Images de ruines à Téhéran à la suite des attaques américano-israéliennes, Iran, le 3 mars 2026.
© Morteza Nikoubazl, NurPhoto via AFP

Depuis les attaques américaines et israéliennes en Iran le 28 février, une escalade sans précédent des hostilités est à l’œuvre au Moyen-Orient. Des centaines de victimes civiles sont déjà à déplorer dans toute la région. Face à l’intensification du conflit, la protection des populations civiles doit être une priorité pour éviter une nouvelle catastrophe humanitaire dans la région.  

« Le pire reste à venir ». Voilà les menaces scandées par le secrétaire d’État américain Rubio, quelques jours après les attaques conjointes menées par Israël et les États-Unis contre l’Iran le 28 février. En seulement quelques jours, les hostilités ont gagné l’ensemble de la région. Dix pays sont désormais touchés par les opérations militaires.  

Et les populations civiles sont en première ligne. En Iran, le Croissant-Rouge iranien recense déjà des centaines de décès parmi les civil·es. Plusieurs bâtiments civils ont été touchés, parmi lesquels une école et des centres médicaux. La riposte iranienne dans plusieurs pays de la région est aussi à l’origine de dizaines de morts, de blessés et de dégâts considérables sur les infrastructures civiles.  

Après des années de conflits et la récente répression sanglante en Iran, les populations civiles sont de nouveau en première ligne des hostilités. La menace d’un conflit international prolongé fait craindre une nouvelle catastrophe humanitaire, et fait peser de graves risques sur l’ordre et le droit international.  

Nous appelons la communauté internationale à prendre des mesures urgentes pour protéger les civil·es et garantir un accès humanitaire sur les zones touchées. Le point sur la situation.  

Que fait amnesty international ?

Amnesty international suit de près la situation en Iran et dans la région. Nous rassemblons actuellement des preuves de l’impact des hostilités sur les droits humains et les dommages causés aux populations civiles, afin de dénoncer toute violation du droit international.  

Pluies de pétrole à Téhéran 

« Le ciel au-dessus de Téhéran était noir aujourd’hui [8 mars]. Puis une pluie noire a commencé à tomber. Le sol est devenu noir partout, comme si une couche de ciment clair avait été versée dessus. ».  

Depuis le 7 mars, de nouvelles images terrifiantes nous parviennent d’Iran. On y voit le ciel de la capitale recouvert d’épaisses fumées noires et des flammes gigantesques embraser la ville. Les incendies ont gagné des zones résidentielles de Téhéran, poussant les résident·es à fuir leur foyer.  

En cause : des frappes de l’armée israélienne contre des infrastructures de stockage de carburant dans plusieurs quartiers de la ville. Selon les autorités iraniennes, elles auraient causé la mort de six personnes et fait plusieurs blessés, y compris parmi la population civile.  

Depuis, plusieurs témoignages très préoccupants font état de pluies noires s’abattant sur la ville : « Ce matin, l’air était noir comme de l’encre. C’est le jour, mais il fait nuit. La ville est recouverte de suie. Je suis sorti. Il pleuvait un peu et mes mains sont immédiatement devenues noires. De la suie tombe du ciel. C’est terrifiant. » 

Craignant des risques de propagation de produits chimiques toxiques, l’agence iranienne pour l’environnement et de la Société iranienne du Croissant-Rouge ont immédiatement conseillé aux habitant·es de Téhéran de rester chez eux.  

Les substances toxiques libérées dans l'air exposent des millions de personnes à Téhéran à des risques de complications graves pour la santé, notamment des cancers, des maladies pulmonaires et respiratoires et des brûlures cutanées. Les États sont tenus de respecter les droits sociaux et économiques en temps de paix comme en temps de conflit armé 

Heba Morayef, directrice régionale pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à Amnesty International. 

Que dit le droit international ?  

Incendies mortels incontrôlés, perturbations majeures des services essentiels, dommages environnementaux et risques sanitaires graves à long terme pour des millions de personnes… Les dommages civils qui pourraient résulter de ces frappes en Iran signifient qu’il existe un risque important que ces attaques violent le droit international humanitaire et, dans certains cas, constituent des crimes de guerre.  

