Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Hongrie en 2025.
Une nouvelle loi a interdit les rassemblements en rapport avec les personnes LGBTI. Un projet de loi a été présenté pour permettre au gouvernement de mettre à l’index des organisations de la société civile et des médias et de bloquer leurs financements en se basant sur des critères arbitraires. La Commission européenne a jugé que la Hongrie n’avait toujours pas résolu ses déficiences systémiques concernant l’indépendance de la justice, la liberté de la presse et le cadre national anticorruption. Les droits des personnes demandeuses d’asile n’étaient toujours pas respectés. Des municipalités ont été autorisées à prendre des décrets discriminatoires restreignant l’installation de nouveaux résident·e·s.
Liberté de réunion pacifique
En octobre, contrairement aux années précédentes, la police a laissé des personnes se rassembler en solidarité avec la Palestine à Budapest, la capitale.
Le Parlement a adopté en mars une loi établissant les bases juridiques d’une interdiction des rassemblements en rapport avec les personnes LGBTI. Cette nouvelle loi prévoyait une peine pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement pour les organisateurs et organisatrices d’événements interdits et une amende allant jusqu’à 500 euros (200 000 forints hongrois) pour les participant·e·s. Elle a également élargi les circonstances dans lesquelles la police pouvait disperser les rassemblements. Les règles de notification préalable ont en outre été modifiées : le délai maximum de notification a été réduit de trois à un mois avant le rassemblement. Il devenait donc plus difficile pour les équipes d’organiser et de promouvoir efficacement leurs événements.
La police a invoqué la législation pour interdire de nombreux rassemblements. Chaque fois qu’un recours a été déposé, la Cour suprême a maintenu l’interdiction. Parmi les rassemblements interdits figuraient une manifestation pour les droits des personnes transgenres et une manifestation contestant son interdiction. Un événement célébrant les droits humains a également été interdit, ainsi que les marches des fiertés de Budapest et de Pécs. Celles-ci ont quand même eu lieu en juin et en octobre, sans intervention de la police, et ont enregistré un nombre record de participant·e·s.
Liberté d’expression et d’association
Les attaques contre les organisations de la société civile et les médias indépendants se sont intensifiées en 2025. Le 15 mars, le Premier ministre, Viktor Orbán, a comparé publiquement les « politiciens, les juges, les journalistes, les fausses organisations de la société civile et les militants politiques » à des « punaises ».
En mai, la coalition au pouvoir a présenté un avant-projet de loi visant à permettre au gouvernement de mettre à l’index une grande diversité d’organisations civiques et de médias indépendants, ainsi que des entreprises commerciales, sur la base de critères arbitraires. Si les autorités jugeaient que ces organisations « menaçaient la souveraineté hongroise », leurs financements pourraient être bloqués, y compris les revenus obtenus de l’étranger.
En septembre, le gouvernement a établi sa première « liste nationale de lutte contre le terrorisme » et classé comme terroriste le mouvement anti-fasciste « Antifa » dans son ensemble et, en particulier, le groupe allemand Antifa Ost (également connu sous le nom de Hammerbande, ou « gang des marteaux »). Toute personne ayant un lien avec une organisation figurant sur cette liste s’exposait à des sanctions financières ou, pour celles n’étant pas de nationalité hongroise, à une expulsion assortie d’une interdiction d’entrée sur le territoire.
Droit à un procès équitable
La Commission européenne a indiqué que la Hongrie n’avait pas fait de progrès concernant sept des huit recommandations présentées dans son Rapport 2024 sur l’état de droit. Elle a jugé que le pays n’avait pas résolu ses déficiences systémiques concernant l’indépendance de la justice, la liberté de la presse et le cadre national anticorruption.
Après plusieurs années de baisse des salaires, qui avaient suscité des craintes quant à la préservation de l’indépendance de la justice, les magistrat·e·s ont reçu une augmentation de 15 % en janvier. Cette augmentation a cependant suivi l’adoption par le Parlement d’un certain nombre de réformes du système judiciaire qui ont soulevé de nouvelles inquiétudes. Des dispositions controversées ont été ajoutées concernant les critères de nomination des magistrat·e·s, aucun mécanisme n’a été instauré pour maintenir les salaires dans le temps et certaines décisions concernant la rémunération ont été laissées à la discrétion de l’exécutif et du corps législatif. Ces réformes laissaient le système judiciaire désarmé face à l’influence du pouvoir politique.
Droits des personnes réfugiées ou migrantes
Le gouvernement a refusé une aide au logement à des réfugié·e·s parlant majoritairement hongrois venus de Transcarpatie, une région de l’ouest de l’Ukraine comptant une importante minorité hongroise. Il avait auparavant omis d’inclure la Transcarpatie dans sa liste des régions d’Ukraine touchées par la guerre.
