Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains à Madagascar en 2025.
Les graves sécheresses, la réduction de l’aide publique accordée par les États-Unis et le fait que les autorités malgaches ne consacrent pas suffisamment de fonds aux services essentiels ont fait augmenter le taux de pauvreté. Des millions de personnes n’avaient pas accès à l’eau potable et des milliers d’enfants souffraient de malnutrition aiguë. Les forces de sécurité ont réprimé violemment des manifestations contre la mauvaise gouvernance et contre des projets d’extraction, ce qui a donné lieu à des décès, des blessures et des arrestations arbitraires. Les exécutions extrajudiciaires et autres violations des droits humains n’ont fait l’objet d’aucune enquête. Des réformes cruciales étaient au point mort, laissant les femmes, les filles et les personnes atteintes d’albinisme sans protection face aux violences et à la discrimination.
Contexte
Des centaines de personnes ont participé à des manifestations nationales entre fin septembre et mi-octobre, sous l’impulsion du mouvement de jeunes Gen Z Madagascar. Elles protestaient contre les problèmes en matière de prestation de services, notamment les pénuries persistantes d’eau et d’électricité, qu’elles estimaient liés à la corruption et à une mauvaise gouvernance. Le 14 octobre, Michael Randrianirina, responsable du Corps d’administration des personnels et des services administratifs et techniques, une unité spécialisée de l’armée, a pris le pouvoir par un coup d’État militaire, évinçant le président Andry Rajoelina et son gouvernement. Andry Rajoelina a fui Madagascar et, le 17 octobre, Michael Randrianirina a été investi président afin de diriger le pays dans le cadre d’un processus de transition politique qui, selon ses dires, durerait tout au plus deux ans.
Droits économiques et sociaux
Le pays a connu de graves sécheresses liées au changement climatique. Dans le même temps, la réduction soudaine des financements publics accordés par le gouvernement des États-Unis à l’Agence américaine de développement international (USAID) a nui au travail de plusieurs organisations humanitaires, parmi lesquelles l’OMS, le Programme alimentaire mondial et l’UNICEF. L’accès de la population à la nourriture, à l’eau et aux services de santé s’en est trouvé grandement amenuisé. En février, dans la région du Grand Sud, quelque 8 000 enfants ont été admis pour malnutrition aiguë sévère dans des centres de santé spécialisés. Plus de 40 % de la population n’avait pas accès à l’eau potable, et les habitant·e·s du Grand Sud étaient particulièrement touchés.
Les autorités n’ont pas tenu leur promesse d’accroître les dépenses relatives aux services essentiels et ont fourni peu d’informations sur l’utilisation du budget national. Les stratégies afférentes au climat ne reposaient pas sur des évaluations efficaces permettant de déterminer les besoins des personnes déplacées par les famines imputables aux sécheresses. Les coupures d’électricité persistantes au niveau national ont accru l’insécurité et perturbé, entre autres, les études de plus de 3 000 élèves de l’École supérieure polytechnique d’Antananarivo.
Liberté d’expression et de réunion
Lors des manifestations antigouvernementales organisées dans la capitale, Antananarivo, et d’autres grandes villes (voir Contexte), des centaines de militant·e·s du mouvement Gen Z Madagascar ont été rejoints par des groupes de la société civile, des fonctionnaires et des syndicats. Les forces de sécurité ont eu recours à une force inutile et excessive pour disperser les manifestant·e·s pacifiques, notamment en répandant du gaz lacrymogène directement sur la foule et en tirant des balles en caoutchouc à bout portant, voire des munitions réelles, contre des personnes qui ne représentaient pas une menace imminente de mort ou de blessure grave. Au moins 22 personnes ont été tuées, dont des passant·e·s et, semble-t-il, un enfant, tandis que plus de 100 autres ont été blessées.
Les autorités ont continué à s’appuyer sur l’Ordonnance no 60-082 du 13 août 1960 pour sanctionner pénalement des manifestations non autorisées et arrêter arbitrairement des personnes y participant. Dans la région Anôsy, au moins 80 personnes étaient toujours sous le coup d’une peine de cinq ans d’emprisonnement avec sursis pour avoir manifesté contre les activités de l’entreprise minière QIT Madagascar Minerals. En avril, le militant Rodney Rehosy Fanampera s’est vu infliger une peine de trois ans de prison avec sursis pour avoir mené des manifestations contre le projet minier Base Toliara. Le même mois, le syndicaliste Armand Frédéric Rakotoalison a été condamné à une peine de six mois d’emprisonnement avec sursis pour avoir organisé une manifestation dans l’enceinte du centre hospitalier universitaire Joseph Ravoahangy Andrianavalona.
