Une zone détruite par un missile iranien le 1er mars 2026, quartier de Beit Shemesh, Israël, 02/03/2026
© Alexi J. Rosenfeld / Getty Images

Le 1er mars 2026, une frappe de l’armée iranienne contre une synagogue de la ville de Beit Shemesh en Israël causait la mort de neuf personnes, dont quatre enfants. Aucun objectif militaire à proximité du lieu de la frappe ne justifiait une telle attaque. Nous dénonçons une grave violation du droit international humanitaire et demandons l’ouverture d’une enquête pour crime de guerre.  

« J’ai perdu non pas un, ni deux, mais trois enfants… Du jour au lendemain, la moitié de ma famille a disparu. » Yitzak Biton vit en Israël, dans la ville de Beit Shemesh. Le 1er mars, il est avec sa femme Tamar et sa fille de quatre ans, Rachel, lorsqu’une explosion touche la synagogue non loin de chez lui.  

À l’origine de cette explosion : une frappe de l’armée iranienne. L’attaque est meurtrière, elle fait près d’une cinquantaine de blessé·es et neuf morts, dont quatre enfants. Trois d’entre eux étaient ceux de Yitzak.  

Nous avons interrogé quatre survivants et un secouriste arrivé peu après la frappe, entre le 16 et 19 mars. Nous avons également pu analyser des images satellites du site ainsi que des photos et vidéos de l’attaque. Nos conclusions sont formelles : c’est un missile balistique qui a été utilisé lors de la frappe. Aucun objectif militaire ne justifiait une telle attaque.

Nous dénonçons une grave violation du droit international humanitaire. Cette frappe doit faire l’objet d’une enquête pour crime de guerre.  

Depuis les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran le 28 février, le pays riposte par des attaques dans toute la région. Face à l’escalade du conflit, les populations civiles sont en premières lignes. Il est temps que la communauté réagisse pour assurer leur protection. 

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Amnesty International est un mouvement mondial réunissant plus de 10 millions de personnes. À travers nos recherches et nos campagnes, nous contribuons à lutter contre les atteintes aux droits humains commises partout dans le monde. Notre organisation est impartiale et indépendante : notre financement repose entièrement sur la générosité du public. 

Avec les bombes, nous n’avons plus envie de vivre 

Beit Shemesh, Israël, 1er mars 2026. Il est 14h lorsqu’une onde de choc retentit dans le quartier de Ramat Lehi, où vit Yitzak Biton avec sa famille. À quelques pâtés de maison, une frappe militaire vient de souffler la synagogue de Tiferet. Le matin même, il y donnait un cours à des étudiants de la Torah. 

Yitzak est terrifié. Il ne parvient pas à trouver le courage de s’y rendre : « Lorsque que je suis finalement arrivé, j’ai constaté que la synagogue était complètement détruite et que l’abri [anti-bombes] était fendu en deux. L’abri n’était pas sûr. Il n’offrait aucune protection ».  

Lorsque les secours arrivent sur place, il est déjà trop tard. Un peu plus tôt dans la journée, ses enfants Sara (13 ans), Avigail (15 ans) et Yaakov (17 ans) s’étaient rendus à l’abri anti bombes situé sous la synagogue. Aucun d’eux n’a survécu à l’attaque. Six autres personnes ont succombé lors de l’explosion.  

Reuven Harrow, infirmier senior au sein du service médical d’urgence Magen David Adom, arrivera 10 minutes après l’explosion. Sur place, il témoigne de l’horreur : « Les gens sortaient couverts de sang et couverts de contusions… Personne ne savait où le missile avait frappé. Il y avait des dégâts partout […] Ici, tout le monde se connaît… Je n’arrêtais pas de me dire : “Ce n’est pas réel”… J’avais l’impression de regarder un film ». 

Avec ces bombes, on n’a plus envie de vivre, de dormir, de manger. Je ne peux pas vivre comme ça… Même dans l’abri, on n’est pas en sécurité. Je connaissais toutes les personnes qui ont été tuées.

Sarah Fanny Amar, 53 ans. Elle se trouvait dans l’abri anti-bombes lors de l’attaque

Pour les survivant·es, c’est le cauchemar : « Je connaissais trois des victimes, un frère et ses deux sœurs. Ça m’a brisé le cœur… Nous sommes tous désespérés. » raconte Nissim Edery, 71 ans. Au moment de l’attaque, il se trouvait à 100 mètres de la synagogue avec un voisin. Tous deux ont été projetés de 4 à cinq mètres par l’onde de choc.  

À l’origine du drame : une cible manquée par l’armée iranienne  

Quels étaient les objectifs de l’armée iranienne ? Pourquoi avoir ciblé une synagogue située dans un quartier résidentiel ? Nos équipes ont enquêté. Nous avons analysé des images publiées sur les réseaux sociaux ainsi que des photos et vidéos recueillies sur le site de la frappe. Nous avons également pu identifier des images satellites du site avant et après l’attaque. 

Nos conclusions sont formelles : la trajectoire de la munition et l’étendue des dégâts sur le lieu de la frappe correspondent à l’utilisation d’un missile balistique. Les images prises après la frappe montrent la synagogue rasée, ainsi que des dégâts étendus sur un rayon d’environ 500 mètres. 

Aucun objectif militaire ne justifiait une telle attaque. Aux alentours, seule une base militaire israélienne, située près de la ville de Sdot Micha, aurait pu constituer une cible crédible. Elle se trouvait à 3,5km du lieu touché par la frappe.  

Alors, comment en est-on arrivé là ? Une analyse de 2024 révèle que les missiles balistiques iraniens manquent systématiquement leur cible… d’au moins un demi-kilomètre. De fait, l’arme utilisée lors de la frappe était d’une précision extrêmement aléatoire. De plus, l’arme était équipée d’une ogive de grande taille, d’environ 500 kg selon les médias israéliens. 

Du fait de sa portée et de son absence de précision, l’arme était totalement inadaptée à une utilisation dans les zones civiles densément peuplées. Nous dénonçons une grave violation du droit international humanitaire. Cette frappe doit faire l’objet d’une enquête pour crime de guerre.  

Les populations civiles en première ligne  

Depuis l’attaque conjointe des États-Unis et d’Israël contre l’Iran le 28 février 2026, le conflit s’est étendu dans tout le Moyen-Orient. L’Iran a riposté par des attaques dans toute la région. Israël a également intensifié ses attaques contre le Liban en réponse aux frappes du Hezbollah. 

Les populations civiles sont en première ligne. Au 27 mars, les attaques israéliennes et américaines avaient fait des milliers de morts en Iran, dont au moins 100 enfants dans l’école de Minab, ainsi qu’au Liban.  

1 900

victimes en Iran, au moins, du fait des attaques israéliennes et américaines

1 116

victimes au Liban parmi la population civile

16

victimes en Israël causées par les frappes iraniennes

La protection des populations civiles devrait être une priorité. Nous appelons la communauté internationale à agir de toute urgence pour les protéger.  

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