Un homme âgé se déplace à l'aide d'un déambulateur parmi les décombres d'une route détruite à Gaza
© Bashar TALEB, AFP

À Gaza, les personnes âgées sont confrontées à une crise sanitaire majeure. Privées de soins, d’alimentation et de toits, elles subissent de plein fouet le blocus imposé par Israël. Aux côtés de HelpAge International, nous alertons : leur sort ne doit pas être oublié.  

Samira a 88 ans. Privée de déambulateur, elle ne peut plus bouger et passe toutes ses journées allongée, prisonnière de son lit de fortune.  

Mohammed a 61 ans. En manque de dialyse, il a perdu 20 kilos et peine désormais à avancer en fauteuil roulant.  

Sadiqa a 90 ans. Elle a été déplacée trois fois. Malgré sa résistance, elle a fini par se blesser en tombant. Impossible depuis cette nuit-là de tenir debout.  

Ces personnes ont toutes un point commun : elles sont âgées. Qu’est-ce que cela signifie lorsqu’on vit en temps de génocide ? Que sait-on d’elles et du sort qui est le leur ? Qui s’en soucie ?  

Pour porter leur voix et rendre visibles leurs souffrances, nous sommes allés à leur rencontre.  

Les témoignages que nous avons recueillis rejoignent les mêmes constats que ceux de l’enquête menée par HelpAge International : les personnes âgées à Gaza sont confrontées à une crise sanitaire majeure.   

Si la souffrance n’a pas d’âge, la leur est insupportable. Et à travers leur histoire, c’est celle de toute un peuple que l’on lit : privé de nourriture, de soins, de médicaments, de toit. Et pour certains, de la possibilité même de fuir et de se déplacer.  

À Gaza, la population est privée de vivre. Le génocide se poursuit, en toute impunité. 

Quand la faim infiltre les corps  

À 88 ans, Samira Al Shawa a perdu 20 kilos depuis octobre 2023. Comme tant d’autres, elle a dû fuir sa maison, son cocon. Elle vit aujourd’hui réfugiée dans un camp. Avec son grand âge, chaque déplacement est devenu un véritable défi. Auparavant, elle s’aidait de son déambulateur. Mais sur le terrain sablonneux du camp, il ne lui est plus d’aucune aide. Alors sa tente est devenue un refuge permanent, une prison. 

Comme Samira, nombre de personnes âgées que nous avons interrogées déplorent avoir perdu énormément de poids. À Gaza, la famine s’infiltre dans tous les corps. À cause du blocus imposé par Israël, l’alimentation est devenue une denrée rare. Des milliers de personnes dépendent de cantines, qui ne sont pas à même de fournir de quoi manger en quantité suffisante.  

Comment avons-nous enquêté ?

Amnesty International s’est entretenue avec 12 personnes âgées originaires de plusieurs régions de la bande de Gaza occupée vivant toujours dans des tentes au sein de camps pour personnes déplacées à proximité de la ville de Zawaida, où les conditions de vie sont extrêmement dures.  

Dans la plupart des cas, un membre de leur famille a facilité la communication avec la personne âgée, beaucoup d’entre elles ayant un handicap ou nécessitant une aide pour utiliser un smartphone. 

Ces conclusions que nous tirons sont corroborées par l’enquête « Pushed Beyond Their Limits : The survival of older people in Gaza » réalisée par HelpAge international auprès de 416 personnes âgées. 

48%

des personnes interrogées avaient réduit leur ration pour que d’autres personnes puissent manger.

Source : HelpAge international 

La santé des personnes âgées à l’épreuve du génocide

Pour les personnes âgées à Gaza, la maladie est un autre véritable défi au quotidien. Les problèmes de santé chroniques comme le cancer ou le diabète font légion parmi les plus âgés. Or pour la majeure partie de la population, l’accès au soin est impossible.  

D’après l’Organisation mondiale de la santé, moins de 14 des 36 hôpitaux de Gaza fonctionnaient partiellement au mois d’octobre 2025. Et moins d’un tiers des services de rééducation étaient ouverts. De fait, beaucoup sont contraints d’arrêter ou de rationner leurs médicaments. Soit parce qu’ils sont devenus indisponibles. Soit parce que leur prix a triplé voire quadruplé.  

