Une personne se tient sur le toit d'un immeuble et observe un panache de fumée s'élever après une frappe sur la capitale iranienne, Téhéran, le 3 mars 2026.
© ATTA KENARE / AFP

En mars 2026, les attaques américaines et israéliennes contre l’Iran ont fait des dizaines de morts et de blessé·es parmi les civil·es. Nous avons enquêté sur une série de frappes entre le 1er et le 13 mars. Alors que les hostilités reprennent entre les États-Unis et l’Iran, nous appelons à la mise en place d’une enquête indépendante et transparente pour déterminer de possibles graves violations du droit international humanitaire, y compris des crimes de guerre.  

Israël et les États-Unis avaient annoncé cibler uniquement les forces armées du régime iranien. Pourtant, entre le 1er et le 13 mars 2026, leurs frappes ont causé la mort d’au moins 41 personnes et fait des dizaines de blessé·es parmi la population civile dans plusieurs quartiers de Téhéran.  

En cause ? L’utilisation d’armes explosives à large impact lors d’attaques à Resalat, Niloufar et Javadieh, des quartiers résidentiels et densément peuplés de la ville. Pourtant, aucune alerte n’avait été donnée par les armées israéliennes et américaines aux populations civiles avant les frappes. 

Le nombre de victimes civiles, l’ampleur des destructions, le moment choisi pour les attaques, et l’absence d’alertes préalables soulèvent de sérieuses questions quant aux possibles manquements de la coalition à ses obligations en vertu du droit international humanitaire. 

Aujourd’hui, les populations civiles sont toujours en première ligne du conflit au Moyen-Orient. Le 1er septembre 2026, les États-Unis ont de nouveau ciblé l’Iran dans la province d’Hormozgan, faisant plusieurs victimes civiles. L’Iran a répondu par des représailles contre le Jordanie, le Koweït et le Bahreïn. 

Nous renouvelons nos appels à mettre en place un cessez-le-feu durable dans la région et demandons la mise en place d’enquêtes indépendantes et impartiales pour déterminer les possibles violations du droit international humanitaire, voire les crimes de guerre, commis durant ce conflit.

Comment avons-nous enquêté ?

Dans cette nouvelle enquête, nous avons analysé 60 vidéos. Nous avons passé en revue les déclarations officielles des autorités iraniennes, américaines et israéliennes. Nous avons également interviewé deux personnes. Nous avons écrit aux autorités américaines et israéliennes le 17 juillet et aux autorités iraniennes le 31 juillet. Nous n’avions toujours reçu aucune réponse le jour de la publication de notre enquête.

« Toute la rue était en sang » : à Niloufar, des attaques meurtrières  

1er mars 2026, Téhéran. Aux alentours de 21h, des frappes américaines et israéliennes ciblent la place Niloufar, située dans le centre de la ville. À cette heure, les restaurants et les cafés sont bondés dans le quartier.  

C’est la station de police 104 Abbas Abad qui est visée, d’après les informations officielles et les médias iraniens. Mais l’attaque cause une déflagration dans toute la zone. Au moins 20 personnes perdent la vie  

Avant l’attaque, des dizaines de personnes étaient assises devant le café sur la place. Toutes les boutiques étaient ouvertes… Quand la station de police a été touchée, ceux qui étaient assis sur le trottoir devant les cafés ont été tués. Toute la rue était en sang.  

Propriétaire d’une boutique interviewé par le journal Etemad Online 

Kiana, une journaliste qui s’est rendu sur place peu après l’attaque, nous a confié qu’entre 15 et 20 immeubles avaient été gravement endommagés pendant l’attaque : « C’était horrible. L’ampleur des dégâts était considérable et s’étendait bien au-delà de la place. Les maisons aux alentours avaient explosé. Toutes les portes et fenêtres avaient été arrachées. Tout s’était effondré. Les murs s’étaient écroulés. […] Certains bâtiments étaient des commerces, d’autres des habitations. De nombreux citoyens ordinaires ont été tués« 

Les vidéos et images satellites que nous avons vérifiées confirment ces témoignages. On y voit le commissariat effondré, tandis que des secouristes déblayent les décombres au milieu d’incendies toujours en cours. D’autres mettent en évidence les dommages causés aux alentours de la station de police, dans un rayon de 100m. 

© 2026 Planet Labs PBC

L’image satellite du 5 juin 2025 (à gauche) montre la station de police et les alentours. Le 5 avril 2026, l’image satellite (au milieu) montre la zone détruite, soulignée par un cercle jaune. Le 10 mai 2026, l’image satellite (à droite) montre la zone qui a été déblayée en rouge. Zone qui s’étend largement au-delà de la zone fortement dévastée, suggérant que d’autres bâtiments ont été très impactés et ont été déblayés durant le nettoyage

La police est-elle protégée par le droit international humanitaire ? 

Le droit international humanitaire considère les policiers comme des civil·es, à moins qu’ils ne soient intégrés aux forces armées ou qu’ils ne participent directement aux hostilités. En Iran, les forces de police font partie de la structure plus large des forces armées. Par conséquent, les commissariats de police peuvent être considérés comme des objectifs militaires. Bien que les États-Unis et Israël aient annoncé en mars 2026 avoir mené des frappes contre des cibles du « régime » à Téhéran, aucun des deux pays n’a confirmé avoir mené ces trois attaques spécifiques. 

