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Des hommes font un geste devant une barricade brûlée lors d'une manifestation contre les soldats français à Bambari
[Photo illustrative] Des manifestations à Bambari © REUTERS/Goran Tomasevic

[Photo illustrative] Des manifestations à Bambari © REUTERS/Goran Tomasevic

[Photo illustrative] Des manifestations à Bambari © REUTERS/Goran Tomasevic

Conflits armés et populations

République centrafricaine : l’horreur des violences

Des milliers de personnes déplacées, des civils tués, des pillages orchestrés. A l’approche des élections, la République centrafricaine a sombré dans la violence.

La situation sécuritaire s’était détériorée à quelques jours de l’élection présidentielle et des élections législatives du 27 décembre dernier à la suite de la formation par six groupes armés, de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) défavorable à l’organisation des élections.

Depuis le 17 décembre, la CPC a mené des attaques et occupé plusieurs villes. Les forces armées centrafricaines appuyées par des troupes étrangères, en présence de la MINUSCA ont mené des combats contre elle pour reprendre ces villes.

Du fait de la poursuite des combats et de l’occupation de parties du territoire par la CPC, les informations sur les conséquences du conflit sur les populations sont difficiles à obtenir. Cependant, des témoignages, des analyses et vérifications d’images satellites, de vidéos et de photographies, confirment que dans ce contexte des civils ont été tués dans plusieurs villes dont Bambari au centre, et Bangui la capitale. D’important déplacements de populations ont eu lieu comme à Bangassou, au sud-est. Des pillages et des blocages à l’acheminement des biens de première nécessité et de l’aide humanitaire ont également été constatés.

Attaque d’un site religieux

Le 22 décembre 2020, des membres de la CPC ont occupé plusieurs positions dans la ville de Bambari. Les 15 et 16 février 2021, les forces gouvernementales et leurs alliés y ont affronté les membres de la CPC avant que ces derniers ne se retirent de la ville. C’est dans ce contexte que 14 civils ont été tués. En effet, Crisis Evidence Lab, notre équipe spécialisée dans l’analyse de preuves, a reçu et analysé plusieurs images et une vidéo datées du 16 février 2021 pouvant être géolocalisées dans un site religieux à l’est de Bambari.

Les images montrent les corps de personnes qui auraient été tuées le même jour. En tout, 14 cadavres sont visibles sur le sol, la plupart partiellement ou entièrement couverts de tissus. Les photos reçues montrent des dégâts sur un bâtiment causés par l’explosion d’une arme à fragmentation.

Par ailleurs, Médecins Sans Frontières (MSF) a annoncé le 22 février 2021 qu’un centre médical soutenu par ses équipes avaient été endommagé avec des balles et des explosifs lors de ces mêmes combats. L’organisation a confirmé avoir traité une trentaine de blessés dont huit femmes et neuf mineurs âgés entre 17 mois et 17 ans blessés par des balles et des éclats d'obus.

Pour rappel, les attaques visant des civils sont prohibées par le droit international humanitaire. Des précautions doivent être prises afin de protéger les bâtiments consacrés à la religion et les centres de santé.

Des tués et des blessés par les forces de sécurité

Le 7 Janvier 2021, les autorités centrafricaines ont décidé de mettre en place un couvre-feu dans tout le pays. Selon les témoignages recueillis, dans la soirée du 11 janvier, un jeune homme a été abattu par balle à Bangui par des membres des forces de sécurité car il n’aurait pas respecté les horaires du couvre-feu. Les jeunes de la zone ont alors décidé de porter le corps de la victime et de le ramener devant la primature en signe de protestation.

Des populations déplacées

Depuis la mi-décembre, au moins 240 000 personnes se sont déplacées à l'intérieur de la République centrafricaine, selon les organisations humanitaires, du fait des attaques et combats. Une situation qui place les populations affectées dans des conditions humanitaires déplorables.

Amnesty International a pu révéler l’ampleur des déplacements à Bangassou. Le dimanche 3 janvier 2021, des éléments armés de la CPC avaient attaqué la ville, créant ainsi la panique au sein de la population

Toute la ville s’est vidée, 80% de la population a traversé le fleuve pour rejoindre la ville de Ndu au Congo (République démocratique du Congo).

Un habitant de la ville

Les images satellite de Bangassou du 4 janvier 2021, analysées et vérifiées par nos experts montrent en effet que le marché central de la ville est apparu plus vide que d'habitude, probablement en raison des pillages et des attaques de la veille.

Ces images analysées montrent également un très grand nombre de personnes présentes sur les berges du fleuve Mbomou du côté de la RCA et de nouvelles structures érigées pour l’accueil de l'autre côté du fleuve en République démocratique du Congo dans la ville de Ndu. Ces personnes attendent de pouvoir traverser, corroborant des déplacements importants de populations.

Les axes de ravitaillement perturbés

Des personnes ont rapporté les difficultés rencontrées pour accéder à des vivres importés et à l’aide humanitaire en provenance du Cameroun. Les éléments de la CPC ont volontairement bloqué le passage des camions de ravitaillement en menant des attaques contre les conducteurs de camions.

A titre d’illustration, le 18 janvier 2021, trois conducteurs de camions ont été blessés à Baboua au cours d’une embuscade tendue par des éléments de la CPC. Deux autres conducteurs ont été tués sur ce même axe le 19 janvier, selon les autorités centrafricaines. L’approvisionnement du pays dépend beaucoup de son ravitaillement par ce corridor, ce qui a conduit à une raréfaction des denrées et donc à une augmentation des prix.

Les besoins humanitaires qui étaient déjà importants ont augmenté avec la crise. Une grande partie des vivres et de l’aide humanitaire destinés au pays passaient par la route principale reliant Bangui au Cameroun, dont le blocage a été levé la semaine dernière. Les groupes armés continuent cependant de menacer ce corridor.

… Les prix sur les marchés avaient déjà augmenté avec la pandémie de COVID 19. Cette crise qui accentue l’inflation et l’accès des populations aux produits de première nécessité s’avère compliquée, sachant que la RCA est un pays où l’insécurité alimentaire et la malnutrition étaient déjà élevées. »

Un membre d’une ONG humanitaire

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