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Des ouvriers testent le sol alors qu’ils font pousser de l’herbe pour la Coupe du monde 2022 au Qatar © REUTERS/Naseem Zeitoon

Des ouvriers testent le sol alors qu’ils font pousser de l’herbe pour la Coupe du monde 2022 au Qatar © REUTERS/Naseem Zeitoon

Des ouvriers testent le sol alors qu’ils font pousser de l’herbe pour la Coupe du monde 2022 au Qatar © REUTERS/Naseem Zeitoon

Réfugiés et migrants
Actualité

Qatar 2022 : travailleurs migrants sans salaires

Mercury MENA, entreprise liée à la construction de structures de la Coupe du monde, doit des milliers de dollars à des dizaines d'anciens employés. Un nouveau cas d’exploitation des travailleurs migrants.

En 2017, le gouvernement du Qatar a été applaudi à l’annonce de son programme de réformes du droit du travail.

Pourtant, malgré la signature de cet accord, de nombreux employés de Mercury MENA sont restés bloqués sans percevoir leur salaire dans des logements sordides, inquiets quant aux moyens de se procurer leur prochain repas et quant à la possibilité de rentrer chez eux un jour, dans leurs familles.

De nombreux employés de Mercury MENA avaient fait d'énormes sacrifices et contracté des emprunts ruineux pour trouver un emploi au Qatar. Ils se sont retrouvés à travailler sans salaire pendant des mois et ont été abandonnés par un système qui ne les a pas protégés.

Entre octobre 2017 et avril 2018, nous avons interrogé 78 ex-employés de Mercury MENA venus d'Inde, du Népal et des Philippines, à qui l'entreprise doit des sommes importantes (en moyenne 2 035 dollars).

Mercury MENA, auparavant connue sous le nom de Mercury Middle East, a joué un rôle important dans la construction d’un stade qui a servi de vitrine pour la candidature victorieuse du Qatar à la FIFA en décembre 2010.

Depuis, les travailleurs migrants employés par l'entreprise ont travaillé sur certains des projets les plus prestigieux du Qatar, notamment la « Cité du futur » de Lusail, qui accueillera les cérémonies d'ouverture et de fermeture de la Coupe du monde.

D'autres ont travaillé sur la cité ouvrière destinée à héberger les travailleurs, Barwa al Baraha – comble de l'ironie, le Qatar la présente comme un gage de l'amélioration des conditions pour les travailleurs migrants.

Lire aussi : Qatar : une réforme en demie-teinte

Exploitation des travailleurs

La plupart des anciens employés de Mercury MENA interrogés ont déclaré que l’entreprise leur devait en salaires et prestations entre 1 162 et 2 100 euros (entre 5 000 et 9 000 riyals qataris).

D’après notre enquête, nous avons constaté que les retards dans le versement des salaires par Mercury MENA ont débuté aux environs de février 2016 et sont devenus plus récurrents et définitifs en 2017. En outre, l'entreprise n'a pas fourni de permis de séjour aux travailleurs comme l’exige la loi, ce qui a donné lieu à des amendes et a encore restreint leurs possibilités de changer de travail ou de quitter le pays.

Livraison de nourriture aux travailleurs © Amnesty International

Dans un cas au moins, l'entreprise a rejeté la demande d'un travailleur qui souhaitait rentrer chez lui en lui refusant un « permis de sortie ».

En vertu du système de parrainage en vigueur au Qatar, les entreprises ont le pouvoir d'empêcher les travailleurs de quitter le pays ou de changer d'emploi, ce qui limite leurs possibilités d’échapper aux abus ou de dénoncer leur traitement.

La disposition relative au « permis de sortie » a été supprimée pour la majorité des travailleurs en septembre 2018.

Ernesto, originaire des Philippines, a travaillé chez Mercury MENA en tant que chef d'équipe dans le secteur canalisations pour la ville de Lusail, un projet de plus de 38 milliards d'euros. Lorsqu'il a quitté le Qatar au bout de deux ans, l’entreprise lui devait quatre mois de salaires et il était plus endetté qu'à son arrivée. Il a déclaré :

J'imagine comment ce sera durant la Coupe du monde... Des gens venus du monde entier pour acclamer, rire, visiter les stades magnifiques, les sites de loisirs et les hôtels ici... Est-ce qu'ils s’interrogeront sur ce qui s’est passé dans les coulisses de ces bâtiments ?

Ernesto, travailleur migrant philippin

De la nécessité de réformes

Malgré la promesse de réformes majeures en 2017 et l'abolition du permis de sortie pour la plupart des travailleurs migrants début septembre 2018, le droit du travail au Qatar ne respecte toujours pas les normes internationales.

Les employeurs peuvent toujours empêcher les employés de changer d'emploi au Qatar, et ce parfois pendant cinq ans. Ceux qui changent d'emploi sans autorisation de leur employeur sont accusés de « fuite », infraction pénale qui peut aboutir à leur arrestation ou leur expulsion.

Les réformes promises au sujet de la création d'un fonds destiné aux travailleurs en difficulté et de la mise en place d'un salaire minimum devraient se concrétiser à l'avenir.

Le Qatar a l’occasion de faire évoluer son bilan en matière de droits des travailleurs à l'approche de la Coupe du monde 2022. En accordant une indemnisation adéquate aux employés de Mercury MENA, il ferait preuve de sa volonté de la saisir. Nombre d'anciens employés envisagent déjà d'immigrer de nouveau pour régler leurs dettes et il n'y a donc pas de temps à perdre.

Lire aussi : Qatar 2022 : les violations des droits des travailleurs

Des promesses et encore des promesses

En novembre 2017, nous nous sommes entretenus avec le PDG de Mercury MENA, qui a reconnu les retards importants dans le paiement des salaires mais a nié exploiter ses employés. Il a déclaré que Mercury MENA avait été victime de partenaires commerciaux sans scrupules, ce qui avait donné lieu à des « problèmes de trésorerie » et à plusieurs litiges au sujet des règlements avec des entreprises et des clients.

D’après des communications entre Mercury MENA et ses employés, la direction de l'entreprise avait connaissance des problèmes de paiement des salaires et continuait de promettre de les verser, promesses qu'elle n'a pas tenues.

Nous avons adressé d'autres courriels au PDG de Mercury MENA : ils sont sans réponse.

Nous demandons au gouvernement du Qatar de veiller à ce que les ex-employés de Mercury MENA reçoivent l'argent qu'ils ont gagné et de réformer en profondeur le système de parrainage.

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