Cuba

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Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains à Cuba en 2025.

Des coupures d’électricité se sont traduites par des atteintes au droit à la santé et à l’éducation. L’accès aux denrées alimentaires et aux médicaments fournis par l’État s’est considérablement dégradé. Le gouvernement réprimait toujours systématiquement la dissidence et les rassemblements pacifiques. La détention arbitraire restait une pratique fréquente. Le non-respect des droits fondamentaux, la torture et les autres traitements cruels, inhumains ou dégradants étaient monnaie courante dans les prisons. Les militantes et les femmes défenseures des droits humains faisaient l’objet de formes de répression sexistes.

Contexte

La crise économique s’est encore aggravée cette année, sur fond de mise en œuvre de nouvelles mesures et de réformes partielles concernant le secteur privé.

En mai, le Bureau national de la statistique et de l’information a reconnu l’existence d’une profonde crise démographique et le rôle de l’émigration dans la baisse du nombre d’habitant·e·s.

Le Code de l’enfance, de l’adolescence et de la jeunesse a été adopté en juillet. Il ne comportait cependant aucune garantie de procédure spécifique pour les mineur·e·s, et posait en outre un certain nombre de problèmes quant à l’accès à la justice, tant pour les mineur·e·s accusés d’infraction au droit pénal que pour ceux et celles qui étaient victimes d’atteintes à leurs droits. Il favorisait enfin le centralisme étatique existant et constituait donc un instrument de contrôle potentiel.

Droits économiques, sociaux et culturels

Le pays a connu tout au long de l’année de graves problèmes de distribution d’électricité. Ceux-ci ont donné lieu à de fréquentes et importantes coupures, qui ont considérablement affecté l’accès aux denrées alimentaires, à l’éducation et aux services de santé.

Le gouvernement a annoncé en avril de nouvelles réductions et autres modifications concernant le « panier de base », dont le contenu avait déjà fortement diminué.

Selon des données publiées en mai par le Programme de suivi alimentaire, 96,91 % de la population avait moins facilement accès à l’alimentation en raison de l’inflation et plus de 60 % consacrait de cinq à 15 heures par semaine à la quête de nourriture.

Les autorités ont reconnu en juillet que seuls 30 % des médicaments essentiels étaient disponibles. La population était contrainte de se tourner vers le marché non conventionné pour se procurer les produits médicaux nécessaires.

L’Observatoire cubain des droits humains a publié en septembre un rapport, dans lequel il estimait que 89 % des habitant·e·s vivaient dans des conditions d’extrême pauvreté. Les principaux problèmes constatés étaient l’accès à la nourriture et les coupures de courant.

Répression de la dissidence

Après des réunions avec les autorités du Vatican, le gouvernement cubain a annoncé en janvier la libération de 553 détenu·e·s. La mise en œuvre de cette décision a cependant été marquée par un manque de transparence, un traitement déshumanisant des personnes concernées et l’absence de garanties de réparation et de non-répétition. Plusieurs organisations de défense des droits fondamentaux ont pu établir que 211 personnes détenues pour des raisons politiques avaient été libérées, dénonçant toutefois les restrictions qui pesaient toujours sur leurs droits. Les prisonnier·ère·s d’opinion José Daniel Ferrer García, Félix Navarro et Donaida Pérez Paseiro, qui avaient bénéficié en janvier d’une mesure de libération conditionnelle, ont vu celle-ci annulée en avril. Il leur était reproché de ne pas avoir renoncé à leurs activités militantes et de défense des droits humains. Dans les mois précédant l’annulation, ils avaient reçu des menaces et été convoqués, notamment pour être interrogés.

Les militant·e·s et les membres de l’opposition politique faisaient toujours l’objet d’une politique systématique de répression. Les droits des défenseur·e·s des droits humains étaient limités et leur action restait stigmatisée et réprimée par le système judiciaire. Les militant·e·s, les membres de l’opposition, les artistes, les intellectuel·le·s, les étudiant·e·s et les défenseur·e·s des droits humains étaient la cible de menaces, d’actes de harcèlement et d’attaques numériques, ainsi que de mesures de surveillance et d’interrogatoires illégaux. L’Observatoire cubain des droits humains a répertorié pas moins de 3 179 actes de répression.

