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Liberté d'expression
Portrait

Marielle Franco

Mercredi 14 mars 2018, 21h30, quartier central d’Estacio, près de la mairie de Rio de Janeiro. Marielle Franco, sort d’une réunion sur le rôle de la femme noire dans la société brésilienne.

Accompagnée de son attachée de presse, la conseillère municipale monte dans la voiture conduite par son chauffeur, Anderson Pedro Gomes.

Il démarre. Quelques minutes plus tard, un véhicule qui les suivait, se rapproche. Leurs occupants ouvrent le feu à neuf reprises. L’élue de 38 ans reçoit quatre balles dans la tête et décède sur le coup. Son chauffeur est également abattu. Seule l’attachée de presse s’en sort avec quelques blessures sans gravité.

Le lendemain, jour des obsèques, la consternation et la colère dépassent largement la ville de Rio de Janeiro et le Parti socialisme et liberté (PSOL), formation politique que Marielle Franco représentait au conseil municipal. « Femme, Noire, née et habitant dans la favela (bidonville), défenseure des droits humains », comme elle aimait se définir, Marielle était devenue un symbole des nouvelles luttes politiques dans tout le Brésil.

Quelques jours avant son assassinat, la jeune femme de 38 ans écrivait avec colère : « Cessez de maltraiter la population ! Cessez de tuer nos jeunes ».

Dans ce pays connaissant une violence croissante – 60 000 homicides recensés en 2017 – Marielle Franco dénonçait les violences policières, notamment celles du 41e bataillon de police militaire. Ces prises de position récurrentes lui avaient attiré les foudres de nombreux membres des forces de sécurité et de miliciens, témoignent à la fois sa veuve Monica Benicio, ses proches et les militants. Quitte à l’éliminer ? Beaucoup le pensent, alors que l’enquête piétine huit mois après le crime.

Le symbole des années Lula

Marielle Franco est née en 1979 dans le Complexo da Maré, conglomérat de favelas regroupant près de 150 000 habitants, au nord de Rio de Janeiro. Dans ce quartier violent, alors qu’elle prépare son baccalauréat, une de ses amies est tuée par une balle perdue lors d’affrontements entre trafiquants de drogue et policiers. Sa vocation de militante pour la défense des droits humains naît ce jour-là.

Autre événement déterminant de son engagement en faveur des femmes : sa maternité, à l’âge de 19 ans. Marielle incarne les années Lula, période où les Noirs, souvent pauvres, accèdent à l’université. Elles ne sont que deux Noires dans sa promotion, et elle sera la seule à poursuivre des études en sciences sociales à l'Université pontificale catholique de Rio (PUC-Rio), grâce à une bourse.

Elle décroche une maîtrise d’administration publique, un diplôme généralement réservé à une élite blanche masculine. Au terme de ses études, elle commence à travailler dans ­différentes organisations de la société civile, comme la Brasil Foundation et le Centre d’actions solidaires da Maré (Ceasm).

« Marielle a toujours été une personne au caractère trempé, ferme dans ses convictions et ses objectifs, mais qui savait écouter et dialoguer, se souvient Shirley Rosendo, coordinatrice au sein de l’ONG Réseau da Maré. Elle estimait que son rôle était de lutter pour les gens qui vivaient dans les favelas, pour la défense des droits des jeunes Noirs, principales victimes des violences, et pour les droits des LGBTI. Selon elle, la favela faisait partie intégrante de la ville et ses habitants devaient en écrire l’histoire ».

Une conviction qui a motivé son engagement politique. En 2006, la jeune femme intègre l'équipe de campagne de Marcelo Freixo, membre du PSOL, dans le cadre des élections à l'Assemblée législative de l'État de Rio de Janeiro.

Après l'élection de ce dernier, elle est nommée conseillère parlementaire du député et assure la coordination de la Commission pour la défense des droits de l'homme et de la citoyenneté de l'Assemblée législative. En 2016, elle se présente à son tour aux élections municipales de Rio. Essai brillamment transformé puisqu’elle est élue haut la main conseillère municipale à la mairie de Rio de Janeiro, avec plus de 46 000 voix, soit le cinquième meilleur suffrage. « Et la première femme à obtenir autant de voix », se souvient sa sœur Anielle Franco, désormais menacée, dans la rue et sur les réseaux sociaux.

Une spécialiste des questions sécuritaires

« Marielle disait qu’il fallait que les femmes occupent les espaces du pouvoir politique, témoigne Tarcisio Motta, l’un de ses collègues du conseil municipal. Et qu’elles agissent ». De fait, en quinze mois de présence au conseil municipal, Marielle Franco a présenté seize projets de loi.

« Deux d’entre eux ont été votés, poursuit l’élu. L’un portait sur la régularisation des mototaxis, important moyen de transport dans les favelas. L’autre sur les contrats conclus par la mairie avec des organisations sociales de santé, cibles fréquentes d’enquêtes sur la corruption ». Présidente de la Commission de défense de la femme, Marielle Franco a également consacré beaucoup de temps à compiler des informations sur la violence de genre à Rio, la protection des droits reproductifs des femmes et les attaques contre les LGBTI.

La conseillère municipale s’affirme comme une spécialiste des politiques sécuritaires, dénonçant sans relâche la violence de la police militaire de Rio de Janeiro dans les favelas. « L’attentat contre Marielle Franco est survenu dans une conjoncture très particulière, souligne Armelle Enders, historienne au CNRS. Depuis le 16 février, la sécurité publique de Rio de Janeiro avait été placée sous la responsabilité de l’armée fédérale et non, comme la Constitution le prescrit, sous celle du gouverneur de l’État de Rio de Janeiro et de la police militaire régionale. Cette mesure a été prise par le président Michel Temer au prétexte que l’insécurité battait des records ».

L’enquête traîne en longueur. Seul indice concret, « les cartouches utilisées pour assassiner l’élue et son chauffeur proviennent d’un lot de munitions qui appartenait initialement à la police fédérale et qui a été détourné à des fins criminelles », souligne Jurema Werneck, directrice exécutive d’Amnesty Brésil. En juillet, un ancien policier et un ancien pompier sont arrêtés, laissant penser à une piste du côté des milices. Mais en août, Raul Jungmann, le ministre de la Sécurité publique, reconnaît que des « agents de l’État » et des « politiques » sont impliqués dans le crime, tout en admettant des difficultés pour faire progresser l’enquête. Des noms de politiques locaux sont même évoqués dans la presse, laissant entendre que le meurtre aurait été méticuleusement préparé.

« Je suis très triste d'avoir à dire cela, mais à ce jour, avec Bolsonaro et son entourage à la tête du Brésil, je ne sais pas si on arrivera à savoir un jour qui l'a tuée », confiait Anielle, lors du sommet des défenseurs qui s’est tenu à Paris fin octobre. Inquiétudes d’autant plus vives que la mort de Marielle Franco a suscité des commentaires d’une rare violence, notamment de la part de la droite extrême. Les réseaux sociaux sont saturés d’injures à l’égard de l’élue noire et lesbienne. D’un autre côté, des milliers de Brésiliens réclament justice et multiplient les hommages à la conseillère municipale. « Ils croyaient nous enterrer mais nous étions des graines », aimait répéter Marielle Franco.

— Par Jean-Claude Gerez, correspondant au Brésil

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