Nigeria

/© Utomi Ekpei/AFP/Getty Images

Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains au Nigeria en 2025.

Des personnes critiques à l’égard des autorités, notamment des journalistes, ont été arrêtées, inculpées et détenues arbitrairement. Les forces de sécurité et de maintien de l’ordre ont eu recours à une force excessive pour disperser des manifestations pacifiques. Elles ont procédé à des arrestations arbitraires et tué plusieurs personnes. Les autorités n’ont pas protégé la population face aux enlèvements de jeunes filles et aux homicides commis par des hommes armés. Des frappes aériennes militaires ont illégalement visé des populations civiles. Le groupe armé Boko Haram a continué à tuer des civil·e·s. Le niveau d’insécurité alimentaire et nutritionnelle est resté très élevé dans l’ensemble du pays. Des expulsions forcées ont eu lieu dans plusieurs États. La Haute Cour du Royaume-Uni a confirmé la décision de la Cour d’appel de permettre à des habitant·e·s de l’État de Rivers d’amener Shell à rendre des comptes pour des dégradations de l’environnement.

Contexte

Le 18 mars, l’état d’urgence a été déclaré pour une période de six mois dans l’État de Rivers : des autorités locales démocratiquement élues ont été suspendues et la présence de l’armée a été renforcée, ce qui a accentué la marginalisation des minorités politiques. Le conflit armé entre Boko Haram et l’armée s’est poursuivi. L’incapacité des autorités à protéger les vies humaines et les biens matériels face aux attaques quotidiennes menées par des groupes armés et des bandits a causé la mort de milliers de personnes et créé les conditions d’une crise humanitaire dans de nombreux États du nord du pays.

En mai, au moins 110 personnes sont mortes dans des inondations qui ont submergé et emporté plus de 50 maisons et leurs occupant·e·s à Mokwa (État du Niger).

Liberté d’expression

Cette année encore, les autorités ont arrêté et placé en détention des journalistes et d’autres personnes qui avaient exprimé des opinions dissidentes. Le 27 janvier, Omoleye Sowore, éditeur du site d’information en ligne Sahara Reporters, a été arrêté et placé en détention pour avoir qualifié d’« illégal » l’inspecteur général de la police, Kayode Egbetokun, sur la plateforme X. Il a été inculpé au titre de la Loi de 2024 relative à la cybercriminalité, puis libéré sous caution.

Le 2 mars, Haruna Mohammed, jeune homme de 19 ans connu pour critiquer les autorités sur les réseaux sociaux sous le nom de Abale Borno, a été arrêté et placé en détention après une publication virale évoquant le délabrement des écoles publiques de l’État de Borno. La police l’a inculpé de « diffamation et humiliation du gouverneur ». Le tribunal lui a accordé la liberté sous caution et, bien que l’affaire n’ait pas été officiellement classée, la police a abandonné les poursuites.

Des manifestations pacifiques ont été organisées le 7 mars à Port Harcourt contre la répression de plus en plus intense de la liberté d’expression, notamment par l’utilisation de la Loi relative à la cybercriminalité. Au cours de ces rassemblements, la police a agressé les journalistes Charles Opurum (Channels Television), Allwell Ene (Naija FM), Soibelemari Oruwari (Nigeria-Info), Ikezam Godswill (AIT) et Femi Ogunkhilede (Super FM). Les forces de l’ordre ont également tiré du gaz lacrymogène sur des manifestant·e·s pacifiques, confisqué des appareils photo et ordonné à des journalistes, sous la menace d’armes à feu, de supprimer les vidéos montrant les agissements de la police.

Le 16 mars, Ushie Uguamaye (alias Raye), membre du Service national de la jeunesse (NYSC), a été menacée et intimidée par des responsables de cette institution après avoir posté une vidéo TikTok dans laquelle elle se désolait de l’aggravation des difficultés économiques dans le pays. La jeune femme ayant refusé de supprimer la vidéo, le NYSC ne lui a pas remis son certificat de démobilisation comme prévu à la fin de son service en août, prolongeant sa mobilisation de deux mois à titre de sanction.

Le 25 mars, la police a arrêté Buhari Abba, rédacteur pour le site Kano Times, et Ismail Auwal, journaliste freelance, en raison d’un article jugé critique à l’égard du commissaire à l’Information de l’État de Kano, Ibrahim Waiya. Ils ont été maintenus en garde à vue pendant plusieurs heures avant d’être libérés, et aucune information n’indiquait à la fin de l’année qu’un procès était en cours.

En avril, la Commission nationale de régulation des médias a interdit la chanson Tell your papa du chanteur Eedris Abdulkareem, et l’a inscrite sur la liste des pistes « à ne pas diffuser », car elle critiquait le gouvernement.