À Resalat, une famille entière décimée  

Huit jours après les attaques de Niloufar, c’est le quartier de Resalat qui est ciblé.  

Vers 14h30, une frappe touche une infrastructure située dans la rue de Jajroudi. Elle appartient aux Bassij, une force paramilitaire composée d’hommes et de femmes placé·es sous le contrôle des Gardiens de la révolution islamique iranienne. D’après les informations recueillies par la journaliste Kiana auprès des résidents et des secouristes de la Croix-Rouge, des équipements militaires des forces Bassij y étaient stockés.  

Mais comme Niloufar, le quartier de Resalat, situé à l’est de Téhéran, est aussi densément peuplé. Les frappes causent d’importants dommages aux maisons et boutiques environnantes. Plusieurs vidéos confirment les dégâts considérables causés aux alentours des frappes.  

Les images satellites que nous avons analysées montrent clairement la destruction de 4 immeubles distincts : celui où sont situées les installations du Bassij, celui situé dans la rue Mina, et deux autres situés dans la rue de Jajroudi.  

© 2026 Planet Labs PBC

L’image satellite du 6 mars 2026 (à gauche) montre l’infrastructure du Bassij et les bâtiments environnants dans le quartier de Resalat. Le 21 mars 2026 (à droite), l’image satellite montre les quatre bâtiments impactés par les frappes.

Selon les médias officiels et deux autres sources, trois des immeubles détruits étaient résidentiels. Nous n’avons pu confirmer ces informations que pour un seul d’entre eux. Selon Payam, témoin des conséquences immédiates des frappes, 13 personnes auraient perdu la vie dans cet immeuble. Une famille entière, et le concierge de l’immeuble.  

Toute la famille était dans le même immeuble. Il n’y avait pas de militaires, aucune personne connectée avec le gouvernement, personne d’important. Tous ceux qui vivaient dans cet immeuble était des civil·es ordinaires. Tout l’immeuble n’était habité que par des familles

Payam, témoin direct des conséquences des frappes  

D’après Payam, certains corps étaient tellement fragmentés que des tests ADN ont été nécessaires pour pouvoir les identifier. Certaines familles ont même été contraintes d’enterrer leurs proches alors que leurs dépouilles étaient incomplètes.  

À Javadieh, un quartier détruit 

Le 13 mars 2026, des frappes touchent cette fois le quartier de Javadieh, aux alentours de midi. Comme Resalat et Niloufar, le quartier est une zone densément peuplée de la ville de Téhéran.  

Les frappes ciblent la station de police Kalantri 117, dans la rue de Ghorbani. Mais les vidéos que nous avons pu analyser témoignent des impacts considérables causés aux alentours, dans un rayon de 50 mètres.  

Elles font 5 victimes parmi la population civile, des membres de la même famille, ainsi que des dizaines de blessé·es.

© 2026 Planet Labs PBC

L’image satellite du 5 juin 2025 (à gauche) montre la station de police et les alentours. Le 5 avril 2026, l’image satellite (au milieu) montre la zone détruite, soulignée par un cercle jaune. Le 10 mai 2026, l’image satellite (à droite) montre la zone qui a été déblayée en rouge. Zone qui s’étend largement au-delà de la zone fortement dévastée, suggérant que d’autres bâtiments ont été très impactés et ont été déblayés durant le nettoyage

Les images satellites confirment la destruction du poste de police et les habitations à proximité. Une photo prise juste après les attaques et publiée par les médias officiels iraniens montrent par ailleurs deux débris de métal cylindriques gisant par terre. D’après l’analyses de nos expert·es, il s’agit d’armes utilisées par les forces américaines et israéliennes. 

Stop à l’impunité  

Le 28 février 2026, Israël et les États-Unis lançaient des attaques dévastatrices sur l’Iran. Cinq mois plus tard, le 24 juillet, 1 469 civil·es avaient perdu la vie en Iran. Des centaines d’enfants comptent parmi les victimes. Dans le même temps, les attaques lancées par l’Iran dans la région du Moyen-Orient ont, quant à elles, causé la mort de 21 civil·es en Israël, 4 dans la bande de Gaza et au moins 29 dans les pays du Golfe.  

La reprise des hostilités depuis le début du mois de septembre laisse craindre de nouvelles victimes parmi les civil·es. Alors que le président américain Donald Trump menace à nouveau de cibler des infrastructures civiles en Iran, nous réitérons nos appels à un cessez-le-feu durable dans la région.

Nous invitons par ailleurs l’Iran, les États-Unis et Israël à convoquer la Commission internationale d’enquête humanitaire afin qu’elle mène des enquêtes sur les possibles graves violations du droit international humanitaire par toutes les parties, y compris contre les infrastructures énergétiques. 

Enfin, nous appelons le Conseil de sécurité de l’ONU et l’Assemblée générale des Nations unies à faire tout ce qui est en son possible pour assurer la paix, la sécurité, et la justice dans la région du Moyen-Orient.