En Iran, une école ciblée par les bombardements  

Le 28 février, les États-Unis et Israël ont lancé une offensive massive dans plusieurs villes en Iran, en violation du droit international humanitaire. Ce même jour, 165 personnes sont décédées dans le bombardement d’une école dans la ville de Minab, dans la province d’Hormozgan en Iran.

150 

écolier·ères figuraient parmi les victimes des frappes contre l’école

L’ONU a qualifié l’attaque de « grave violation du droit humanitaire ». Le Haut-Commissariat des Nations unies appelle quant à lui à une enquête rapide, impartiale et approfondie. Nous continuons de suivre la situation de près et de collecter des preuves au sujet de cette attaque meurtrière et d’autres crimes commis en Iran. 

Selon le président du Conseil médical iranien, dix centres médicaux ont aussi été endommagés par les attaques israéliennes et américaines. En date du 3 mars, le Croissant-Rouge iranien recensait déjà 787 victimes parmi les populations civiles.  

Que dit le droit international ?

Le droit international humanitaire interdit strictement les attaques directes contre des civil·es et des biens civils. Il interdit aussi les frappes indiscriminées qui ne font pas la distinction entre civil·es et biens civils d’une part, et combattants et objectifs militaires d’autre part.  

Les attaques aériennes touchant des écoles, des installations médicales ou des bâtiments résidentiels, ainsi que les tirs de missiles balistiques et d’autres armes explosives à large rayon d’action dans des zones densément peuplées, soulèvent de graves préoccupations quant à d’éventuelles violations du droit international humanitaire. 

Une riposte iranienne meurtrière dans la région 

Les attaques israéliennes et américaines en Iran ont été suivies d’une escalade sans précédent des hostilités dans la région. Les autorités iraniennes y ont répondu par des tirs de missiles et des attaques de drones en Israël et dans toute la région du Golfe.  

Les Émirats arabes unis, le Qatar, le Bahreïn, le Koweït, Oman et l’Arabie saoudite ont été directement ciblés. Ces attaques ont causé la mort de dizaines de civil·es dans la région. À Abou Dhabi, un drone iranien visant l’aéroport de Zayed a provoqué la mort d’une personne. Sept autres personnes ont aussi été blessées.  

Des infrastructures énergétiques ciblées dans les pays du Golfe 

Depuis le 28 février, plusieurs attaques visant les infrastructures énergétiques ont été signalées dans les pays du Conseil de coopération du Golfe. Des responsables saoudiens, qataris, émiratis, bahreïnis et koweïtiens ont déclaré que des drones et des missiles iraniens avaient directement visé des installations pétrolières et gazières. 

En Israël, au moins 10 personnes ont été tuées et des dizaines d’autres blessées. Parmi les victimes, neuf personnes ont perdu la vie à Beit Shemesh, après une frappe de missile balistique iranien. Une femme a également été tuée par des éclats d’obus dans la région de Tel-Aviv.  

Au Liban, la population civile est en première ligne de l’escalade des hostilités entre le Hezbollah et Israël. Selon les autorités libanaises, les frappes israéliennes avaient causé la mort d’au moins 40 personnes et fait 246 blessés au 3 mars. Un bilan sombre, qui s’ajoute aux 127 victimes civiles des attaques menés par Israël depuis le cessez-le-feu de novembre 2024.  

« L'escalade du conflit au Moyen-Orient représente une réelle menace pour le multilatéralisme et pour le respect du droit international. Non seulement ces crimes mettent en danger les populations civiles. Mais ils affaiblissent aussi les règles mondiales qui protègent pourtant les droits humains et la sécurité internationale. » 

Agnès Callamard, secrétaire générale d'Amnesty International 

Les populations civiles prises au piège  

À cause des hostilités, les populations civiles de la région se retrouvent prises en étau : contraintes de fuir pour certaines. Prises au piège, à l’inverse, sans aucun accès à l’aide humanitaire. 

Depuis les frappes iraniennes, Israël bloque tout déplacement en Cisjordanie et dans les territoires palestiniens occupés. Tous les points de passage vers ou en provenance de ces territoires ont aussi été fermés. Résultat, la population palestinienne de Gaza se retrouve une fois de plus privé d’aide humanitaire.  