Le 23 septembre, l’avocat et militant Chinedu Agu a été placé en détention provisoire après avoir été inculpé de diffamation pour des billets d’opinion critiquant le gouverneur de l’État d’Imo, Hope Uzodimma. Il a passé 28 jours en prison avant d’être relâché dans l’attente de son procès. À la fin de l’année, le tribunal n’avait pas encore fixé de date pour son audience.

Liberté de réunion pacifique

Le 27 mars à Abuja, la capitale, l’armée a tiré à balles réelles sur des sympathisant·e·s du Mouvement islamique du Nigeria durant une manifestation organisée pour marquer la fin du jeûne du ramadan. Au moins cinq personnes ont été tuées, et plusieurs autres ont subi des blessures qui auraient pu leur coûter la vie. Treize personnes, notamment le militant prodémocratie Omoyele Sowore et l’avocat Aloy Ejimakor, ont été arrêtées le 20 octobre à Abuja, pour avoir participé à une manifestation pacifique réclamant la libération de Nnamdi Kanu, chef de l’organisation Peuples indigènes du Biafra. Elles ont été inculpées de plusieurs infractions (association de malfaiteurs, refus d’obéir à un ordre légal, incitation à troubler l’ordre public, atteinte à la paix) avant d’être libérées sous caution le 24 octobre. Leur procès était toujours en cours à la fin de l’année.

Droit à la vie

Les autorités ont manqué à leur obligation d’empêcher les attaques contre les personnes et les communautés, de protéger le droit à la vie et à l’intégrité physique de la population, et de garantir la justice en enquêtant sur les violences et en en poursuivant les responsables.

Le 2 février, des éleveurs ont attaqué Amagu, un village de la zone de gouvernement local (LGA) d’Ishielu (État d’Ebonyi). Ils ont tué au moins 15 personnes et détruit plusieurs propriétés. Le 27 mars, au moins 16 chasseurs qui se rendaient à Kano depuis l’État de Rivers pour fêter l’Aïd en famille ont été tués à Uromi (État d’Edo), par un groupe local d’autodéfense et des jeunes armés. Les attaquants ont bloqué leur véhicule et les ont traînés à l’extérieur un par un, roués de coups puis brûlés vifs.

Entre le 27 mars et le 2 avril, au moins 60 personnes ont été tuées par des hommes armés lors d’attaques coordonnées contre les villages de Mangor Tamiso, Daffo, Manguna, Hurti et Tadai, dans la LGA de Bokkos (État du Plateau). Le 4 mars, des hommes armés ont enlevé et tué Sylvester Okechukwu, un prêtre qui officiait dans le village de Tachiri (LGA de Kaura, État de Kaduna). Le 13 avril, au moins 51 personnes ont été tuées par des hommes armés dans le village de Zikke (LGA de Bassa, État du Plateau). Le 24 avril, des hommes armés ont envahi le village de Gobirawa Chali, dans le district de Dan Gulbi (LGA de Maru, État de Zamfara), et ont tué plus de 20 personnes.

Le 8 mai, des hommes armés ont tué au moins 30 personnes et brûlé plus de 20 véhicules le long de la route reliant Okigwe à Owerri, dans l’État d’Imo. Entre le 25 mai et le 1er juin, au moins 85 personnes ont été tuées par des hommes armés dans les villages de Tse Antswam, près de Naka, et d’Edikwu Ankpali, dans les LGA de Gwer West et d’Apa (État de Benue). Dans le même État, le 14 juin, des hommes armés ont attaqué la ville de Yelewata : plus de 100 personnes ont été tuées et au moins 3 941 autres ont dû fuir. Le 20 juin, au moins 12 voyageurs·euses du village de Basawa (LGA de Zaria, État de Kaduna) ont été tués, et 11 personnes ont été blessées par une foule dans la LGA de Mangu (État du Plateau).

Le 15 juillet, des hommes armés ont attaqué le village de Bindi-Jebbu de la communauté Tahoss (LGA de Riyom, État du Plateau) et tué au moins 27 personnes : les familles ont été enfermées chez elles et massacrées une par une. Le 19 août, à Unguwan Mantau (LGA de Malumfashi, État de Katsina), des hommes armés ont attaqué une mosquée et des maisons voisines. Ils ont tué au moins 50 personnes et en ont enlevé 60.

Le 18 novembre, des hommes armés ont attaqué des fidèles dans l’église du Christ Apostolique d’Oke-Isegun à Eruku (État de Kwara). Ils ont tué trois personnes et en ont enlevé 38 autres. Les personnes enlevées ont été relâchées le 23 novembre.

