Des femmes palestiniennes déplacées à l'intérieur du pays au lendemain d'une frappe israélienne nocturne à Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le 9 mars 2026.
Eyad Baba / AFP

À Gaza, le génocide se poursuit. Les premières victimes sont les filles et les femmes. Privées d’accès à la santé, victimes de malnutrition et de déplacements forcés dans des camps insalubres, elles sont particulièrement visées par la politique de destruction d’Israël.  

Alors que le Moyen-Orient s’embrase après les attaques conjointes des Etats-Unis et d’Israël et les répliques iraniennes, nous ne devons pas oublier que le génocide se poursuit à Gaza. Malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis le mois d’octobre 2025, 630 Palestinien·nes sont morts et des milliers ont été blessées dans des frappes israéliennes, d’après le ministère de la Santé de Gaza. Outre les tirs et les frappes qui ne se sont pas tus, les autorités israéliennes maintiennent les conditions de vie qui condamnent la population palestinienne à une mort lente et calculée. Les femmes en sont les premières victimes  

Les femmes à Gaza sont privées des conditions nécessaires pour vivre et donner la vie en toute sécurité. Cette érosion systématique de leurs droits à la santé, à la sécurité, à la dignité et à un avenir n’est pas une simple conséquence malencontreuse de la guerre : c’est un acte de guerre délibéré visant les femmes et les filles.

Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International

Comment nous avons enquêté

Entre le 5 et le 24 février 2026, Amnesty International s’est entretenue avec 41 femmes, toutes déplacées à l’intérieur du pays, dont huit femmes atteintes de cancers, quatre femmes enceintes et 14 femmes ayant accouché après le « cessez-le-feu ».  

L’organisation s’est également entretenue avec 26 professionnel·les de la santé de six établissements médicaux ainsi qu’avec quatre membres du personnel d’organisations internationales.

L’effondrement des services de santé maternelle et néonatale 

Depuis octobre 2023, l’accès des femmes au système de santé sexuelle et reproductive à Gaza est gravement entravé. Cette situation est le résultat des bombardements incessants, des déplacements forcés imposés à la population et de la destruction des services de santé reproductive et maternelle.  

Les unités de soins néonatals qui parviennent encore à fonctionner sont débordées et pressurisées. Elles fonctionnent à 150-170% de leurs capacités, avec des couveuses parfois partagées par trois nouveau-nés selon le Fonds des Nations unies pour la population.  

Le responsable des soins infirmiers du service de soins intensifs et néonatologie de l’hôpital Shuhada Al Aqsa qui dispose de 24 couveuses en état de fonctionnement, a notamment déclaré qu’ils avaient dû réutiliser des fournitures médicales à usage unique. 

60%

de tous les points de service de santé sont hors d’usage à Gaza selon l’Organisation mondiale de la santé.

46%

des médicaments essentiels sont en rupture de stock selon le ministère de la Santé Palestinien.

Des actes génocidaires selon une Commission d’enquête de l’ONU

Dans son rapport de mars 2025, la Commission chargée d’enquêter dans le Territoire palestinien occupé concluait que la destruction du système de santé sexuelle et reproductive à Gaza s’apparente à deux types d’actes interdits par la Convention sur le génocide : l’imposition de conditions de vie destinées à entraîner la destruction physique des Palestiniens et Palestiniennes et l’imposition de mesures destinées à empêcher les naissances. 

Les femmes souffrent de malnutrition  

Les professionnel·les de santé avec qui nous nous sommes entretenus ont témoigné que la plupart des femmes qui venaient accoucher dans les hôpitaux souffraient d’anémie due à la malnutrition et les maladies transmises par l’eau insalubre.  

Je pesais seulement 43 kilos et à l’hôpital de campagne où j’ai accouché, ils m’ont dit que je souffrais de malnutrition. Mon bébé est né avec une double infection pulmonaire […]

Hind*, 22 ans, actuellement déplacée à al Mawasi, a donné naissance à un garçon le 19 janvier 2026

37 000 femmes enceintes et allaitantes souffriront de malnutrition aiguë et auront besoin de traitements avant mi-octobre 2026 d’après les dernières projections du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire. 

La malnutrition des femmes enceintes, couplées à la destruction du système de santé entraine une augmentation des problèmes de santé maternelle et néonatale.  

Les professionnel·les de santé témoignent d’une augmentation d’accouchements prématurés, d’enfants dont le poids est faible à la naissance, de stress prénatal, de dépression post-parthum. Ils recensent également une accélération des problèmes respiratoires chez les mères, exposées au froid et à la pollution accrue, et chez les enfants, surtout ceux dont l’accouchement est arrivé avant le terme. 