En juillet et août, les autorités ont harcelé trois journalistes qui avaient abordé des sujets sensibles. Des représentants de l’État ont écrit à deux médias pour leur demander de remplacer les journalistes Pauline Le Troquier et Gaëlle Borgia après que ces femmes ont laissé entendre que certains des 32 décès survenus après une fête étaient peut-être dus au botulisme, remettant en question la version officielle selon laquelle la cause pouvait être un empoisonnement intentionnel. Lors d’une conférence de presse, le journaliste Tsilaviny Randriamanga a posé des questions au sujet d’un Boeing 777 immatriculé à Madagascar et retrouvé en Iran. Par la suite, le président du Sénat a émis une déclaration insinuant que Tsilaviny Randriamanga était « à la solde » des opposant·e·s au régime.
Torture et autres mauvais traitements
En juillet, la cour criminelle ordinaire d’Anôsy a condamné un homme déclaré coupable du viol d’une fillette à la castration chirurgicale, peine autorisée dans les affaires de viol d’enfant en vertu du Code pénal révisé. Cette pratique enfreignait l’interdiction absolue de la torture et de toute autre forme de traitement cruel, inhumain ou dégradant. Dans une démarche populiste, les autorités continuaient de promouvoir ce châtiment comme prétendue solution à la hausse alarmante du nombre de viols d’enfant.
Impunité
L’exécution extrajudiciaire présumée de Jean Salomon Andriamamonjy par les forces de sécurité en octobre 2023 n’a fait l’objet d’aucune enquête. Le militant avait succombé à une plaie à la tête alors qu’il était détenu dans un camp militaire après avoir pris la tête d’une manifestation contre QIT Madagascar Minerals.
Le mécanisme national de prévention, organe officiel chargé d’enquêter sur les cas de torture et d’exécutions extrajudiciaires, n’a pas fonctionné de toute l’année. Les membres des forces de sécurité ayant eu recours à une force excessive et souvent meurtrière pour disperser des manifestations, dont celles de Gen Z Madagascar en septembre et octobre, n’ont pas eu à répondre de leurs crimes présumés.
Droit à la vérité, à la justice et à des réparations
Le nouveau gouvernement a promis de libérer les personnes emprisonnées pour s’être opposées au gouvernement précédent. Dans la pratique, ces libérations, qui ont commencé en octobre, ne se sont pas limitées aux prisonniers politiques détenus illégalement, mais ont été étendues à des personnes incarcérées pour des infractions pénales dûment reconnues par la loi qui n’avaient pas fini de purger leur peine.
Droits des femmes et des filles
Les victimes de violences fondées sur le genre, en particulier les filles, ne bénéficiaient pas d’une protection ni d’un soutien suffisants. Aucun budget public spécifique n’était affecté à leur prise en charge.
La proposition de loi de 2021 visant à dépénaliser l’avortement n’ayant pas progressé devant le Parlement, cet acte était toujours considéré comme une infraction pénale en toutes circonstances. Madagascar n’a pas ratifié le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits de la femme en Afrique, adopté par l’UA en 2003. Le pays n’a donc pas fait siennes les dispositions du Protocole visant à protéger les droits reproductifs en autorisant l’avortement en cas d’agression sexuelle, de viol ou d’inceste, lorsque la poursuite de la grossesse représentait un danger pour la vie ou la santé physique et mentale de la femme enceinte, ou si le fœtus était atteint d’une malformation létale.
Discrimination
Les enfants atteints d’albinisme étaient toujours victimes d’enlèvements et d’homicides motivés par des superstitions erronées et dangereuses concernant leur pathologie. À la connaissance d’Amnesty International, au moins quatre de ces enfants ont été enlevés au cours de l’année. En mars, le corps d’une fillette de quatre ans a été retrouvé. Plusieurs parties, notamment la tête, avaient été prélevées. Aucune arrestation n’a eu lieu à la suite de cet homicide.
En août, la Haute Cour constitutionnelle a jugé non conforme une loi qui aurait pu renforcer la protection des personnes atteintes d’albinisme, au motif que ses dispositions étaient incohérentes et inadaptées.
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