Attaques et homicides illégaux

L’armée a continué à mener des attaques aveugles et des attaques disproportionnées contre des civil·e·s. Des frappes militaires aériennes ont fait au moins 20 morts le 11 janvier dans le village de Tungar Kara (LGA de Maradun, État de Zamfara). Le 15 février, ce sont au moins six civil·e·s qui ont été tués par de telles frappes dans le village de Zakka, et six autres à Yauni (LBA de Safana, État de Katsina). Le 31 mai, des raids aériens ont fait 20 morts et des dizaines de blessés dans les villages de Maraya et de Wabi (LGA de Maru, État de Zamfara). Les victimes étaient notamment des membres d’un groupe local d’autodéfense qui s’étaient rassemblés pour confronter des bandits qui avaient attaqué leurs villages.

Violations du droit international humanitaire

Selon les Nations unies, Boko Haram a continué à mener des attaques aveugles et à prendre pour cible la population civile. Le 15 mai, des combattants de Boko Haram ont tué 23 agriculteurs·trices et pêcheurs·euses dans le village de Malam Karanti (État de Borno). En septembre, au moins 60 personnes ont été tuées, 20 maisons ont été détruites et 10 bus ont été brûlés par le groupe armé au cours d’une attaque nocturne contre le village de Darul Jamal (État de Borno).

Droits économiques, sociaux et culturels

La hausse des prix de l’alimentation a encore aggravé la pauvreté de millions de personnes. De nombreuses familles avaient de plus en plus de difficultés à assumer leurs frais de santé et d’éducation. La nouvelle Loi de 2025 relative à l’impôt, qui prévoyait une taxe de 5 % sur les carburants fossiles (essence et diesel) et qui devait entrer en vigueur en janvier 2026, risquait d’accentuer encore la pauvreté. Un rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et du ministère nigérian de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire estimait à 30,6 millions le nombre de personnes en situation de grave insécurité alimentaire et nutritionnelle.

Les coupes dans les financements accordés par l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) ont affecté les programmes de santé, livrant des milliers de personnes porteuses du VIH à un avenir incertain.

Les attaques armées dans l’État de Benue, au centre du pays, ont provoqué le déplacement interne de 500 000 personnes. Nombreuses sont celles qui se sont retrouvées dans des camps sordides aux conditions insalubres, où l’accès à la nourriture, aux soins de santé et à l’eau était insuffisant.

Expulsions forcées

Le 3 février, au moins quatre personnes ont été tuées durant une violente expulsion forcée menée par le gouvernement de l’État de Kano à Rimin Auzinawa, une banlieue de la LGA d’Ungogo. Cette expulsion n’avait pas été précédée d’une véritable consultation ni d’un préavis suffisant, et les victimes n’ont été ni indemnisées ni relogées.

Le 7 mars, le gouvernement de l’État de Lagos a expulsé violemment et illégalement plus de 10 000 personnes à Ilaje-Otumara (Lagos), les laissant à la rue. Le 25 octobre, une autre expulsion a été menée par les mêmes autorités à Oworonshoki. Plus de 70 bâtiments résidentiels ont été détruits, malgré une injonction de la haute cour de l’État de Lagos de ne pas poursuivre cette démolition. Certaines maisons ont été détruites à l’aide de bulldozers alors que les habitant·e·s se trouvaient encore à l’intérieur, et des membres des services de sécurité ont lancé des bombes de gaz lacrymogène pour disperser des centaines de familles.

Droit à un environnement sain

Les politiques climatiques du Nigeria dans les secteurs non énergétiques ont été sapées par l’absence de mise en œuvre concrète. Le gouvernement n’a pas arrêté de financer des projets fortement émetteurs de CO2. L’approvisionnement national en énergie restait très dépendant des combustibles fossiles, obligeant de nombreuses personnes à compter sur des générateurs à essence pour leur électricité.

Le 20 juin, la Haute Cour de justice du Royaume-Uni a jugé que l’entreprise Shell pouvait être tenue responsable de ses déversements pétroliers dans le delta du Niger. Un procès était prévu pour 2027.

Droits des femmes et des filles

Les pouvoirs publics n’ont pas pris de mesures efficaces pour prévenir les attaques contre les femmes et les filles qui ont été perpétrées dans différentes localités. Le 27 février, des hommes armés ont enlevé quatre étudiantes à l’internat de l’université J. S. Tarka, à Makurdi (État de Benue). Le 15 avril dans l’État de Katsina, des agents de la Hisbah (police religieuse approuvée par le gouvernement) ont agressé Hauwa’u Lawal Suleiman et ses sœurs en raison de supposés « rassemblements immoraux ». Les autorités n’ont pas mené d’enquête sur les accusations de harcèlement sexuel portées par la sénatrice Natasha Akpoti-Uduaghan contre le président du Sénat, Godswill Akpabio.

Le 17 novembre, des hommes armés ont enlevé 25 écolières à Maga (État de Kebbi) et tué la principale adjointe de l’établissement. Les élèves ont été relâchées le 25 novembre.

Le 21 novembre, des hommes armés ont enlevé 303 écolières et 12 membres du personnel d’une école de Papiri (LGA d’Agwara, État du Niger). Cinquante filles ont réussi à s’enfuir.

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