Comme tant d’autres, Mohammed Bili, 61 ans, se retrouve privé des soins dont il a besoin. La structure de santé où il se rendait auparavant a été détruite. Désormais, il ne reçoit plus que deux dialyses par semaine. Depuis octobre 2023, il a subi sept déplacements forcés et perdu 20 kilos. Impossible pour lui de se déplacer librement dans le camp, depuis son fauteuil roulant. 

Image de la citation
Je souffre de raideur extrême dans les bras et de faiblesse musculaire en raison du fait que je ne peux pas accéder à la dialyse aussi fréquemment qu’il le faudrait. 

Mohammed Bili, 61 ans

Sur place, c’est aussi la santé mentale des plus âgés qui est considérablement impactée. La tristesse, l’anxiété, la solitude et les insomnies à répétition contribuent au dénuement et à l’immense souffrance auxquels ils sont confrontés.  

68 %

des personnes interrogées avaient réduit ou arrêté leur traitement en raison du manque de stock de médicaments

77 %

des personnes ont déclaré que la tristesse, l’anxiété, la solitude ou les insomnies avaient diminué leur appétit et nui à leur bien-être.

Source : HelpAge international 

Survivre dans des conditions extrêmes   

Être âgé à Gaza, c’est aussi vivre des déplacements forcés à répétition. Être obligé de fuir, même quand l’on ne peut plus marcher. Être obligé de fuir seul, quand on a perdu tous ses proches. À l’âge d’environ 90 ans, Sadiqa Al  Barrawi a été déplacée trois fois depuis octobre 2023. Aujourd’hui, elle vit dans une tente avec sa famille dans le camp d’Al Salam. Une nuit de janvier 2025, elle est tombée en tentant de se rendre aux toilettes. Depuis, impossible de tenir debout ou de marcher. 

Image de la citation
La vie est devenue encore plus difficile depuis [que je suis tombée]

Sadiqa Al  Barrawi, 90 ans

Comme Sadiqa, Mohammed ou Samira, des milliers de personnes âgées ont été contraintes de fuir leur foyer depuis octobre 2025. Or selon un rapport de l’UNWRA, beaucoup ont perdu contact avec les personnes qui s’occupaient d’elles.  

Entre la destruction des habitations par l’armée israélienne et les déplacements forcés incessants, la grande majorité d’entre elles sont privées de logement décent. Abritées sous des tentes de fortune, elles doivent survivre à des conditions extrêmes. Cet hiver a été particulièrement rude, avec des vents violents et de fortes inondations. 

76%

des personnes interrogées vivent dans des tentes

79 %

ont été déplacées plus de trois fois depuis octobre 2023

À Gaza, le génocide se poursuit   

Selon le ministère palestinien de la Santé, 4 813 personnes âgées avaient été tuées à Gaza entre octobre 2023 et début décembre 2025. Un chiffre qui sous-estime largement la réalité. Qui ne prend pas en compte l’impact des destructions massives de structures médicales, d’habitations, de terres agricoles.  

Les conditions de vie inhumaines auxquelles sont confrontées les personnes âgées nous éclairent brutalement sur la situation humanitaire catastrophique à Gaza aujourd’hui. Malgré l’accord de cessez-le-feu d’octobre 2025, les attaques d’Israël se poursuivent, avec de nouvelles frappes meurtrières ce week-end.  

Le 1er janvier, Israël a en outre suspendu les autorisations de 37 ONG présentes à Gaza et en Cisjordanie, en leur ordonnant de cesser leurs activités sous 60 jours. L’ouverture récente d’un point d’acheminement à Rafah, longuement attendue, reste fortement restreinte. Une réponse insuffisante, face à l’ampleur des besoins.  

En décembre 2024, Amnesty International concluait qu’Israël était en train de commettre un génocide à Gaza. Aujourd’hui, nos observations sont claires : le génocide se poursuit, en toute impunité. La population palestinienne continue d’être privée de tout : de nourriture, d’eau, de logements, de soins de santé. Elle reste condamnée à une mort lente et calculée.  

Les droits des personnes âgées à Gaza ne doivent pas être ignorés ! Et leur sort ne soit pas être oublié. Les autorités israéliennes doivent lever leur blocus immédiatement et sans condition pour permettre d’acheminer librement des produits essentiels, y compris des médicaments et des matériaux pour construire des abris. 

La France doit mettre fin à l’impunité d’Israël !