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Un visage visé par un logiciel de reconnaissance faciale / © Amnesty International pour la plateforme interactive Ban the scan

Un visage visé par un logiciel de reconnaissance faciale / © Amnesty International pour la plateforme interactive Ban the scan

Un visage visé par un logiciel de reconnaissance faciale / © Amnesty International pour la plateforme interactive Ban the scan

Liberté d'expression

Reconnaissance faciale : l’Inde sur le point de choisir la surveillance totale

En Inde, la ville d'Hyderabad construit un immense centre de traitement de données de surveillance. Cela fait craindre le développement massif de la reconnaissance faciale, une technologie qui menace gravement les droits humains. Enquête.

En Inde, Hyderabad est connue comme « la ville de perles et des diamants ». Une présentation de carte postale qui cache une autre facette de la capitale de l’État de Télangana : Hyderabad est l’une des villes les plus surveillées au monde.

Selon une étude de la Internet Freedom Foundation, la région compte le plus grand nombre de projets de technologies de reconnaissance faciale enregistrés dans le pays. Ce vaste réseau fait craindre que la ville d'Hyderabad ne sombre dans la surveillance totale. Le gouvernement indien a déjà dépensé 9.6 milliards de roupies en équipements, soit plus d'un million d'euros.

Les autorités indiennes ont déjà utilisé la reconnaissance faciale dans des contextes où les droits humains sont en jeu : contrôle du confinement pendant le Covid-19, identification d’électeurs lors de scrutins municipaux, gestion des manifestations.

Notre nouvelle enquête sur l’Inde et la reconnaissance faciale s’inscrit dans le cadre de notre campagne mondiale « Ban the scan », qui demande l’interdiction de ces technologies.

Elle a été réalisée en partenariat avec Internet Freedom Foundation et Article 19. Début 2021, nous avions enquêté sur l’utilisation de cette technologie à New-York. Après les États-Unis, focus sur l’Inde qui utilise cette technologie de façon extrêmement préoccupante. 

Lire aussi : Quelle est la situation des droits humains en Inde ?

Un immense centre de traitement de données de surveillance

Pour gérer en temps réel toutes ces infrastructures de vidéosurveillance, Hyderabad est en train de construire un gigantesque centre de commande et de contrôle capable de traiter les données de jusqu’à 600 000 caméras, y compris avec des logiciels de reconnaissance faciale.  

Avec Internet Freedom Foundation et Article 19, ainsi que l’aide de bénévoles locaux, nous avons cartographié les emplacements des infrastructures de vidéosurveillance visibles dans deux quartiers d'Hyderabad (Kala Pathar et Kishan Bagh), révélant que respectivement 53 % et 62 % de leurs superficies étaient sous l’œil de caméras de surveillance. 

Il est devenu presque impossible de marcher dans les rues d'Hyderbad sans risquer d'être exposé à la reconnaissance faciale.

Matt Mahmoudi, chercheur à Amnesty International Tech

Vue d'une garde dans la ville d'Hyderbad, capitale de l'État de Télangana en Inde / © Amnesty International pour la plateforme interactive Ban the scan

La reconnaissance faciale peut traquer votre identité, retracer votre itinéraire, savoir ce que vous faites et qui vous connaissez. Ce type de technologies menace votre droit à la vie privée. La construction d’un tel centre de surveillance peut avoir un effet dissuasif sur le droit de manifester ou l’exercice de la liberté d’expression.

Lire aussi : À Singapour, la reconnaissance faciale fait déjà partie de la vie quotidienne

La reconnaissance faciale jusque dans les bureaux de vote 

Avant de lancer le chantier d’un nouveau centre de traitement de vidéo surveillance, l’Inde était déjà connue pour son utilisation de la reconnaissance faciale.

Dans l'État de Télangana, la reconnaissance faciale a été utilisée jusque dans les bureaux de vote des élections municipales. Une façon pour les autorités de vérifier l'identité des électeurs se rendant aux urnes. La reconnaissance faciale a aussi été utilisée dans des stratégies de maintien de l’ordre, pour identifier des manifestants lors de rassemblements, compromettant gravement leur droit de manifester et leur vie privée. Cette technologie expose et menace particulièrement les droits des musulmans, des dalits (opprimés), des adivasis (aborigènes), des personnes transgenres et de toutes les catégories de la société historiquement défavorisées.

Aujourd'hui en Inde, il n’y a aucune législation pour protéger la vie privée des citoyens.  La reconnaissance faciale est une technologie nuisible et invasive. Il est impératif que les autorités indiennes cessent d'utiliser cette technologie dangereuse. 

Anushka Jain, conseillère pour la surveillance de l'Internet Freedom Foundation

Un visage visé par un logiciel de reconnaissance faciale / © Amnesty International pour la plateforme interactive Ban the scan

Dans le cadre de notre enquête, nous avons découvert que des policiers d'Hyderabad demandaient à des civils de retirer leurs masques pour les photographier, sans donner d’explications.

Pourtant, la loi indienne ne les autorise pas à prendre des civils en photos s'ils n'ont commis aucune infraction. Nous avons authentifié ces incidents via l’analyse de vidéos partagées sur les réseaux sociaux de novembre 2019 à juillet 2021.

Une entreprise française comme fournisseur 

L’Inde a fait appel à plusieurs entreprises étrangères pour s’outiller en technologie de reconnaissance faciale. Parmi elles, Idemia, une entreprise française qui se présente comme « leader de l’identité augmentée ».

Nous avons contacté cinq entreprises identifiées comme ayant fourni des produits liés à la reconnaissance faciale en Inde. Seule l’entreprise indienne Innefu a répondu en nous disant que leur société « respectait les lois et directives indiennes » mais n’avait pas de « politique déclarée en matière de droits humains ». Pourtant, les Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme exige que les entreprises prennent des mesures pour identifier, prévenir et gérer les risques que posent leurs activités sur ces droits.

Face aux dangers que représente la reconnaissance faciale sur les droits humains, notre demande est claire : nous appelons à l’interdiction de l’utilisation, du développement, de la production, de la vente et de l’exportation des systèmes de reconnaissance faciale à des fins d’identification. Et cela, tant par les États que par les acteurs du secteur privé. Ces technologies menacent notre vie privée et nos libertés fondamentales. 

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Dans le dernier numéro de notre magazine mensuel, nous avons consacré un dossier à la surveillance et la reconnaissance faciale. Découvrez notamment un reportage à Singapour, où cette technologie fait déjà partie de la vie quotidienne.