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Manifestation après les élections en Gambie 2016 © D.R.

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Manifestation après les élections en Gambie 2016 © D.R.

Liberté d'expression
Actualité

Répression en Gambie à l’approche de l’investiture du nouveau président

Le gouvernement du président Yahya Jammeh, battu lors de l’élection présidentielle de décembre en Gambie, a arrêté de manière arbitraire des sympathisants de l’opposition et fermé trois stations de radio indépendantes au cours de la semaine écoulée.

Yahya Jammeh a publiquement reconnu sa défaite le 1er décembre, pour ensuite rejeter les résultats de l’élection le 9 décembre, critiquant la Commission électorale indépendante, qu’il a qualifiée de « malhonnête », pour son manque d’indépendance supposé.

Des résultats contestés par l'actuel président

Le 13 décembre, les forces gambiennes de sécurité ont expulsé Alieu Momarr Njai, président de cette commission, et son personnel de leurs bureaux. Alieu Momarr Njai a ensuite indiqué à Human Rights Watch et Amnesty International qu’il craignait pour sa sécurité, et a quitté la Gambie le 30 décembre pour se réfugier à l’étranger. Le parti de Yahya Jammeh, l’Alliance pour la réorientation et la construction patriotiques, a déposé le 13 décembre un recours auprès de la Cour suprême dans le but de contester les résultats de l’élection. La Cour suprême ne dispose pas de juges assesseurs permanents et Yahya Jammeh devrait donc nommer de nouveaux magistrats pour que cette requête soit examinée, ce qui a amené l’Association gambienne du barreau à qualifier ce recours de « fondamentalement vicié ». Le refus de Yahya Jammeh de reconnaître les résultats du scrutin a été largement condamné à l’échelle internationale, notamment par le Conseil de sécurité des Nations unies, par l'Union africaine et par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Le 17 décembre, la CEDEAO a déclaré que lorsque le mandat de Yahya Jammeh prendra fin le 19 janvier, Adama Barrow « doit être investi de ses fonctions », et a promis de « prendre toutes les mesures nécessaires » pour faire respecter les résultats de l’élection.

Le mouvement #Gambiahasdecided réprimé

Des sources en Gambie ont expliqué à Human Rights Watch et à Amnesty International que des agents des services de renseignement ont arrêté deux hommes, Alpha Sey et Muhammed Kuyateh, qui portaient des t-shirts #Gambiahasdecided dans la soirée du 31 décembre. Un témoin a affirmé que cinq hommes en civil ont fait monter Alpha Sey de force dans un pickup blanc. « Ils ont demandé à lui parler et, après une brève conversation, l'ont poussé à l’intérieur de la voiture », a dit ce témoin. « Sey était le seul à porter un t-shirt #Gambiahasdecided et je l'ai entendu dire : "Il n'y a pas besoin que je monte dans la voiture, il suffit que je l’enlève." Mais ils l'y ont quand même forcé. » Un autre témoin a indiqué que le 31 décembre, des hommes en civil ont forcé Muhammed Kuyateh à monter à bord d’un véhicule à Bakoteh, une banlieue de Banjul, apparemment parce qu'il portait un t-shirt #Gambiahasdecided. Les deux hommes ont été placés au secret au siège de la NIA, puis libérés sous caution le 3 janvier. Des agents des services de renseignement ont arrêté trois gérants de magasins qui vendaient des articles estampillés #Gambiahasdecided dans la zone de Westfield à Serrekunda dans la soirée du 31 décembre. Ebrima Sambou, Mamie Serreh et Isatou Jallow ont indiqué que ces fonctionnaires s’étaient présentés dans leurs boutiques et avaient confisqué les t-shirts et d'autres objets affichant le slogan #Gambiahasdecided ou des images en soutien au président-élu, Adama Barrow, ou à la coalition d'opposition. Ces trois personnes ont ensuite été emmenées au siège de l'agence de renseignement à Banjul, où elles ont été interrogées sur les fournisseurs de ces articles, puis remises en liberté quelques heures plus tard. Les articles confisqués n’ont pas été restitués. Mamie Serreh a déclaré qu'avant sa libération, un agent des services de renseignement lui a dit : « Tout ce que tu diras sur ce qui s’est passé se retournera contre toi. »

Craignant pour sa sécurité, l’épouse d'un des autres gérants a quitté la Gambie peu après la libération de son mari. Des agents des services de renseignement auraient par ailleurs appréhendé un partisan de la coalition, Wandifa Kanyi, pour avoir vendu des t-shirts à Serrekunda le 2 janvier. Wandifa Kanyi a été remis en liberté le 3 janvier. Deux membres fondateurs du mouvement #Gambiahasdecided, Salieu Taal et Raffi Diab, ont fui la Gambie le 31 décembre après avoir reçu des informations semblant crédibles sur l'imminence de leur arrestation par l'agence de renseignement.

Les médias dans le viseur

Le 1er janvier, des agents des services de renseignement ont forcé trois stations de radio privées, Teranga FM, Hilltop Radio et Afri Radio, à cesser d'émettre. Si Afri Radio a rouvert le 3 janvier, elle ne diffuse plus de programmes d'information. Compte tenu du contrôle exercé par le gouvernement sur la télévision et la radio publiques, les stations de radio privées représentent pour les Gambiens un moyen important de prendre connaissance de points de vue et d’opinions divergents, même si la tendance des forces de sécurité à arrêter et menacer les journalistes a amené beaucoup d'entre eux à s'autocensurer. Teranga FM et Hilltop Radio étaient deux stations relayant des informations politiques diverses dans des langues locales.

Lire aussi : Election présidentielle en Gambie : un espoir de liberté déjà écrasé

Emil Touray, président du syndicat de la presse gambienne, a déclaré à Human Rights Watch et à Amnesty International que la fermeture de ces radios « a privé les Gambiens de plusieurs médias essentiels à un moment crucial de l'histoire du pays. » Teranga FM a été fermée à trois reprises ces dernières années et son directeur, Alhagie Ceesay, a été arrêté en juillet 2015, roué de coups et torturé au siège de la NIA, puis inculpé de sédition. Il s'est évadé et a fui à l'étranger en avril 2016. Alors qu’approche la date à laquelle Yahya Jammeh est censé quitter ses fonctions et transférer le pouvoir à son successeur, les autorités et les forces de sécurité gambiennes doivent respecter et protéger le droit de tous les Gambiens à exprimer librement et pacifiquement leur point de vue et leurs opinions politiques, ont déclaré Human Rights Watch et Amnesty International. Les stations de radio privées doivent être libres d'émettre sans ingérence gouvernementale et sans crainte de représailles.

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