Entre 3 mars et le 6 mars, les autorités israéliennes ont aussi lancé des ordres d’évacuation massifs au sud et à l’est du Liban. Plus de 100 villages et villes du sud et de l’est du pays et toute la banlieue sud de Beyrouth sont concernés.  

Ces ordres d’évacuation généralisés ont semé la panique et provoqué une nouvelle catastrophe humanitaire. Des centaines de milliers de personnes terrifiées ont tenté de fuir en voiture ou à pied, emportant avec eux tout ce qu’ils pouvaient.   

Moins de 100 heures après l’escalade des combats au Liban, plus de 300 000 personnes avaient été déplacées à travers le pays selon le Conseil norvégien pour les réfugiés. Au 6 mars, plus de 110 000 personnes déplacées se trouvaient dans des abris collectifs selon le Centre des opérations d’urgence sanitaire publique au Liban. Les hostilités avaient déjà fait 978 blessés et entrainé la mort de 217 personnes.   

Dans toute la région, les civil·es ont déjà subi des cycles successifs de conflits, de violations massives et de crimes au regard du droit international. Leur protection devrait désormais être la priorité absolue. Au lieu de cela, ils et elles sont confrontés à davantage de meurtres et de répressions absurdes

Agnès Callamard, secrétaire générale d'Amnesty International. 

Que dit le droit international ?   

L’armée israélienne est tenue de protéger les populations civiles et de prendre toutes les précautions possibles pour minimiser les dommages causés aux populations civiles. Or, au cours des 24h qui ont suivi l’ordre d’évacuation massive de la banlieue sud de Beyrouth, l’armée israélienne a mené des frappes aériennes répétées, souvent sans avertissement.  

Les multiples ordres d’évacuation et la destruction répétée de biens civils au Liban par l’armée israélienne avant et après le cessez-le-feu de 2024 peuvent s’apparenter à des déplacements forcés de population, ce qui est interdit par le droit international humanitaire, et être constitutifs de crimes de guerre. 

En Iran, la population à nouveau coupée du monde   

Une nouvelle fois, les autorités iraniennes ont coupé l’accès à internet dans tout le pays. Après les coupures massives imposées durant la répression de janvier, les autorités privent une nouvelle fois la population de tout moyen de communication. Et le reste du monde, d’accéder à des informations cruciales sur la situation sur place.  

Depuis plusieurs jours, nous sommes sans nouvelles du sort des prisonnier·ères dans le pays. Y compris celui des milliers de manifestant·es arrêtés durant les soulèvements de janvier. Nous savons pourtant que des explosions ont eu lieu à proximité de prisons.  

Durant la guerre de 12 jours en juin 2025, les attaques israéliennes avait ciblé précisément le centre pénitentiaire d’Evin, à Téhéran. L’attaque avait causé la mort de dizaines de personnes. Et justifié par la suite des arrestations massives, des exécutions sommaires et un recours accru à la torture des autorités iraniennes contre sa population.  

Nous craignons que ces nouvelles attaques ne justifient à nouveau une répression massive contre le peuple iranien. Des inquiétudes d’autant plus grandes, alors que les autorités iraniennes se sont livrées à un massacre sans précédent contre sa population en janvier dernier. Causant la mort de dizaines de milliers de personnes.  

Nous appelons les autorités iraniennes à libérer immédiatement toutes les personnes détenues arbitrairement. Et à prendre des mesures efficaces pour protéger les autres prisonnier·ères. 

Nos demandes  

Alors que des centaines de victimes sont déjà à déplorer, la protection des populations civiles doit être la priorité. En parallèle, nous appelons la communauté internationale à intensifier ses efforts diplomatiques pour empêcher une nouvelle escalade militaire.  

Les États ne doivent ni rester passifs, ni alimenter de nouvelles violations du droit international. Quant aux parties aux conflits, nous les exhortons à : 

  • Protéger immédiatement les civil·es et les infrastructures civiles  
  • Garantir un accès humanitaire à toutes les zones touchées  
  • Permettre une surveillance internationale indépendante 

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