Survivre dans les camps de déplacés insalubres  

Depuis octobre 2023, la population palestinienne est victime d’une politique brutale de déplacements forcés. 2,2 millions de personnes, soit 90% de la population de la bande de Gaza a été illégalement déplacée par les ordres d’Israël.  

Les populations se retrouvent parquées dans des camps de déplacés où les terribles conditions de vie sont aggravées par un hiver rude avec de faibles températures et des pluies torrentielles qui inondent les tentes. Les femmes enceintes que nous avons rencontrées ont déclaré avoir peiné pour protéger leurs nouveau-nés de ces terribles conditions.  

Une infirmière de 24 ans, enceinte de huit mois, nous a décrit la souffrance de vivre sa grossesse dans une tente au sein d’un camp de déplacés insalubre. Elle était constamment malade à cause du froid. Son mari a été tué dans une attaque israélienne près de leur domicile juste avant qu’elle n’apprenne sa grossesse.   

Les grossesses et la convalescence post-partum, dans des sites délétères et surpeuplés ont non seulement un impact physique mais aussi psychologique destructeur sur les femmes. 

Le pire, c’est quand on doit aider une mère qui a perdu son mari ou sa famille […] Elle doit gérer son foyer, elle doit assurer le soutien émotionnel de son bébé alors qu’elle en a elle-même désespérément besoin […]

Maysoun Abu Bureik, sage-femme de l’hôpital al Awda

Des conditions exacerbées par les restrictions de l’aide humanitaire  

Israël restreint depuis 29 mois l’acheminement des produits indispensables à la survie de la population civile : nourriture, médicaments, matériel médical, matériaux pour les abris ou l’assainissement de l’eau.  

Avant le cessez-le-feu d’octobre 2025, les points de passage vers Gaza étaient complètement bloqués par l’armée israélienne. Depuis, l’entrée de l’aide humanitaire se faisait au compte-goutte. Mais avec le lancement de l’attaque israélo-américaine contre l’Iran le 28 février 2026, Israël a fermé les trois points de passage qui permettaient d’accéder à la bande de Gaza avant de rouvrir partiellement le passage de Kerem Shalom.  

Le gouvernement israélien a décidé d’interrompre les activités de 37 organisations internationales d’aide humanitaire travaillant dans le territoire palestinien occupé. La Cour suprême israélienne a temporairement suspendu cette décision le 27 février 2026.  

Médecins sans frontière fait partie des 37 organisations concernées. L’ONG a pourtant fourni des services essentiels en matière de soins prénataux et post-partum ambulatoires à des dizaines de milliers de femmes et de nourrissons depuis le début du génocide. Medical Aid for Palestinians, qui fournit des soins de santé pour les mères et les enfants dans deux hôpitaux de la ville de Gaza et dans la ville de Khan Younès, est également concernée.  

Il serait très difficile voire impossible pour le système de santé palestinien, anéanti par les attaques israéliennes, de prendre en charge les services essentiels fournis par les organisations humanitaires.  

Les femmes atteintes de cancers affectées par l’obstruction des évacuations médicales

Plus de 18 500 Palestiniens et Palestiniennes à Gaza ont besoin de traitements urgents qui ne sont pas disponibles à cause de la destruction du système de santé par Israël. Mais depuis le 7 octobre 2023, les évacuations médicales sont presque complètement interdites. 

La réouverture partielle des points de passage après le cessez-le-feu ont permis l’évacuation médicale de 289 personnes. Mais le processus est complètement à l’arrêt depuis le début de l’offensive des Etats-Unis et d’Israël contre l’Iran.  

Iman* est une Palestinienne qui reçoit un traitement contre le cancer à l’hôpital al Helou dans la ville de Gaza. Ses séances de chimiothérapie ont été repoussées à deux reprises, car les médicaments nécessaires n’étaient pas disponibles. Elle est inscrite sur la liste des personnes qui attend une évacuation médicale.  “J’ai appris l’année dernière que je souffrais d’un cancer du sein et depuis, j’ai été déplacée à quatre reprises. Je pouvais à peine bouger, mais je devais aussi porter mes enfants. Le déplacement associé à la maladie vous tue.” 

Nos demandes : 

  • Israël doit lever les restrictions illégales qui empêchent l’acheminement de l’aide humanitaire  
  • Les autorités israéliennes doivent cesser l’obstruction des évacuations médicales et garantir la possibilité à celles et ceux qui le souhaitent de revenir  
  • Les Etats doivent exercer une pression diplomatique et économique afin de pousser Israël à mettre un terme au génocide à Gaza

La France doit mettre fin à l’impunité d’Israël !

Un génocide a lieu en direct sur nos écrans, sous le regard de nos dirigeants. La France doit passer aux actes !

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