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« Les défenseurs de l’environnement méritent une protection internationale »

Professeur de droit, Teresa Ribera a été secrétaire d’État au changement climatique dans le gouvernement espagnol entre 2008 et 2011. Passionnée par l’engagement public et par la justice, défenseure infatigable de l’environnement, cette globe-trotteuse polyglotte dirige depuis deux ans l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), basé à Paris.

La Chronique d'Amnesy International : La Chine et les États-Unis ont finalement ratifié l’accord de Paris issu de la COP21. Quelles leçons en retirez-vous ?

Teresa Ribera : Ces deux pays actent ainsi que la priorité stratégique pour les décennies à venir est bien le changement climatique, et c’est une leçon très importante. La Chine et les États-Unis sont dans un esprit de coopération et comme tout le monde, ils cherchent des réponses. La signature de l'Inde et de l'Union européenne permet une entrée en vigueur rapide de l'accord de Paris sur le climat.

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Et pour la France, qui avait organisé la COP21, quels sont les objectifs de la COP22 qui se réunit à Marrakech à partir du 7 novembre ?

À Paris on a eu le sentiment très fort que les gouvernements avaient compris qu’ il fallait désormais partager les risques, développer les coopérations et transformer le modèle de développement. C’est évidemment risqué, car personne n’a le mode d’emploi. Tout le monde comprend que l’on ne peut laisser les choses en l'état. Ce n’est pas parfait mais c’est un mieux. Il faut maintenant à Marrakech se concentrer sur les éléments principaux.

Quels sont-ils à vos yeux ?

Premièrement, comment on fait bouger les questions de financement et d’investissements de solidarité, comment on va construire une finance climatique et solidaire. Deuxièmement, comment faire de l’accord un cadre général pour formuler des hypothèses, trouver des solutions, donner envie à tout le monde de faire plus. Troisièmement, et c’est un peu inattendu, le Maroc annonce la présence de très nombreuses personnalités à Marrakech, Présidents, Premiers ministres, etc. Cela montre que la COP de Paris n’était pas juste poser pour une belle photo et faire ensuite disparaître le sujet des radars.

Professeur de droit, Teresa Ribera a été secrétaire d’État au changement climatique dans le gouvernement espagnol entre 2008 et 2011 © Notimex / Foto / Jose Pazos / Fre / Hum

2015 semble avoir été l’année la plus chaude depuis que l’homme mesure le climat. Que répondez-vous aux climato-sceptiques ?

Il y a des preuves suffisantes, sur une base de faits solides, qui attestent du changement climatique, même si on ne sait pas tout. C’est injuste, dangereux et pénible de les contester pour des raisons pas toujours avouables. Le moment est plutôt de se demander comment on invente des solutions intelligentes et solidaires.

Les défenseurs des droits de la terre et des populations locales sont souvent assassinés dans de nombreux pays. Ne faudrait-il pas envisager une forme de protection mondiale pour ces personnes ?

Tout à fait, et d’ailleurs la Cour pénale internationale vient d’élargir son action aux crimes contre l’environnement et de faire le lien entre ces derniers et les crimes contre l’humanité. Il faut maintenant définir leur nature exacte et pouvoir les qualifier comme des délits. La protection de l’environnement mérite une attention spéciale et des initiatives internationales. Il faut d’abord protéger les personnes vulnérables à la pollution des terres, de l’air et de l’eau. Mais on constate hélas aussi que les activistes de l’environnement, comme ceux des droits humains, comme les journalistes qui témoignent de leurs combats, risquent de perdre la vie un peu partout. Au-delà de la question de la distribution des richesses naturelles et de l’accès équitable à la terre pour tout le monde, je crois qu’il faut développer un code juridique pays par pays comme à l'international. Il faut accorder une protection internationale aux défenseurs de l’environnement, ils méritent une attention spéciale. Les sociétés sont déjà les garantes de leur défense, au nom de valeurs morales partagées. Ils méritent une attention spéciale.

Mais ce n’est pas toujours le cas, les défenseurs sont souvent isolés.

Oui et non. Les attaques contre l’environnement sont perçues par les gens comme des attaques directes que cela soit des situations spécifiques, cours d’eau pollués par les minéraux, déforestation, ou plus générales, comme la pollution de l’air à Pékin. Quand c’est plus éloigné, les gens se mobilisent moins, c’est plus difficile à comprendre, à imaginer que cela touchera nos proches. Le cas de la Chine est très intéressant à cet égard, car le gouvernement a compris que la contestation environnementale risque d’être la contestation majeure dans les années à venir.

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Est-ce que le combat en faveur de l’environnement et pour la réduction des émissions de gaz carbone ne risque pas de se faire au détriment des droits humains ?

Il faut ne pas tomber dans ce piège. La lutte contre le réchauffement climatique ne doit pas être une excuse pour diminuer la qualité de la démocratie. Si on change notre modèle de développement et de croissance, dans un processus d’apprentissage commun à la planète, il faudra beaucoup de solidarité, d’information et de participation pour ceux qui se sentiraient menacés. Mais le risque existe si nous ne raisonnons qu’en termes de gagnants et de perdants, si nous ne sommes pas capables de comprendre que la meilleure solution est de garantir cette solidarité, d’assurer cette protection des droits humains qui a été si longue à obtenir. Mais cela, vous le savez bien.

- Propos recueillis par Jean Stern pour La Chronique d'Amnesty International

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