La loi hongroise autorisait toujours les renvois forcés de demandeurs et demandeuses d’asile aux frontières, renvois qui se faisaient souvent dans la violence. Pas moins de 4 100 cas de ce type ont été dénombrés à la frontière serbe en 2025. En juin, la Cour européenne des droits de l’homme a jugé illégaux des renvois forcés collectifs réalisés par la Hongrie et a ordonné au pays d’indemniser les victimes et de mettre en œuvre des changements systémiques. Elle a également critiqué la procédure d’asile hongroise, considérée comme non fonctionnelle, selon laquelle les demandes d’asile ne pouvaient être déposées que dans deux ambassades hongroises désignées à cet effet. Elle a ainsi jugé une fois de plus que la Hongrie devait mettre fin aux expulsions collectives, qui ne permettaient pas une évaluation des circonstances propres à chacune des personnes concernées.
Discrimination
Une nouvelle loi donnant aux mairies le pouvoir d’établir des critères locaux à remplir pour acheter une propriété ou déclarer une adresse sur leur commune est entrée en vigueur en juillet. Malgré les protestations des organisations roms, environ 180 mairies ont instauré des critères discriminatoires qui visaient principalement les Roms (casier judiciaire vierge, niveau d’instruction minimum ou absence de dette envers l’État).
Droits des personnes LGBTI
La Cour de justice de l’Union européenne a jugé en mars que les habitant·e·s de la Hongrie avaient le droit de rectifier, dans un délai raisonnable, les données personnelles inexactes conservées dans les registres publics, notamment les données relatives à l’identité de genre.
Le Parlement a modifié la Constitution en avril pour préciser qu’« un être humain est soit un homme, soit une femme ». Cette modification a affaibli la protection des personnes de genre variant en éliminant l’« identité de genre » des motifs de discrimination et de harcèlement explicitement interdits.
En juin, la Cour constitutionnelle a jugé qu’il était contraire à la Constitution que le corps législatif ne reconnaisse pas juridiquement les mariages entre personnes de même sexe contractés à l’étranger en ne permettant pas de les enregistrer comme des unions civiles.
Surveillance illégale
La nouvelle loi interdisant les rassemblements en rapport avec les personnes LGBTI autorisait l’utilisation généralisée de technologies de reconnaissance faciale par les organes d’application des lois pour identifier les auteurs et autrices d’infractions, même mineures.
L’organisation de recherche mondiale Insikt Group a signalé que la Hongrie était soupçonnée d’utiliser des logiciels espions hautement invasifs (appelés « Devils Tongue » par les spécialistes).
Droits des femmes et des filles
Dans l’Indice de l’égalité de genre 2025 publié par l’Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes, la Hongrie était classée à la 26e place sur les 27 États membres de l’UE et à la dernière place s’agissant de l’égalité de genre aux postes de pouvoir dans les secteurs politique et économique.
Impunité
En avril, la Hongrie a annoncé sa décision de se retirer du Statut de Rome de la CPI. L’État a accueilli le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, et a refusé de le livrer aux autorités judiciaires malgré le mandat d’arrêt de la CPI délivré contre lui. La Hongrie a entamé officiellement le processus de retrait de la CPI en juin.
Déchéance arbitraire de la nationalité
Une loi permettant de suspendre la citoyenneté hongroise de certaines catégories de personnes porteuses d’une double nationalité a été adoptée en juin. Cette loi risquait de faciliter les expulsions. Le manque d’exhaustivité de la liste des motifs de suspension figurant dans ce texte était source d’incertitude et ouvrait la porte à des décisions arbitraires.
Droit à l’éducation
En mars, la rapporteuse spéciale des Nations unies sur le droit à l’éducation a fait part de son inquiétude face au creusement des inégalités, à la rigidité des programmes scolaires, à la marginalisation des élèves roms et à l’érosion de la liberté académique.
En novembre, un rapport publié par la défenseure des droits adjointe chargée des minorités ethniques et nationales a indiqué que la législation relative à l’enseignement public maintenait et renforçait la ségrégation des enfants roms dans les écoles administrées par l’Église.
Droit à un environnement sain
La Cour constitutionnelle a annulé en juin l’objectif de réduction des gaz à effet de serre prévu pour 2030 dans la loi relative au climat, au motif qu’il était insuffisant. La Cour a également enjoint au Parlement de préparer avant le 30 juin 2026 un cadre complet couvrant tous les aspects de la protection climatique.
En juillet, la Commission européenne a jugé dans son examen 2025 de la mise en œuvre de la politique environnementale que la Hongrie devait prendre des mesures sur différents aspects de la conservation et de la restauration de la nature. Selon elle, des actions étaient notamment nécessaires pour obtenir des améliorations dans les domaines de la biodiversité, du recyclage, de la mise en décharge des déchets, de l’innovation verte, du traitement des eaux usées, de la qualité de l’air et de l’adaptation au changement climatique.
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