Sepideh Farsi assiste à la première du film « Put Your Soul On Your Hand And Walk » lors du 63e Festival du film de New York, 4 octobre 2025, New York.
© Dominik Bindl, Getty Images via AFP

Soutenir la résistance du peuple iranien : c’est le combat que mène la réalisatrice franco-iranienne Sepideh Farsi depuis la France. Cinéaste engagée, elle appelle aujourd’hui la communauté internationale à agir face à la situation en Iran. Nous l’avons rencontrée. Elle raconte son combat pour porter la voix de son peuple.  

Depuis le 28 décembre 2025, la population iranienne subit un véritable déchaînement de violences. D’abord la répression. Pour avoir revendiqué ses droits, rêvé de liberté, demandé justice, tout un peuple a été massacré et sa jeunesse, sacrifiée.  

Désormais, la guerre. Depuis le 28 février, l’Iran est confronté à des bombardements incessants au mépris des règles les plus élémentaires du droit international. De nombreuses infrastructures civiles ont été touchées et le 3 mars, le Croissant-Rouge déplorait déjà des centaines de victimes civiles.   

Face à l’horreur, le sentiment d’impuissance est réel. Mais la réalisatrice franco-iranienne Sepideh Farsi refuse de rester silencieuse. Exilée en France depuis 1984, elle mène la résistance pour porter la voix de son peuple et interpeller la communauté internationale face à la situation en Iran.  

Ce dimanche 15 mars 2026, elle organise aux côtés d’autres artistes une soirée au New Morning à Paris, en hommage aux victimes de la répression de janvier et des récentes attaques militaires contre l’Iran. Un moyen d’honorer et de prolonger la résistance de tout un peuple, en attendant la liberté.  

Sepideh Farsi, réalisatrice franco-iranienne engagée 

Incarcérée en Iran à l’âge de 16 ans pour avoir caché un opposant politique, Sepideh Farsi quitte l’Iran en 1984 pour gagner la France. Depuis son pays d’exil, elle construit une œuvre engagée, entre fiction et documentaire. En 2025, elle réalise le documentaire “Put your saul on your hand and walk”.  

Depuis plusieurs mois, le peuple iranien subit un déchaînement de violences. D’abord la répression, maintenant la guerre. Vous parlez de choc, de rage. Comment vous sentez-vous aujourd’hui ? Avez-vous des nouvelles de vos proches ?  

Depuis le 28 février, les autorités ont à nouveau coupé toutes les télécommunications en Iran. Seules les personnes qui bénéficient d’un accès à Starlink ont la possibilité de communiquer avec le monde extérieur. De mon côté, les nouvelles que je reçois de mes proches sont très irrégulières. Et je ne peux malheureusement pas être en communication directe avec ma mère, âgée de 83 ans.  

Aujourd’hui, je suis encore sous le choc et je ressens toujours cette rage. Et ce sentiment ne fait que s’accentuer au fil des jours. Les bombardements s’intensifient et les dommages collatéraux sont énormes. Il y a quelques jours, on parlait de 1 500 victimes, dont 200 enfants. C’est certainement bien plus aujourd’hui. Pourtant, c’est comme si toutes ces victimes iraniennes ne comptaient pas. Je suis profondément déchirée et sidérée face à tant de cynisme.   

Vous dites que “le pire est en cours”. Quelles répercussions craignez-vous pour le peuple iranien aujourd’hui ?  

Comme Gaza, je crains que l’Iran ne devienne un champ de ruines. Je crains des évacuations de masse comme dans le sud-Liban. Je crains que de nouvelles infrastructures civiles ne soient touchées. Je crains aussi une guerre civile. Il existe de sérieux risques de répression massive contre l’opposition dans le pays (exécutions dans les prisons, nouvelles arrestations…).  

Qu’attendez-vous de la communauté internationale aujourd’hui ?  

L’assassinat d’Ali Khamenei est un symbole fort : nous avons besoin de mettre fin au régime iranien. Mais les attaques américaines et israéliennes n’ont pas mené à son anéantissement. Le système est toujours en place, son fils a même repris les rênes du pouvoir et Ali Khamenei n’a pas pu être jugé par des tribunaux nationaux ou internationaux comme il aurait dû. 

Les interventions militaires américaines et israéliennes restent illégales au regard du droit international. Elles sont extrêmement inquiétantes, inhumaines et cyniques. Nous assistons à un véritable désordre mondial.  

Ma voix ne pourra jamais remplacer celle des Iraniens. Mais parce que je bénéficie d’un accès privilégié aux médias, je me dois de porter leurs voix. Aujourd’hui, la communauté internationale a un rôle majeur à jouer pour faire pression contre les autorités iraniennes, pour mettre un terme aux bombardements et pour protéger les populations et les infrastructures civiles, y compris les prisons. 

Comment voyez-vous la suite de la résistance, à la fois en Iran mais aussi en dehors du pays ? 

L’opposition a été très dispersée jusqu’à présent. Aujourd’hui, elle s’organise à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Fin mars, un congrès d’une vingtaine d’organisations issues de l’opposition est organisé à Londres. L’objectif sera d’élaborer un programme de transition démocratique et de proposer une alternative pour le futur en Iran.  

Aujourd’hui, des dizaines de milliers d’opposants, comme le prix Nobel de la Paix Nargès Mohammadi, sont toujours emprisonnés. Depuis le début des hostilités, les autorités iraniennes ne veillent pas du tout à leur sécurité. Ils manquent de tout : d’alimentation, de soins. Et nous sommes sans nouvelle d’eux. Or à mon sens, c’est depuis les prisons qu’émergera un futur leadership politique pour l’Iran.  

Vous organisez un événement ce dimanche 15 mars au New Morning en soutien aux victimes iraniennes. Quel message souhaiteriez-vous transmettre à celles et ceux qui se sentent impuissants face à la situation actuelle ?  

Je souhaiterais transmettre un message de solidarité, de résilience et d’espoir. L’art et le chant sont des actes de résistance : les Iranien·nes l’ont prouvé à maintes reprises. C’est le sens de la soirée “Pour l’Iran” que nous organisons au New Morning. Nous espérons que nos voix leur parviendront et porteront ici la résistance du peuple iranien.  

La situation en Iran, mais aussi au Liban et en Palestine, est extrêmement inquiétante pour beaucoup d’entre nous. Ces dérives anti-démocratiques dessinent les contours d’un monde que nous ne voulons pas. Mais face aux bombes, face aux attaques, face aux balles, nous voulons montrer qu’une autre voie est possible. Celle d’un monde libre, où la résistance se construit autrement que par les armes.  

Informations pratiques

« Pour l’Iran », un concert en solidarité avec le peuple iranien

Dimanche 15 mars

19h-00h00

New Morning

Pour obtenir un billet, c’est ici.

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