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Des demandeurs d'asile arrivant en France font la queue à l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle, en région parisienne, le 30 août 2018. © ALAIN JOCARD / AFP

Des demandeurs d'asile arrivant en France font la queue à l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle, en région parisienne, le 30 août 2018. © ALAIN JOCARD / AFP

Des demandeurs d'asile arrivant en France font la queue à l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle, en région parisienne, le 30 août 2018. © ALAIN JOCARD / AFP

Réfugiés et migrants

Tribune : oui, une autre politique migratoire est possible !

Ces dernières semaines, de nouveaux drames ont coûté la vie à des dizaines de personnes à nos frontières. Pourtant, les déclarations sur l’immigration, fracassantes et contraires au droit international, continuent de se multiplier.

Le 2 décembre, nous organisons aux côtés de Médecins du Monde, La Cimade, le Secours Catholique et Médecins sans Frontières, un séminaire à l’Assemblée nationale pour porter un autre discours sur les migrations et prouver qu’une autre voie est possible, dans le respect des droits fondamentaux.

Tribune parue dans Le Monde du 2 décembre 2021, sous le titre "Appel aux responsables politiques pour la construction d’une politique migratoire respectueuse des droits fondamentaux"

Le 25 novembre dernier, un drame a eu lieu à nos frontières : un naufrage a coûté la vie à 27 personnes qui tentaient de rejoindre le Royaume-Uni par la Manche. Ces décès s’ajoutent à longue liste des personnes mortes, portées disparues et gravement blessées à la frontière franco-britannique, mais aussi à celles franco-italienne et franco-espagnole.

Le 20 novembre dernier, un jeune homme est mort noyé en tentant de franchir le fleuve de la Bidassoa pour rejoindre la France, entre Irun et Hendaye. En tout, sept personnes sont décédées à la frontière franco-espagnole en 2021, depuis le renforcement des contrôles décidé en novembre 2020. 

A Briançon, près de la frontière franco-italienne, malgré les nombreuses alertes lancées, les pouvoirs publics n’ont proposé aucune solution d’hébergement aux dizaines de personnes migrantes, malgré les températures négatives, laissant aux seuls bénévoles et solidaires la responsabilité de l’accueil de ces personnes.

 Nos cinq associations, œuvrant auprès des personnes exilées pour la défense et le respect de leurs droits et des leurs libertés fondamentales aux frontières, ont été amenées depuis 2017 à renforcer nos synergies car les constats quotidiens sur les pratiques des pouvoirs publics  ne cessent de nous alarmer.

Une dégradation du traitement des personnes exilées

C’est à une dégradation grave du traitement des personnes exilées que nous assistons : elle traduit une politique qui vise à dissuader ces personnes de faire valoir leurs droits et à les rendre invisibles, en les chassant du moindre campement constitué, en leur refusant les protections élémentaires, en renonçant à pourvoir à leurs besoins essentiels comme ceux d’un accès aux soins, à un hébergement, à l’hygiène, en les renvoyant illégalement de l’autre côté de la frontière, en les enfermant, en détruisant leurs affaires. Des pratiques désormais répandues, qui n’ont jamais apporté autre chose que des souffrances supplémentaires, la fracturation de nos sociétés, et l’affaiblissement du socle de nos valeurs communes.

Par des observations, des actions de terrain, des interpellations de responsables politiques, des contentieux, nous avons tenté depuis cinq ans, d’amener les pouvoirs publics à corriger leurs instructions et leurs pratiques.

Nous n’avons obtenu que quelques petits aménagements, mais force est de constater que nous nous sommes retrouvés face à un mur.

Un mur d’indifférence

Un mur d’arguments infondés et démentis par les faits, comme l’« appel d’air », les « effets d’aubaine », les  « réseaux et filières à démanteler » pour justifier des pratiques répressives ou des actes de non-assistance à personnes en danger,

Un mur de mauvaise foi parfois, accusant les associations de collusion avec les réseaux de passeurs, ou intimidant voire criminalisant les actions citoyennes de solidarité,

Un mur d’indifférence enfin aux souffrances rencontrées et vécues par les personnes exilées, se cachant derrière l’argument que toute action d’accueil et de protection serait incomprise par l’opinion publique et ne ferait que renforcer les franges les plus radicalement hostiles de la population.

Nous pourrions ainsi continuer à dénoncer ces faiblesses et ces renoncements aux valeurs et principes fondateurs d’une grande nation démocratique.

Nous le ferons, bien sûr.

Rompre ce dialogue de sourd

Mais notre responsabilité de grandes associations nationales est aussi d’appeler chacune et chacun à rompre ce dialogue de sourd, à sortir des postures et des discours convenus, à rechercher et à ouvrir, inlassablement, les voies d’un vrai dialogue, seul capable de construire des réponses concrètes à des questions difficiles et des situations complexes.

Aller plus loin : Voir les débats du 2 décembre sur l'immigration à l'Assemblée nationale

Il est urgent d’appeler à la construction d’une politique d’accueil des étrangers à même de préserver les libertés et les droits fondamentaux de toute personne et de leur garantir notamment l’accès aux soins sans barrières ni discrimination, de respecter les engagements internationaux de la France en matière de droits humains. Mais nous avons la conviction qu’il faut le faire en appelant à la contribution de tous les acteurs impliqués : personnes migrantes, Etat, collectivités territoriales, parlementaires, acteurs économiques, organisations syndicales, associations, acteurs de la recherche, société civile, etc.

Le rapport de la commission d’enquête parlementaire

C’est dans cet esprit que nous avons pris l’initiative de demander en 2019 la création d’une commission d’enquête parlementaire, justement pour rassembler autour de la représentation nationale toutes celles et tous ceux qui peuvent contribuer et travailler à un tel objectif.

Cette commission d’enquête a été créée au printemps 2021 et nous saluons son travail. Le rapport qu’elle vient de rendre le 16 novembre dernier contient de nombreuses recommandations. Certaines rejoignent nos préconisations, d’autres en sont plus éloignées.

Mais nous tenons à relever et à souligner d’abord l’intérêt majeur d’une telle démarche : comme l’ont montré les membres de la commission et les personnes qui y ont contribué, il est possible, hors de toute caricature et de tout simplisme ou calcul électoraliste, de débattre et de construire des réponses et des propositions concrètes pour que soient respectés les droits fondamentaux de toute personne, et en l’occurrence des personnes exilées.

Sortir des caricatures et élever le débat à l’approche des élections

Aujourd’hui, à la veille d’échéances électorales majeures que sont les présidentielles et les législatives, et tandis que les déclarations et les prises de positions publiques sur le sujet ne font que renforcer nos inquiétudes, notre appel est simple : il est temps d’élever le débat et de changer de posture !

Sortons des caricatures, travaillons et échangeons, quelle que soit notre place dans la société, d’abord et avant tout pour construire une politique et des mesures respectueuses des droits fondamentaux et de la dignité de toute personne !

Un portrait des politiques migratoires en France

Du sauvetage en mer au droit d’asile, en passant par la santé, la situation aux frontières, celle des étrangers outre-mer, des mineurs non accompagnés, nous avons réalisé un recueil de 16 notes thématiques sur les politiques migratoires en France.

Ce document est le fruit d’un travail de fond  mené pour la Commission d’enquête parlementaire sur les migrations de 2021, en partenariat avec plusieurs autres associations et syndicats.

Tribune : oui, une autre politique migratoire est possible ! - Amnesty International France