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© Christine Chaumeau

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Conflits armés et populations
portrait

Le levier d’une mémoire

Juive, survivante de la Shoah, Janina Hescheles Altman s’oppose à l’occupation des Territoires palestiniens.

Invariablement les vendredis, elle se tient sur un rond-point au cœur de Haïfa. Avec les Femmes en noir, Janina Hescheles Altman manifeste contre l’occupation des Territoires palestiniens. Les automobilistes l’injurient ou lui crachent à la figure. Elle n’en a cure. Ses yeux bleus intenses ont vu tant de choses. Sans fléchir. Ils s’éclairent pour parler des rencontres où, enfants israéliens et allemands, assis côte à côte, l’écoutent. « Au sortir de la guerre, je ne pensais pas que cela serait possible. Il aura fallu trois générations. Peut-être qu’il faudra plus de temps, mais j’espère que l’on pourra voir, un jour, de telles scènes entre Israéliens et Arabes ».

Parler d’aujourd’hui

Janina Hescheles Altman rassemble, selon ses proches, toutes les caractéristiques du mensch. Un être intègre et « d’une bonté impitoyable » loué dans la tradition yiddish. À 86 ans, sa fragilité est palpable, accentuée par la maladie de Parkinson. Mais son corps et son âme recèlent une fermeté inaltérable. Survivante de la Shoah, elle n'adhère pas à la glorification mémorielle. Elle tient plutôt à s’appuyer sur les souvenirs douloureux pour parler d’aujourd’hui. « Notre passé tragique ne nous donne pas le droit, en Israël, de confisquer des terres, de détruire des maisons, d’arracher des champs d’oliviers », écrit-elle dans l’épilogue de À travers les yeux d’une fille de douze ans, cahiers de témoignages à chaud de son expérience d’enfant juive durant la Seconde Guerre mondiale. Écrits en 1943 et publiés en Pologne en 1946, ils viennent de sortir successivement en Ukraine, Espagne, Israël et France.

Alors que le journal d’Anne Frank était hanté par le pressentiment de la « catastrophe » à venir, les « mémoires » de Janina l’embrassent dans sa globalité. La mort de son père dans les pogroms de juin 1941, la vie dans le ghetto qui s’organise à partir de l’automne 1941 et ses infructueuses tentatives d’y trouver un refuge, le suicide de sa mère sous ses yeux en mai 1943. Orpheline, sans abri, elle se résigne à entrer dans le camp de Janowska. Chaque épisode est relaté, sans épanchement. Denses, précises à l’extrême, courtes, ses phrases sont d’une clarté « quasi scientifique », exemptes de toute sensiblerie, mais emplies d’information.

Pas facile à entendre

La publication de ces carnets offre une présence médiatique inédite à cette militante communiste de la première heure. « Être communiste en Israël, allié des États-Unis, dans les années 1960, c’était très dur ! », lance son amie Linda. Un choix qu’elle assume même si elle n’obtient jamais un poste stable de chimiste.

Par fidélité à la petite fille qu’elle était, Janina lutte contre « l’injustice ». « Car les Polonais qui m’ont sauvée, l’ont fait au risque de leurs vies. Cela m’oblige envers les opprimés », dit-elle. En 2014, en pleine guerre à Gaza, elle est pour la première fois invitée à participer à la cérémonie célébrant l’insurrection du ghetto de Varsovie. Les généraux de l’armée israélienne l’applaudissent, alors qu’elle dénonce les frappes et qu’on la voit photographiée lors d’une manifestation des Femme en noir. « Ils n’ont pas bronché, parce qu’elle est une survivante », remarque son fils Eitan Altman.

« On est obligé de la traiter correctement vu son passé, renchérit David Gottesman son éditeur israélien. Ses souvenirs ont été plutôt bien accueillis par la critique, mais l’épilogue dans lequel elle compare le Lvov de son enfance à Haïfa est très mal reçu. On m’a demandé de le changer. Elle dit des choses qui ne sont pas faciles à entendre en Israël ». Certains éditorialistes s’en saisissent pour parler d’un point de vue rarement abordé dans leurs colonnes.

« Janina montre la lumière dans les moments les plus obscurs », remarque son éditeur israélien David Gottesman. Ses deux fils se souviennent du temps où leur mère interdisait les jouets Made in Germany. Sa découverte de La Rose blanche, un mouvement de résistance rassemblant à Munich de jeunes scientifiques, l’a bouleversée. Au point d’y consacrer dix années de recherches et de publier en 2007 un livre sur le sujet. On y décèle une ode à la jeunesse, capable de faire bouger les lignes. Mais aussi un message à son pays. « Entre 1933 et 1939, des milliers d’Allemands ont été déportés. La population allemande avait peur. J’observe une peur similaire en Israël, celle d’aider les Arabes, les gens de gauche, » dit-elle inquiète tant l’espace de parole se rétrécit.

- Christine Chaumeau pour La Chronique d'Amnesty International

À travers les yeux d’une fille de douze ans, Janina Hescheles Altman, Classiques Garnier.

Le Carnet de Janina, un film d’Isabelle Vayron de La Moureyre, disponible en DVD

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