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Deux migrants sont arrêtés par la police grecque, près du village de Kavyli, à Evros, à la frontière gréco-turque, le 03 mars 2020. © Achilleas Chiras/NurPhoto

Deux migrants sont arrêtés par la police grecque, près du village de Kavyli, à Evros, à la frontière gréco-turque, le 03 mars 2020. © Achilleas Chiras/NurPhoto

Deux migrants sont arrêtés par la police grecque, près du village de Kavyli, à Evros, à la frontière gréco-turque, le 03 mars 2020. © Achilleas Chiras/NurPhoto

Réfugiés et migrants

En Grèce, les refoulements illégaux et violents sont devenus la règle

Nous publions aujourd’hui un rapport faisant état d’actes de torture et d’arrestations violentes commis par le gouvernement grec à l’encontre de personnes réfugiées ou migrantes. Le pays systématise également les renvois forcés vers la Turquie et ce, en toute illégalité.

Les forces grecques postées aux frontières arrêtent violemment et illégalement des groupes de personnes réfugiées ou migrantes avant de les renvoyer sommairement en Turquie. Ces agissements bafouent les obligations du pays en matière de droits humains au regard du droit de l’Union européenne (UE) et du droit international.

Pour l’élaboration de ce rapport, nous nous sommes entretenus avec seize personnes victimes de ces renvois forcés illégaux qui ont eu lieu à la frontière délimitée par l’Evros entre juin et décembre 2020. Ces opérations illégales auraient concerné environ un millier de personnes.

Des personnes venues chercher la sécurité en Grèce

Ces renvois forcés et complètement illégaux ont lieu par voies terrestre et maritime. Notre rapport s’intéresse principalement aux opérations illégales menées dans la région du fleuve Evros, à la frontière terrestre entre la Grèce et la Turquie. 

En février et mars 2020, la Grèce a violemment renvoyé des réfugiés et des migrants après l’ouverture unilatérale des frontières terrestres par la Turquie. Depuis lors, ces pratiques, qui constituent des violations des droits humains, sont devenues courantes.

Selon Adriana Tidona, spécialiste des migrations en Europe à Amnesty International, il semble y avoir un travail de coordination entre différentes branches de l’État grec. Le résultat ? Des arrestations brutales, des centres de détention officieux, de nombreuses violences et des renvois sommaires vers la Turquie.

« […] les renvois forcés illégaux opérés dans la violence constituent désormais, de fait, la politique grecque de contrôle des frontières dans la région de l’Evros. ». 

Adriana Tidona

Des blessures physiques et des humiliations répétées

La grande majorité des personnes que nous avons interrogées ont signalé avoir assisté ou avoir subi des violences. Elles décrivent les auteurs de ces violences comme des représentants de l’État grec en uniforme et des hommes en civil.

Les témoignages relatent des coups de bâton ou de matraque, des coups de pied, des gifles et des bousculades qui ont parfois entraîné des blessures graves.

Les hommes ont souvent été contraints à se dénuder pour se soumettre à des fouilles humiliantes et agressives, parfois sous les yeux de femmes et d’enfants.

Dans la plupart des cas, les actes de violence dénoncés bafouent l’interdiction internationale des traitements inhumains ou dégradants. Certains actes s’apparentent à de la torture, compte-tenu de leur gravité et de leur caractère humiliant ou punitif.

Des témoignages glaçants

Saif, un homme syrien de 25 ans, a été renvoyé quatre fois, en août 2020. Lors de sa deuxième tentative, le groupe avec lequel il voyageait était tombé dans une embuscade tendue par des « militaires » vêtus de noir et encagoulés. Tous ont été transférés sur les rives de l’Evros, à la frontière entre la Grèce et la Turquie. Deux personnes du groupe ont tenté de s’échapper mais ont été rattrapées et rouées de coups. Saif, qui pensait que l’un de ces hommes avait eu la colonne vertébrale fracturée, raconte :

« Il ne pouvait plus bouger du tout, même pas les mains. »

Les militaires grecs ont d’abord traversé le fleuve en direction de la Turquie, avec les deux hommes blessés, puis des militaires turcs et une ambulance sont venus leur porter secours.

L’un des hommes interrogés nous a raconté une opération de renvoi qu’il a subie. Son groupe a été forcé à descendre du bateau et à plonger dans l’eau à proximité d’un îlot situé au beau milieu de l’Evros, où ils sont restés bloqués des jours. Un autre homme, qui ne savait pas nager, a appelé au secours alors qu’il peinait à garder la tête hors de l’eau. Il a finalement été emporté par le courant. 

Un droit migratoire complètement bafoué

Les renvois forcés illégaux ne se limitent pas aux frontières. Des arrestations et des détentions sont également relatées à l’intérieur des terres grecques. Les personnes arrêtées sont ensuite transférées dans la région de l’Evros en vue de leur renvoi illégal. Nous nous sommes entretenues avec quatre personnes arrêtées arbitrairement et détenues dans le nord de la Grèce, avant d’être renvoyées en Turquie. Parmi elles figurait une personne qui avait le statut de réfugié et une autre qui avait déposé une demande d’asile.

Nabil, un homme Syrien de 31 ans ayant déposé une demande d’asile en Grèce, a été arrêté au port d’Igoumenitsa, dans le nord-ouest du pays. La police lui a dit qu’il serait transféré à Athènes puis libéré. En réalité, il a été conduit dans un autre centre de détention, plus proche de la frontière, roué de coups puis renvoyé avec un groupe de soixante-dix personnes, dont des enfants.

Avant d’entrer dans le car, j’ai montré aux policiers ma carte de demandeur d’asile mais ils me l’ont prise, l’ont déchirée et m’ont dit de monter.

Nabil

« Toutes les personnes avec qui nous nous sommes entretenus avaient été renvoyées de zones où Frontex disposait d’effectifs importants. L’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes ne peut donc pas prétendre ignorer les violences au sujet desquelles nous, comme bien d’autres, avons recueilli des informations. Frontex a l’obligation de prévenir les violations des droits humains. Si elle ne peut le faire efficacement, elle doit suspendre ou cesser ses activités en Grèce », déclare Adriana Tidona.

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