À Ismaela Madior Fall, ministre de la Justice
Monsieur le Ministre,
Le 8 avril 2021, votre gouvernement avait annoncé la mise sur pied d’une commission d’enquête indépendante et impartiale pour faire la lumière sur les manifestations de mars 2021 au cours desquelles 14 personnes avaient perdu la vie.
Le 8 décembre 2021, le Président Macky Sall a déclaré que la Commission n’était plus d’actualité en raison de l’engagement d’une procédure judicaire et d’enquêtes internes. Pourtant, à ce jour, nous n’avons aucune information sur cette procédure judiciaire.
Le 1er juin 2023, des violences ont éclaté dans plusieurs villes du Sénégal, suite au procès pour viols et menaces de mort de l’opposant Ousmane Sonko à l’issue duquel ce dernier a été condamné à deux ans de prison ferme pour corruption de la jeunesse.
Les manifestations ont causé la mort d’au moins 23 personnes et fait au moins 357 blessés (Croix-Rouge sénégalaise). La police nationale a annoncé l’arrestation de plus de 500 personnes. La plupart des victimes ont été tuées par balles, et à travers des vidéos qui ont largement circulé sur les réseaux sociaux et authentifiées par Amnesty International, on peut apercevoir des civils armés aux côtés des forces de défense et de sécurité réprimant avec brutalité les manifestants, les maltraitant physiquement et leur tirant dessus.
Au-delà de cette répression violente, des violations flagrantes de la liberté d’expression et du droit à l’information ont été documentées suite à la coupure du signal de la chaîne de télévision Walfadjri; des arrestations de journalistes, activistes et voix dissidentes, de même que les restrictions sur l’accès à internet et aux réseaux sociaux ont également été notées.
Je voudrais vous demander de prendre toutes les mesures possibles pour l’ouverture d’enquêtes impartiales, transparentes et indépendantes sur la mort des manifestants depuis les évènements de mars 2021.
Je vous exhorte à vous assurer que toutes les mesures possibles soient prises pour mettre fin à la présence d’individus non identifiés pour des opérations de maintien de l’ordre.
Il est aussi important que les autorités sénégalaises respectent le droit à liberté d’expression et le droit à l’information en s’abstenant de suspendre l’accès à internet, en particulier en situation de crise.
Je vous demande également de libérer, sans condition, les personnes détenues arbitrairement, notamment les activistes, journalistes et autres voix dissidentes.
Veuillez agréer l’expression de ma haute considération.