Les Rohingyas sont un groupe ethnique de religion musulmane vivant principalement dans le nord de l’État d’Arakan, à l’ouest du Myanmar (ex-Birmanie), victimes d’un régime d’apartheid et de crimes contre l’humanité.
Un peuple persécuté
Les Rohingyas sont une minorité ethnique essentiellement musulmane comptant environ 1,1 million de personnes, qui vivent principalement dans l’État d’Arakan, dans l’ouest du Myanmar, à la frontière avec le Bangladesh.
Bien que les Rohingyas vivent au Myanmar depuis des générations, les autorités du pays les considèrent comme des immigrés illégaux venus du Bangladesh et refusent de les reconnaître en tant que citoyens.
Les Rohingyas sont privés de nationalité sur la base de lois, politiques et pratiques discriminatoires, et tout particulièrement de la Loi de 1982 relative à la citoyenneté qui prévoit une discrimination fondée sur des critères ethniques.
Dépourvus de statut juridique clair, la plupart sont de facto apatrides et victimes de discrimination systématique. Ils vivent dans des conditions déplorables. Fondamentalement séparés du reste de la population, ils ne peuvent pas se déplacer librement et ont un accès limité aux soins, aux écoles ou au travail.
Les autorités de l’État d’Arakan se sont engagées dans une politique visant activement à priver les Rohingyas de leur pièce d’identité, de leur permis de résidence et de leurs droits à la citoyenneté. Pour ceux qui ont quitté le Myanmar, fuyant les violences ou à la recherche de perspectives d’éducation et de moyens de subsistance, il est presque impossible de retourner dans le pays.
Une vie de ghetto
Les autorités du Myanmar soumettent les hommes, les femmes et les enfants rohingyas à la ségrégation et à l’intimidation dans un système d’apartheid déshumanisant. Leurs droits sont bafoués au quotidien et la répression n’a fait que se durcir ces dernières années.
630000 Rohingyas
vivent encore sous un régime d’apartheid au sein de l’État de Rakhine*
*Source : Human Right Watch, 2025
Violences et exodes massifs
Au cours des cinq dernières décennies, plusieurs épisodes de grande violence ont entrainé des vagues massives de réfugiés qui s’additionnent pour former l’actuelle crise humanitaire.
- 1978 : l’opération militaire « Nagamin » (Dragon Roi), officiellement destinée à lutter contre l’immigration illégale, mais marquée par de nombreuses violations des droits humains provoque une première grande vague d’exode. Environ 200 000 Rohingyas fuient le Myanmar.
- 1991-1992 : nouvelle campagne de persécutions, notamment à travers des travaux forcés et une présence militaire accrue. Environ 250 000 à 260 000 Rohingyas fuient au Bangladesh.
- 2012 : émeutes inter-ethniques entre Rohingyas (musulmans) et Rakhines (bouddhistes) dans l’État d’Arakan, causant la destruction de villages et la mort de centaines de personnes. Plus de 90 000 personnes sont déplacées.
- 2016 : début d’une forte campagne de répression militaire en réponse à l’attaque de postes policiers attribuée à des rebelles rohingyas, déclenchant une première vague de départs massifs.
- Août 2017 : le 25 août, l’Armée du salut des Rohingyas de l’Arakan (ARSA) attaque des postes de police. La réponse militaire est extrêmement brutale. L’ONU dénonce un nettoyage ethnique et un génocide. Plus de 700 000 à 800 000 Rohingyas fuient en quelques semaines le Myanmar pour le Bangladesh.
- Depuis 2023-2025 : recrudescence de la violence notamment avec la reprise du conflit entre la junte militaire et l’Armée d’Arakan, conduisant à de nouveaux déplacements massifs et à la mort de nombreux civils. Des milliers de Rohingyas fuient de nouveau vers le Bangladesh ou à l’intérieur de l’État d’Arakan.
1 million
de réfugiés rohingyas vivent au Bangladesh, principalement dans la région de Cox’s Bazar*
Le camp de Cox’s Bazar est le plus grand camp de réfugiés au monde, et l’un des endroits les plus densément peuplé au monde : il accueille la quasi-totalité de ces réfugiés sur une superficie de seulement 24 km² environ.
*Source : Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR)
La population des camps, composée majoritairement de femmes et d’enfants, reste très dépendante de l’aide humanitaire et subit une forte pression due à la surpopulation et à la diminution des financements internationaux.
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Un crime contre l'humanité
Les récits de témoins, les images et données satellite, et les photos et vidéos recueillies par nos chercheurs aboutissent tous à la même conclusion : en 2017, des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants rohingyas ont été victimes d’une attaque généralisée et systématique, constitutive de crimes contre l’humanité.
Le Statut de Rome de la Cour pénale internationale répertorie 11 types d’actes qui, lorsqu’ils sont commis sciemment dans le cadre d’une attaque généralisée et systématique, constituent des crimes contre l’humanité. Nos équipes ont recensé au moins six de ces actes perpétrés dans le cadre de la vague de violence qui a submergé le nord de l’État d’Arakan au Myanmar à la fin de l’été 2017 : le meurtre, l’expulsion et le déplacement forcé, la torture, le viol et d’autres violences sexuelles, la persécution et d’autres actes inhumains tels que la privation de nourriture et de provisions vitales.
