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Affrontements à Tripoli, 2019 © Karine Pierre / Hans Lucas via AFP

Affrontements à Tripoli, 2019 © Karine Pierre / Hans Lucas via AFP

Affrontements à Tripoli, 2019 © Karine Pierre / Hans Lucas via AFP

Liberté d'expression
Actualité

Libye : Les autorités engageraient des milices armées contre les manifestants

Le 23 août, des armes lourdes ont été utilisées contre des manifestants descendus dans les rues de Tripoli, Misrata et al Zawyia, pour protester contre la dégradation de la situation économique et contre la corruption.

Malgré la récente annonce d’un cessez-le-feu, le 21 août 2020, entre le Gouvernement d’union nationale (GUN), reconnu par l’ONU, qui contrôle une grande partie de l’ouest de la Libye, et l’Armée nationale libyenne, qui contrôle l’est du pays, la situation humanitaire continue de se dégrader en Libye.

Nous avons enquêté, interrogé des témoins, analysé des photos et des vidéos pour comprendre la situation lors des manifestations dans le pays.

Des armes lourdes utilisées contre la population

Le 23 août 2020, lors d’une manifestation à Tripoli, au moins six manifestants ont été enlevés et plusieurs autres blessés par des tirs à balles réelles et des mitrailleuses lourdes. Ce sont des hommes non identifiés, en tenue militaire de camouflage, qui ont ouvert le feu sur la foule. Sans aucun avertissement. L’attaque a eu lieu dans un secteur contrôlé par la brigade Nawasi, une milice qui opère théoriquement sous l’autorité du ministère de l’Intérieur du GUN. Selon certains témoins et selon des informations provenant d’individus affiliés à la brigade Nawasi, certaines des personnes enlevées seraient détenues par cette milice. Cela incite fortement à penser qu’elle était à l’origine de cette attaque.

Lire aussi : Tout savoir sur le droit de manifester dans le monde

Au lieu d’arrêter les milices et les groupes armés qui commettent des abus et qui ne rendent de comptes à personne, le GUN les utilise pour la sécurité, le maintien de l’ordre et pour combattre ses propres rivaux. Cet état de non-droit et cette impunité ne font que perpétuer les souffrances de la population civile libyenne. Celle-ci n’est même pas en mesure d’exprimer en toute sécurité ses doléances quant à la situation économique et humanitaire désastreuse du pays. Le GUN a la responsabilité de faire respecter le droit de manifester pacifiquement, de protéger les manifestants contre ceux qui cherchent à les faire taire en tirant sur eux à balles réelles et d’apporter une solution aux problèmes sous-jacents qui conduisent les gens à descendre dans la rue.

Recours à la force face à des revendications légitimes

Ce 23 août à Tripoli, de nombreuses personnes étaient simplement venues manifester pour leurs droits fondamentaux. Selon les photos que nous avons analysées, certains de ces manifestants sont repartis avec des blessures graves.

Nous protestons pour l’eau, nous protestons pour l’électricité, nous protestons pour que les jeunes Libyens ne soient pas obligés d’émigrer en Europe.

L’un des dirigeants du mouvement de protestation

Quand les manifestants ont commencé à se disperser, vers 21 heures, les assaillants les ont suivis et ont continué de tirer à balles réelles. Certains manifestants ont réagi en barrant des rues avec des pneus enflammés, afin de tenter de se défendre.

Les images montrant des groupes armés tirant sur des manifestants pacifiques font resurgir le souvenir des manifestations de février 2011 contre [l’ancien dirigeant de la Libye] Mouammar Kadhafi.

Un manifestant

Des déclarations publiques douteuses

Le 23 août, le ministère de l’Intérieur du GUN a publié des déclarations condamnant les attaques, niant l’affiliation des assaillants au ministère et promettant des enquêtes. Le lendemain, Fayez al Sarraj, président du Conseil présidentiel et Premier ministre du GUN, a déclaré : « Les personnes qui ont manifesté n’avaient pas obtenu les autorisations nécessaires auprès des autorités concernées [...] De petits groupes ont infiltré les manifestants, et certains individus étaient armés [...] Des émeutes ont eu lieu et des biens publics et privés ont été détruits [...] Nous alertons [le public] au sujet des infiltrés qui tentent d’inciter à la sédition et au sabotage. » Malgré les déclarations de Fayez al Sarraj, nous n'avons pas trouvé de preuve établissant la présence d’individus armés parmi les manifestants ou montrant que les manifestants attaqués sur Tarik al Shati, un grand axe routier de Tripoli, mettaient en danger la vie d’autrui.

Nous demandons au GUN de révéler les lieux de détention de toutes les personnes enlevées et que celles-ci soient libérées immédiatement. Le GUN doit mener dès maintenant une enquête exhaustive, impartiale, indépendante et transparente sur le recours injustifié à la force contre les manifestants, et de veiller à ce que tous les responsables répondent de leurs actes devant la justice.

 

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