Défenseur·e·s des droits, militant·e·s, artistes et journalistes étaient régulièrement victimes de mesures de détention arbitraire, souvent suivie de disparitions forcées de courte durée. L’Observatoire cubain des droits humains a relevé 529 cas de détention arbitraire en 2025. Berta Soler, dirigeante du mouvement des Dames en blanc, a été arrêtée de manière arbitraire à de multiples reprises au cours de l’année. Le militant Leonardo Romero Negrín a été arrêté en mars pour avoir manifesté pacifiquement en brandissant un panneau vierge. Frappé et accusé de résistance à agent, il a été placé en résidence surveillée. L’écrivain Jorge Fernández a été arrêté et battu à plusieurs reprises pour avoir manifesté pacifiquement. Il a été accusé en août de résistance à agent et placé en résidence surveillée.

En juin, un groupe d’étudiant·e·s a protesté contre l’augmentation du prix des abonnements à Internet, exigeant davantage de participation à la prise de décisions. Le mouvement, qui a finalement été étouffé par une série de mesures répressives, envisageait diverses actions, dont des appels à la grève et la suspension des activités dans plusieurs universités du pays.

La liberté de réunion pacifique a cette année encore été réprimée, par l’intervention des forces de l’ordre et la pratique consistant à procéder à des arrestations ciblées au lendemain de toute manifestation pacifique.

Quinze personnes ont été condamnées en septembre à des peines atteignant neuf ans d’emprisonnement pour avoir participé à des manifestations à Bayamo en mars 2024. Les autorités ont continué de sanctionner pénalement les mouvements pacifiques de contestation sociale en poursuivant les participant·e·s pour atteinte à l’ordre public, outrage ou coups et blessures.

Des restrictions sévères pesaient toujours sur la liberté d’expression. Les autorités ont lancé en novembre une campagne visant à discréditer, sanctionner pénalement et harceler l’organe de presse indépendant El Toque et 18 de ses collaborateurs·trices, en s’en prenant systématiquement aux journalistes et à leurs familles, en tenant des propos diffamatoires en public, en menaçant les personnes visées d’emprisonnement et d’extradition sur la foi d’accusations graves (terrorisme financier, entre autres) et en divulguant leurs données personnelles.

Conditions de détention inhumaines

Un certain nombre d’organisations de défense des droits humains et de personnes détenues pour des raisons politiques ont dénoncé des cas de torture et d’autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants dans des prisons.

L’organisation Cubalex a recensé 39 morts dans les prisons cubaines en 2025.

Les prisonnier·ère·s d’opinion Luis Manuel Otero Alcántara, Maykel Castillo, Loreto Hernández, Roberto Pérez Fonseca et Sayli Navarro ont dénoncé certaines pratiques récurrentes de privation (refus d’autoriser les appels téléphoniques, les visites de proches ou certains services disponibles en prison, restriction de l’accès à la nourriture, aux médicaments et à des soins médicaux adaptés, etc.). Ces personnes ont en outre été victimes de violences, de menaces de mort et de nouvelles poursuites judiciaires.

José Daniel Ferrer a été libéré en octobre et contraint à s’exiler après avoir dénoncé la torture dont il avait été victime pendant des mois et les menaces proférées contre lui et sa famille. De tels agissements s’inscrivaient dans une pratique systématique et cruelle visant à faire taire les détenu·e·s en faisant pression sur leur famille.

Droits des femmes et des filles

Le féminicide n’était toujours pas considéré comme une infraction à part entière et les pouvoirs publics ne diffusaient aucune statistique officielle concernant ce crime ou, plus généralement, les violences faites aux femmes. L’Observatoire du genre Alas Tensas a relevé 48 cas de féminicide pour l’année 2025.

Les femmes militantes, défenseures des droits humains ou journalistes étaient en butte à des formes de répression particulières, liées à leur genre : menaces contre leurs enfants, surveillance dans les établissements scolaires ou stigmatisation en fonction de l’âge, de l’apparence ou de l’orientation sexuelle.

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