangers, il s’est mobilisé depuis la Malaisie pour son pays et sa génération : « Je préfère être entendu pendant un moment plutôt qu’être complice en restant silencieux. »
Après plusieurs jours de révolte, le gouvernement est finalement renversé. Le 17 mars 2025, l’armée prend le pouvoir. Elle promet de répondre aux préoccupations des jeunes et d’assurer la transition du pays jusqu’à de nouvelles élections, dans un délai de deux ans. « Bien plus qu’une simple révolte politique, ce mouvement est une renaissance civique » raconte Rova. Le mouvement entend tracer le chemin d’un véritable renouveau démocratique dans le pays.
Des revendications restées lettre morte
Mais dans les faits, la jeunesse n’est pas entendue. Six mois après les mobilisations, aucune enquête n’avait été ouverte sur les personnes soupçonnées d’être responsables des crimes commis durant la répression de septembre. Progressivement, les politiques d’exclusion ont pris le pas sur une véritable participation des jeunes dans l’élaboration de réformes pour la transition.
Plus récemment, l’armée a même intensifié la répression, sous prétexte d’une campagne anti-corruption. En avril 2026, plusieurs jeunes sont à nouveau arrêtés à la suite de nouvelles manifestations. Au sein du mouvement des jeunes, la déception est palpable. « Si rien ne change, des générations de Malgaches resteront prisonniers de la misère. C’est le danger que nous, les jeunes, nous efforçons de prévenir. » s’inquiétait déjà Robert, lors des mobilisations de septembre 2025.
Un mouvement à l’écho mondial
Malgré tout, la Gen Z ne lâche rien : « L’humanité doit triompher parce que ce sont les gens qui construisent les nations. Pas les régimes, ni les élites corrompues. Si c’est le cas, alors Madagascar pourra enfin s’élever, plus fort et plus juste, pour chaque Malgache. » explique Robert.
Si l’humanité gagne, cela signifie que la vérité, la solidarité et la liberté l’emportent sur la peur, la manipulation et l’indifférence.
L’envie profonde de changement ne diminue pas. Elle s’exporte même au-delà des frontières et y trouve sa résonnance ailleurs : « Je crois profondément que chaque lutte locale a un écho mondial. Quand un peuple retrouve sa voix, le monde entier ressent un soulagement. » commente Rova. Un avis partagé par Robert, qui continue de se battre lui aussi « pour que les jeunes, où qu’ils soient, puissent croire qu’ils ont un rôle à jouer dans l’histoire de leur pays. ».
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